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Hervé de Charette : "Pourquoi je quitte l'UMP" (vidéo)

Le député du Maine-et-Loire, fondateur de l'UMP, était l'invité de Jean-Michel Aphatie mardi matin pour expliquer sa décision de quitter le parti présidentiel. "De mon point de vue, l'UMP est trop à droite. Moi je suis un homme du centre", a déclaré Hervé de Charette, qui annonce qu'il va rejoindre le Nouveau Centre. S'agissant du débat sur l'identité nationale, qui se tient dans la soirée à l'Assemblée nationale, il estime que "c'est mal parti". Avant de lancer : "On ne peut pas prendre les électeurs pour des billes".

Jean-Michel Aphatie
Jean-Michel Aphatie
Journaliste RTL

Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Hervé de Charette.

Hervé de Charette : Bonjour

En mai 2002, après la réélection de Jacques Chirac à la présidence de la République, l'UDF et le RPR ont décidé de créer ensemble l'UMP. Vous avez donné au journal "Le Parisien" une interview sur ce thème, le 17 juillet 2002. La première question était celle-ci, Hervé de Charette : "Vous qui venez de l'UDF, avez-vous hésité avant de rejoindre l'UMP ? " Votre réponse, à l'époque : "Je n'ai pas hésité une seconde. L'UDF est morte d'elle-même. Le temps est venu que la Droite et le Centre se retrouvent ensemble dans un même parti. Je ferai tout pour que l'UMP s'impose". Sept ans ont passé, Hervé de Charette, où en êtes-vous, ce matin ?

C'est tout simple. Aujourd'hui, je constate que l'UDF manque cruellement à la vie politique. L'UDF qui était le parti de l'Europe si nécessaire aujourd'hui, le parti des territoires, de la décentralisation, des élus locaux, de la province française, le parti de la réforme, le parti de la justice sociale, toutes questions qui sont dans l'actualité, eh bien ce parti du Centre-Droit, aujourd'hui, manque cruellement à la vie politique ; et je crois que c'est une explication, en tout cas une des explications fortes du malaise politique qui existe actuellement dans la Majorité et je pense que pour les prochaines échéances politiques, reconstituer l'UDF (naturellement l'UDF d'aujourd'hui, l'UDF nouvelle) c'est une priorité.

Parlons, si vous le voulez bien, Hervé de Charette, de l'UMP puisque c'est votre parti. Vous dites que manque, aujourd'hui en France, le parti de la réforme, le parti de la justice sociale, le parti de l'Europe... L'UMP n'est donc pas cela ?

Ecoutez, l'UMP, nous l'avons créée de bonne foi, vous avez raison de me citer. D'ailleurs, je n'enlève rien de ce que je pensais avec d'autres évidemment  en 2002...

Vous étiez de bonne foi ?

Naturellement.

Vous étiez de bonne foi.

Oui, je le suis aujourd'hui aussi si vous le voulez bien, monsieur Aphatie. Et donc, nous pensions vraiment cela dans le choc, vous vous en souvenez, du succès de Jean-Marie Le Pen, au premier tour de l'élection présidentielle ; et nous avions deux idées à la foi : d'abord, répondre à l'attente de nos concitoyens, on était tous un peu, comment dire, désarmés, choqués par cette situation et en même temps, eh bien en effet, il y avait cette idée qui avait été lancée par Giscard deux ans avant : rassembler ce qui était le RPR et l'UDF dans le grand parti de la Droite et du Centre.

Eh bien, je vais vous dire, aujourd'hui, le bilan est simple, à mes yeux : la première partie de l'objectif a été gagné, réussi ; et d'ailleurs, Nicolas Sarkozy a joué un rôle majeur en 2007 en allant chercher tous les électeurs de Droite qui avaient été entraînés vers l'Extrême-Droite, sans doute par les insuffisances de politique, d'un autre côté ; mais d'autre part, en effet, l'UMP n'est pas à mes yeux, devenu le grand parti de la Droite et du Centre. Voilà.

Peut-on dire, Hervé de Charette, de bonne foi que l'UMP a été un échec ?

On ne peut pas dire ça, non ; on peut dire : de bonne foi puisque vous insistez sur ce mot.

Oui, je voudrais qu'on fasse une interview de bonne foi, ce matin.

Mais il l'est. Je crois qu'on peut dire que ce qui est la réussite de l'UMP, c'est que c'est un grand parti de la Droite française.

Mais vous le quittez !

Mais oui, parce que moi, je suis un homme du Centre et que je veux contribuer désormais à essayer de construire ce que je crois nécessaire à la vie politique française, c'est-à-dire le grand parti de Centre Droit. Vous vous souvenez de cette formule de Chirac : il faut que la Majorité marche sur deux jambes. Eh bien, l'expérience démontre qu'il avait raison.

Comme l'UMP voulait être un parti de la Droite et du Centre, puisque vous le quittez pour créer le Centre, c'est que donc l'UMP est un échec ?

Enfin, le Centre, je ne le crée pas.

Vous rejoignez le Centre ?

Voilà.

L'UMP est un échec ?

De ce point de vue.

Eh bien oui.

De ce point de vue. Mais pour le reste, ça reste un parti qui non seulement joue un grand rôle mais a aussi un grand rayonnement ; et il y a beaucoup d'électeurs.

Trop à Droite l'UMP ?

En tout cas, oui de mon point de vue, il l'est trop. Il l'est trop ? Dans le paysage politique français, évidemment qu'il faut un parti de Droite organisé, efficace, qui marche bien. Simplement moi dans ces structures-là, je ne me sens pas bien ; et vous savez quand je pense à l'Ouest, au Grand-Ouest qui est mon terroir, eh bien je sais ce que les gens pensent, pas tous, mais beaucoup, je les connais. Je crois que leur ressemble, c'est-à-dire que ce sont des gens, des modérés, des gens du Centre qui n'aiment pas un certain nombre d'attitudes et d'expressions, qui sont attentifs à une certaine façon de faire de la politique, eh bien voilà c'est ce que je pense et c'est ce que je veux faire.

Attitudes, expressions ?

Je vais vous donner un bon exemple. Le débat sur l'identité nationale. Je ne dis pas qu'il n'est pas utile. J'attends avec grand intérêt ce que va dire le Président de la République...

... Dans "Le Monde", cet après-midi.

... Dans "Le Monde", cet après-midi. Mais aujourd'hui, ce débat est mal parti. Et il est mal parti parce qu'il n'est pas parti comme nous les gens du Centre, nous aimerions qu'on parle de ces choses-là, de la façon dont on en parle, le style dont on en parle, le moment qu'on choisit pour le faire, tout ça a évidemment une grande importance, et on ne peut pas prendre les électeurs pour des billes.

On ne peut pas prendre... Pardon ?

... Les électeurs pour des billes.

Qui prend les électeurs pour des billes ?

Je ne sais pas mais quand on entend parler à une période électorale, on s'expose...

Ah si, vous parlez... On a dit : de bonne foi !

Quand on lance un débat comme ça, on s'expose ou bien on prend beaucoup de précaution, et je pense moi que ces précautions n'ont pas été prises.

Je vais le formuler à votre place, Hervé de Charette, le Président de la République prend les électeurs pour des billes ?

Ah non.

Alors qui ?

Mais ce n'est pas lui qui a lancé le débat. C'est le ministre de l'identité nationale et de l'immigration qui l'a annoncé.

Tout seul, de sa propre initiative ?

Ah ça, vous lui poserez la question, invitez-le !

Ah oui, il vient demain.

Mais de la façon dont il l'a fait !

Il vient demain.

Eh bien, c'est parfait. Donc vous lui posez cette question. On va bien voir ce qu'il va répondre.

On lui posera la question. Bien sûr.

Mais en tout cas, moi je pense que la façon dont c'est parti : un débat sûrement utile au pays. Et d'ailleurs, tout le monde finalement a suivi après une hésitation ; tout le monde a dit : il faut participer à ce débat. Mais il faut aussi que ce débat ait - comment dire -  l'allure, la dignité qui convient ; et quand je vois qu'on en est à l'extrémité de se passionner pour cette affaire des minarets, j'ai honte. Je vous le dis franchement ; parce que notre pays ne peut pas refuser de laisser leur place et leur libre-choix à ceux qui ont une religion, même si elle n'est pas la mienne ou la vôtre.

Le Président de la République est intervenu devant le conseil national de l'UMP, le 28 novembre dernier. Vous étiez encore membre de l'UMP, avez-vous été choqué que le Président de la République intervienne comme ça devant un parti politique ? Certains ont dit, ça n'est pas dans la tradition de la Vème République.

Ca c'est vrai que ça n'est pas dans la tradition ; mais c'est ainsi qu'est le Président de la République, c'est ainsi qu'il voit le fonctionnement des institutions et donc, c'est son droit le plus strict.

Ah son droit, oui ! Mais vous, votre opinion ?

Moi, ça ne me choque pas.

D'accord. D'un mot parce que le temps est un peu passé : vous allez donc rejoindre le Nouveau Centre. Vous avez déposé...

Donc, je veux bien préciser : je reste dans la Majorité présidentielle évidemment ; je continue à soutenir le Président, l'action du gouvernement, etc

Vous avez déposé à l'INPI - Institut National de la Propriété Industrielle - en 2004, le sigle UDF ; permettrez-vous au Nouveau Centre d'utiliser ce sigle ?

Oui, oui, bien sûr. Au contraire mais il faut que nous essayons de travailler ensemble à faire l'UDF d'aujourd'hui, à partir de ce qu'est le Nouveau Centre, qui est - comment dire - c'est une jeune pousse ; mais en même temps, il y a là les éléments d'un nouveau départ qui me paraît utile pour le Centre Droit en France.
 
Hervé de Charette, ancien ministre, ancien membre de l'UMP, qui ne veut pas "qu'on prenne les électeurs pour des billes", qui était sur ce siège juste avant Eric Besson qui prend donc les électeurs pour des billes, selon Hervé de Charette, tout ça c'était sur RTL ce matin.

Vincent Parizot : Quand vous êtes entré dans le studio, Hervé de Charette, vous étiez à l'UMP, quand vous en sortez, c'est-à-dire maintenant, vous n'y  êtes plus, en tout cas dans votre tête. C'est une espèce de sas politique ce studio ?

Non, non, il ne faut pas dire ça : l'adhésion à un parti c'est quelque chose de formel et de juridique. Mais je peux vous dire que j'ai écrit aujourd'hui même à Xavier Bertrand, le secrétaire général, et j'ai eu hier au téléphone Jean François Copé avec qui j'ai eu une conversation amicale et chaleureuse.

Et Nicolas Sarkozy ?

Ah non, le Président de la République a lui-même décidé la création d'un parti du Centre dans la Majorité présidentielle.

Le Nouveau Centre ?

Oui.

Merci beaucoup.

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Le député du Maine-et-Loire, fondateur de l'UMP, était l'invité de Jean-Michel Aphatie mardi matin pour expliquer sa décision de quitter le parti présidentiel. "De mon point de vue, l'UMP est trop à droite. Moi je suis un homme du centre", a déclaré Hervé de Charette, qui annonce qu'il va rejoindre le Nouveau Centre. S'agissant du débat sur l'identité nationale, qui se tient dans la soirée à l'Assemblée nationale, il estime que "c'est mal parti". Avant de lancer : "On ne peut pas prendre les électeurs pour des billes".
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2009-12-08 09:01:00