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Henri Emmanuelli : "Toucher à la retraite à 60 ans serait un très mauvais symbole" (vidéo)

Le député socialiste des Landes répondait aux questions de Jean-Michel Aphatie mercredi matin. Henri Emmanuelli a estimé que toucher à la retraite à 60 ans, "une conquête sociale majeure", serait "un très mauvais signal, un très mauvais symbole". Alors que Michel Rocard a salué "le courage" de Martine Aubry, il a demandé à l'ancien Premier ministre socialiste, président de la conférence sur la taxe carbone, d'"avoir pour les salariés français autant de compassion que pour le Pôle Nord".

Jean-Michel Aphatie

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Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Henri Emmanuelli.

Henri Emmanuelli : Bonjour.

La direction du Parti socialiste a débattu, hier soir en bureau national, de la réforme des retraites à laquelle le Président de la République et le gouvernement envisagent de procéder dans les prochains mois. Vous étiez présent à cette réunion...

Oui, j'étais présent. Mais on n'a pas spécialement débattu de ça. Mais enfin, peu importe ! Oui.

Vous en avez parlé, voilà ?

Peu importe ! Oui.

Alors dimanche, lors du "Grand Jury" sur RTL, Martine Aubry a parlé de la réforme des retraites et elle a déclaré ceci, je la cite précisément : "On doit aller très certainement, on va aller très certainement vers 61 ou 62 ans". Elle parlait de l'âge légal du départ à la retraite. "Je n'imagine pas qu'on aille plus loin", a-t-elle précisé, "mais ce changement doit se dérouler à condition qu'on traite du problème de la pénibilité et du problème de l'activité des seniors". 61 ou 62 ans, modifier l'âge légal du départ à la retraite.

Moi je pense que 60 ans, c'est-à-dire l'âge légal des départs à la retraite est une conquête sociale majeure et que pour revenir là-dessus, il faudrait vraiment qu'on soit dans une situation catastrophique, ce qui n'est pas le cas.

Pas dans une situation financière catastrophique pour les régimes de retraite ?

Oui, parce que contrairement à ce qu'on raconte un peu partout - parce que c'est la grande mode -, il faut faire peur, on a fait peur en 2003 avec le rapport du COR, c'est-à-dire du Conseil d'Orientation des Retraites, on a recommencé en 2007 encore qu'en 2007, on avait beaucoup adouci les positions. C'est vrai qu'il y a un problème mais il n'est pas d'une ampleur telle qu'il mérite aujourd'hui qu'on remette en cause une conquête sociale majeure.

Donc, vous n'êtes pas d'accord avec l'expression de la première secrétaire du Parti socialiste ?

Je ne suis pas certain que dans l'esprit de Martine Aubry, il faille déplacer l'âge légal de la retraite parce qu'avant d'envisager ce genre de question, il y a beaucoup d'autres possibilités, il y a la possibilité d'élargir l'assiette des cotisations, il y a la possibilité - ça a déjà été fait et moi je n'en suis pas partisan - d'allonger la durée des cotisations ; et puis, il y a aussi le montant des retraites.

Donc, il y a toute une série de paramètres et ce ne sont pas les seuls : il y a le taux de fécondité du pays, il y a l'évolution démographique, il y a la croissance, etc, etc, qui font que je ne vois pas pourquoi il faudrait mettre le pire au départ. Je remarque que lorsqu'il y a une crise financière et qu'il s'agit de sauver les banques, on trouve 20 milliards d'euros sans problème. Je ne vois pas pourquoi lorsqu'il s'agit de 10 milliards d'euros pour les retraites, ça deviendrait une catastrophe nationale !

Pour vous, modifier l'âge légal du départ à la retraite, c'est le pire ?

Moi je pense que c'est le pire, ce serait un très mauvais signal, un très mauvais symbole et je ne pense pas que ce sera nécessaire. En 2003 quand le Conseil d'Orientation des Retraites a parlé, pour la première fois, de ces questions, a fait un rapport, le taux de fécondité en France était de 1,8, c'est-à-dire un enfant virgule huit par femme. Déjà en 2007, il était passé à 2,1, ça changeait considérablement la donne.

Aujourd'hui pour mettre un chiffre dans la tête de celles et ceux qui nous écoutent, pour régler la question 2040, alors là aussi il y a que les retraites qu'on règle en 2040, n'est-ce-pas je ne sais pas ! ou seront d'autres institutions en 2040, il faudrait une augmentation de 0,37% du PIB par an.

Martine Aubry a donc été imprudente ou maladroite, parce qu'elle a un peu engagé le Parti socialiste ?

Mais Martine Aubry ! Ecoutez, je n'ai pas écouté Martine Aubry, je fais confiance au report...

C'est dommage ! Nous déplorons de ne pas vous avoir compté parmi nos auditeurs, dimanche soir.

... au report de ses propos tels qu'il m'ait faits, mais on a eu cette discussion. Qu'il faille discuter des retraites à la fois...

Elle a été maladroite ?

En tout cas, moi ce que je trouve un peu curieux ...

Regardez "Le Figaro", hier.

Oui, mais "Le Figaro", monsieur Aphatie... Evidemment  !

"Martine Aubry renonce au dogme de la retraite à 60 ans" ! C'est un bon journal "Le Figaro".

Evidemment, "Le Figaro" ! Il ne manque plus qu'un commentaire de monsieur Dassault.

Il est factuel. Il est factuel là-dessus. "Renonce". Est-ce que Martine Aubry a renoncé au dogme de la retraite à 60 ans ?

"Le Figaro" a intérêt, dans une période où l'UMP se trouve mal en période électorale, à ressortir agiter des chiffons. "Le Figaro" ferait mieux de faire des titres sur le million de chômeurs qui va sortir du régime d'indemnisations qui va se retrouver sur le dos des collectivités locales. Cà, je remarque qu'il évite le sujet.

Michel Rocard sur BFM hier matin. Il a salué le courage de Martine Aubry ; et il a dit ceci puisque la retraite à 60 ans, c'est le gouvernement de Pierre Mauroy sous la direction de François Mitterrand qui l'a installée dans le champ légal en 1982. Michel Rocard qui était ministre à l'époque, il dit ceci : "Tous les ministres compétents lors du conseil des ministres qui l'a décidée, tous les ministres compétents en économie, Jacques Delors, moi et quelques-uns, nous étions catastrophés, nous savions très bien que cette mesure n'était pas compatible avec l'évolution de la démographie française."
   
Ecoutez, Michel Rocard a fait un rapport en 1991 qui faisait des prévisions pour 2007 qui s'avèrent totalement fausses. Donc, à sa place, je ferais preuve d'un peu d'humilité et je lui demande d'avoir pour les salariés français, autant de compassion qu'il en a pour le Pôle Nord !

Vous avez mal démarré le débat sur les retraites au Parti socialiste !

Pas du tout. Pas du tout. On essaie de fabriquer une zizanie parce que le pouvoir est en difficulté. C'est la règle du jeu, la règle du jeu.

On va vous faire réécouter Martine Aubry, alors ?

Mais, mais je vous assure que l'histoire de l'âge légal de la retraite, ce n'est pas l'urgence et qu'en tout cas, ce serait très mal venu.

Et vous, vous ne souhaitez pas que le Parti socialiste soit sur cette ligne ?

Non. Non.

Vous ne l'accepterez pas ?

Je ne le souhaite pas. Ah, l'accepter ? On ne va pas jouer les oua, oua derrière un micro, c'est un peu facile.

C'est vrai, il est tôt ce matin. Restons calme !

Oui, oui, voilà.

Henri Proglio, PDG d'EDF, a obtenu du conseil d'administration de Véolia qui est la deuxième entreprise - mais privée celle-là, qu'il préside - 450.000 euros d'indemnités. Il va donc les cumuler avec son salaire de PDG d'EDF...

Voyez qu'il a des perspectives pour financer les retraites ! Il suffira d'élargir les cotisations. Non mais ! Je dis ça sous forme de boutade. Mais enfin, ce qui est stupéfiant, depuis un an, on est dans une situation de crise financière, on a vu des choses qu'on croyait jamais pouvoir voir. On les a vues. On est à 8,5% du PIB...

Donc, ça vous choque le salaire de Proglio ?

On est à 140 milliards d'euros de déficit...

Oui. Mais le salaire d'Henri Proglio, ça vous choque ?

Moi ce qui me choque ! Il n'y a pas que le salaire d'Henri Proglio qui me choque, il y a aussi la situation dans laquelle il est où on mélange, n'est-ce pas, un service public comme EDF avec des intérêts privés comme ceux de Véolia, moi Monsieur Proglio, il me met régulièrement au tribunal.

Vous ?

Oui, moi, département de la Gironde.

Ah bon ! Il vous en veut ?

Oui.

Ah, le département de la Gironde.

Parce que j'essaie d'établir un contrôle public sur l'eau et donc, il me met régulièrement au tribunal, ce que j'aurai comme occasion de lui dire, lundi, parce qu'il vient me voir ; mais je pense qu'il avait oublié.

Mais en tant que député, pour cette question de salaire, qu'est-ce que vous allez faire ?
 
On va, à la commission des finances, ce matin, on fera les observations qui conviennent.

Quelles observations vous allez faire ?

Sur monsieur Proglio et puis surtout, sur le collectif budgétaire qu'on va nous présenter tout à l'heure.

Non, non, non, je vous parle des salaires d'Henri Proglio ?

Oui, je parle du salaire d'Henri Proglio.

Eh bien oui ! Vous parlez du collectif budgétaire !

On va voir les ministres financiers à l'occasion du collectif budgétaire.

Bon, ça ne vous choque pas tant que ça quoi, visiblement ! Le salaire d'Henri Proglio ne vous choque pas tant que ça visiblement ? Vous êtes calme, ce matin !

Monsieur Aphatie, ne jouez pas avec quelqu'un de calme !

Oui, c'est ça.

Pour une fois qu'il est calme !

Henri Emmanuelli...

Je trouve ça choquant ; et s'il n'y avait que ça ! et s'il n'y avait que ça !

Ah, dis donc !

Et s'il n'y avait que ça, ce ne serait rien. Mais je répète qu'il mélange les rôles et les casquettes et les salaires. Eh bien, ce régime qui se permet à peu près tout, hein !

Henri Emmanuelli, calme ce matin au micro RTL...

Vincet Parizot : Oui, mais vous avez failli l'énerver ! A la fin, c'était limite, limite !

... Limite ! Bonne journée !



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