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"Guerre de civilisation" : "Manuel Valls prend un risque en utilisant ce vocabulaire", juge Alba Ventura

REPLAY / ÉDITO - Le Premier ministre Manuel Valls a utilisé pour la première fois l'expression controversée de "guerre de civilisation" face au "terrorisme" islamiste. Ses mots ont-ils dépassé sa pensée ?

Alba Ventura
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Crédit : Alba Ventura
"Guerre de civilisation" : "Manuel Valls prend un risque en utilisant ce vocabulaire", juge Alba Ventura
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"Guerre de civilisation" : "Manuel Valls prend un risque en utilisant ce vocabulaire", juge Alba Ventura
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L'invité de RTL - Alba Ventura
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Ce qui est frappant, de la part de Manuel Valls, c'est qu'après les attaques terroristes du mois de janvier, le Premier ministre avait parlé de "guerre contre le terrorisme", en expliquant que nous n'étions pas "dans une guerre contre une civilisation". Aujourd'hui, on l'entend explicitement parler de "guerre de civilisation". Forcément, on se dit que c'est l'exact contraire de ce qu'il expliquait il y a six mois.

Cela surprend. D'autant que Manuel Valls sait bien que l'expression "guerre de civilisation" est très forte. Ce sont des mots très connotés, des mots qui ne sont pas neutres. Cela rappelle le "choc de civilisation" cher à l'ancien président américain George Bush pour justifier son intervention en Irak. Ce sont aussi les mots qu'avait utilisés Nicolas Sarkozy après les attentats de janvier.

Un risque de confusion

Manuel Valls avait d'autres moyens de le dire. D'ailleurs, dans son propos, le Premier ministre a pris soin ensuite d'expliquer que dans "guerre de civilisation", il ne fallait pas entendre "guerre d'une civilisation contre une autre". À Matignon, on s'est empressé de faire le service après-vente des propos de Manuel Valls, en rappelant que pour le Premier ministre il s'agissait de défendre les valeurs de "la" civilisation. Autrement dit,  le Premier ministre a voulu parler d'une guerre contre la civilisation, une guerre contre la démocratie et contre la tolérance.

De ce point de vue-là, il a raison. Mais il prend quand même un risque en utilisant ce vocabulaire. Le mot est toujours plus fort que l'explication. Il y a des mots qui emportent le raisonnement. C'est vrai que Manuel Valls est coutumier des mots "chocs". On se souvient de "l'apartheid territorial" ou de "l'islamo-fascisme".

Le mot est toujours plus fort que l'explication

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En parlant de "guerre de civilisation", le chef du gouvernement prend le risque d'être critiqué par le camp d'en face. Il prête le flanc à ceux, à droite, qui disent aujourd'hui : "Nous l'avions dit, nous. Ah il est enfin lucide le Premier ministre !". C'est vrai qu'il semble s'aligner sur la position de Nicolas Sarkozy.

Ensuite il prend le risque de la "confusion". Si vous dites : "On est dans une guerre de civilisation", on se dit : "On est en guerre contre qui ? Contre les musulmans ? Contre Daesh ? Contre une vision de l'islam ?" Quand on dit "guerre de civilisation", on n'est jamais loin d'entendre "guerre de religion". Or comme l'ont dit plusieurs personnalités politiques, notamment François Bayrou, on est en guerre contre la barbarie. On est en guerre contre des sauvages, contre de fanatiques.

Enfin Manuel Valls, prend le risque d'utiliser le vocabulaire de l'ennemi. Ce sont les mots de Daesh aujourd'hui, qui explique que l'Occident fait la guerre aux musulmans. Au fond, parler de "guerre de civilisation" c'est livrer une arme sémantique à ses ennemis.

Inquiétude

Cela témoigne chez Manuel Valls d'une réelle inquiétude. Ceux qui l'ont vu cette année peuvent dire à quel point le Premier ministre est sombre lorsqu'il évoque ces sujets. Souvenez- vous lorsqu'il était allé visiter des lycéens en janvier dernier, il leur avait dit : "Votre génération doit s'habituer à la menace".

Il y a aussi cette phrase qu'il  prononce tout le temps, pas pour faire peur : "La question n'est pas de savoir si il va y avoir des attentats. La question est où et quand".

Tous ces mots, toutes ces phrases qui frappent fort, c'est aussi parce que Manuel Valls n'a de cesse de vouloir secouer son camp sur ces affaires d'islamisme radical. Il n'a de cesse de vouloir montrer, lui qui n'est pas suspect d'angélisme ou de naïveté, qu'il faut être conscient de cette épée de Damoclès. C'est sans doute pour cela qu'il s'est laissé aller à employer l'expression "guerre de civilisation".

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