1 min de lecture Gérard Longuet

Gérard Longuet : "Dans un univers globalisé, on continue de mourir pour la Patrie"

Le ministre de la Défense répondait aux questions de Jean-Michel Aphatie vendredi matin.

Gérard Longuet sur RTL
Gérard Longuet sur RTL Crédit : RTL
micro générique
La rédaction de RTL et Jean-Michel Aphatie

Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Gérard Longuet.

Gérard Longuet :
Bonjour, Jean-Michel Aphatie.

Ce 11 novembre 2011 est un peu particulier. Depuis 1919, il permettait d'honorer les morts de ce que l'on appelle la "Grande Guerre" de 1914-1918. Et cette année, la commémoration est étendue à l'ensemble des Français morts pour leur pays. Pourquoi avez-vous voulu cette modification ?
   
Parce qu'il n'y a plus de combattants de la Première Guerre mondiale et parce que le million et demi de Français morts au combat pendant la Première Guerre mondiale, constitue en quelque sorte les parrains de tous les morts, de tous les engagements de la France sur les théâtres nationaux et extérieurs. Et nous sommes engagés sur des théâtres qui sont coûteux en vies humaines. Il fallait donner de l'importance à ce sacrifice de ceux qui font le choix des armes de la France et qui est un sacrifice suprême.

On ne meurt plus pour la patrie, heureusement !

On meurt pour la Patrie, on meurt...

... On ne meurt plus aujourd'hui... Je veux dire, la notion de guerre a changé...

On continue de mourir pour la Patrie ; et la Patrie a une parole dans le monde. Vous avez raison ! Ce n'est plus le territoire, ce n'est plus la défense aux frontières, ce n'est plus le risque de l'invasion mais dans un univers globalisé, il y a des théâtres extérieurs qui ont une importance immédiate pour notre vie quotidienne et pour ce que nous sommes, nous Français, une grande démocratie qui veut, membre permanent du Conseil de sécurité des Nations Unies, qui veut contribuer à un ordre mondial, plus juste et plus pacifique.

Voilà. C'est ce que  je voulais dire : on ne meurt plus pour la Patrie, mais on peut encore mourir pour la France. Il y a des soldats français engagés en Afghanistan depuis dix ans qui ont, parfois, le sentiment d'être un peu oubliés par la communauté, de mener un combat lointain dont on a un peu perdu la raison d'être.

C'est en partie vrai. C'est la raison pour laquelle le Président Nicolas Sarkozy a souhaité, par exemple, après la tragédie du 14-Juillet, même en Afghanistan, organiser une commémoration solennelle qui a beaucoup marqué nos compatriotes. Quand ils ont vu les sept corps, les sept cercueils alignés dans la Cour des Invalides, ils se sont souvenus, une nouvelle fois, que l'Histoire restait tragique et que la France est un partenaire de cette Histoire tragique du monde.

Les militaires, dont vous êtes le ministre, ont-ils parfois le sentiment d'être oubliés par le reste de la Nation ?

Alors, oui ; et heureusement, ils découvrent que la Nation les connaît et les aime. Comme toute communauté qui a une forte vie intérieure, les militaires s'entendent bien entre eux et ont parfois le sentiment de ne pas être compris à l'extérieur. Et pour avoir accueilli les aviateurs, les pilotes d'hélicoptères, les marins qui étaient en Libye, hier, à Mont-de-Marsan d'une longue réunion, ils se sont rendus compte à travers les sondages, à travers les articles de la presse, à travers des témoignages d'intellectuels, y compris les plus surprenants, qu'il y avait au fond de la fierté d'avoir cette armée et ils se sont rendus compte qu'ils étaient pour les Français une occasion de fierté. Je pense qu'ils ont un autre regard aujourd'hui sur leur métier.

Le ministère de la Défense a déjà supporté sa part dans le premier plan de rigueur présenté par François Fillon en août. 167 millions d'euros de réduction budgétaire. Et on évoque déjà la nécessité d'un nouveau plan de rigueur. Ce serait le troisième, rendu nécessaire par la panne de croissance qui devrait affecter la France, l'année prochaine, comme elle affectera l'ensemble des pays européens. Faut-il s'attendre, Gérard Longuet, pour les Armées à un nouveau tour de vis budgétaire ?
   
Non, à cet instant, sur un Budget de 31,7 milliards, nous avons fait un effort. Vous en avez évoqué le montant pour un premier passage à 167 millions. Il y aura le deuxième passage lié aux décisions que François Fillon a annoncées, lundi dernier, qui sera inférieur à ce montant. Il est normal que le ministère de la Défense qui est un des grands budgets, participe à cet effort.

En revanche, rien de ce qui est de long terme n'est compromis ; et par ailleurs, la condition militaire continue de s'améliorer. Donc, on serre les vis sur du fonctionnement.

Mais on doit s'attendre tout de même à des rigueurs budgétaires accrues, on comprend bien que le deuxième plan présenté, lundi, par le Premier ministre - ce n'est pas vieux : lundi - est déjà dépassé par une situation qui s'aggrave sur le front de la crise.

Oui, alors ça, les annonces européennes, elles méritent d'être détaillées. Je laisserais à François Baroin le soin de s'exprimer sur ce sujet. Je pense qu'il faut garder beaucoup de sang-froid et attendre la conjoncture effective telle qu'on  la percevra au premier trimestre de 2012.

Parce que vous espérez que l'économie peut reprendre alors que tout le monde annonce que l'Europe devrait plutôt rentrer en récession ?

Entre 0,6% et 1%, nous sommes calés sur 1%, nous pouvons le faire. Nous avons eu de bons résultats qui étaient imprévus au deuxième trimestre 2011. La fin de l'année 2011 est effectivement difficile avec énormément d'incertitudes. Mais la force du système économique mondiale, c'est sa réactivité à la hausse comme à la baisse. Lorsqu'une question est traitée, il y a une respiration, il y a des possibilités. Le monde est en croissance. C'est l'Europe de l'Ouest qui ne l'est pas. Si l'Europe de l'Ouest affiche une capacité à surmonter ses propres défauts et en particulier, sa perte de compétitivité, ça repart très vite.

 Qu'est-ce qu'il faudrait faire pour sortir de cette crise ? Personne ne semble avoir de solutions ?

Ah, très honnêtement, si j'avais une certitude absolue, je revendiquerais d'autres responsabilités.

Donc, très modestement, je pense que la France doit se poser la question de sa compétitivité, c'est-à-dire tout ce qui peut être fait pour regagner des parts de marchés. Je serai, par exemple,  dimanche à Dubaï comme ministre de la Défense pour vendre du matériel de guerre. Nous sommes aujourd'hui les quatrièmes exportateurs mondiaux. Il n'y a pas de raison que nous ne soyons pas un jour les troisièmes après les Etats-Unis et la Grande-Bretagne. C'est notre objectif. Nous avons les industriels, nous avons les ingénieurs, nous avons les ouvriers ; on manque un peu de compétitivité.

Et ? Un peu de compétitivité, ça veut dire quoi ?

Ca veut dire : produire plus au même coût.

J'ai vu une dépêche surprenante, hier soir. AFP - 17h45 : "L'UMP propose d'expérimenter le port de l'uniforme à l'école". Et ceci est l'une des quinze propositions de l'UMP pour le pacte républicain. Et le ministère de la Défense doit être intéressé par ce genre de proposition !

Je dirais, en plaisantant, que comme père hier, et comme grand-père aujourd'hui, j'ai l'impression que les jeunes avaient déjà un uniforme : ça s'appelle le jean...

(Rire)

... et le sweet shirt gris.

Eh bien voilà !

Bon. Non, soyons sérieux. Je pense, en effet, qu'un certain nombre de pays - et des pays très proches - ont fait le choix pour le Primaire d'avoir des tenus uniformes : bleu et blanc pour les uns ; et ça marche, pas si mal. Pourquoi ? Parce qu'il y a le problème du respect mutuel. Souvent la différenciation est un élément d'agressivité entre les jeunes. Vous savez, les Jeunes sont à la fois conformistes et rebelles. L'uniforme évite de poser un problème. Il y en a tellement quand on est jeune à régler, que ce n'est pas la peine d'en rajouter.

Je me souviens du combat des blousons Chevignon. Alors évidemment ! "Et puis, ton jean Levi Strauss, il est craignos !" Enfin, vous connaissez toutes ces histoires. L'uniforme apaise. L'uniforme apaise.

Oui, paradoxalement. C'est plus un problème de psychologie...

Oui.

... Que de retour à l'ordre.

C'est un problème de psychologie, c'est faire en sorte que les jeunes se sentent, au fond, membres d'une communauté et ne cherchent pas à se différencier à tout prix et qu'ils se différencient sur des vraies valeurs : le goût du travail, le goût du sport, le sens de l'amitié, et pas sur des paillettes ou sur des bracelets ou sur des colifichets.

Un ministre de la Défense favorable au retour de l'uniforme à l'école, c'est assez cohérent !

Oui, ça n'est pas complètement surprenant !

Gérard Longuet, ministre de la Défense, était l'invité de RTL ce matin. Bonne journée.

2012 et vous

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