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Gérard Collomb : "On voit mieux la France de Lille que de Solférino"

Le sénateur-maire socialiste de Lyon répondait mercredi matin aux questions de Jean-Michel Aphatie à l'occasion de la sortie de son livre "Si la France s'éveillait..." (éditions Plon).

Le sénateur-maire socialiste de Lyon, Gérard Collomb, sur RTL le 2 mars 2011
Le sénateur-maire socialiste de Lyon, Gérard Collomb, sur RTL le 2 mars 2011 Crédit : RTL
micro générique
La rédaction de RTL et Jean-Michel Aphatie

Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Gérard Collomb.

Gérard Collomb : Bonjour.

Alain Peyrefitte a connu le succès, il y a trente ans, avec un livre qui s'appelait "Quand la Chine s'éveillera". Et vous le paraphrasez un peu en publiant - ce sera demain en librairie, chez Plon - un livre "Et si la France s'éveillait". Mais le problème de la France ce n'est pas le problème de la Chine. Nous sommes industrialisés. C'est plutôt le déclin que l'éveil qui nous guette.

Oui, hélas, nous étions industrialisés. Mais aujourd'hui, on voit bien que la France est en train de sortir de l'économie mondiale. Lorsque l'on regarde l'évolution de notre pays sur le plan économique, par rapport à des grands pays comme les pays émergents : la Chine, le Brésil, l'Inde, on voit que nous avons des difficultés. Si l'on regarde l'Europe, on s'aperçoit que par rapport à l'Allemagne, nous sommes aujourd'hui en situation de déclin. Donc, c'est ça le véritable problème et il faut que les Français fassent attention à la façon dont le monde évolue très vite autour d'eux.

Vous faisiez partie, Gérard Collomb, des grands élus peut-être plutôt indulgents au début du quinquennat avec Nicolas Sarkozy. Aujourd'hui alors que nous approchons de la fin du quinquennat, quel est votre jugement ?

Il y a évidemment une déception très forte. Je crois que Nicolas Sarkozy, ce que j'analyse dans mon livre, n'a pas su prendre la mesure des choses avec quelques bons passages au moment, par exemple, de la gestion de la crise économique lorsqu'il y avait une contrainte forte ; et puis, ensuite, une incapacité à développer une vision de l'Europe, à faire en sorte qu'il y ait une véritable relance. Et donc aujourd'hui on se retrouve avec une politique enfermée sur soi-même sans perspective vraie et donc, une certaine déception des Français.

Et donc cette déception des Français, vous l'étendez jusqu'au Parti Socialiste de Martine Aubry. A vous lire, le Parti socialiste, c'est tout de même la réunion de gens qui se sont endormis sur des concepts qui selon vous, n'ont aucune validité : le rôle de l'Etat, la retraite à 60 ans, vous n'y croyez pas, les licenciements boursiers quand Martine Aubry en parle, vous dites : y croit-elle vraiment elle-même ? Vraiment, vous n'êtes pas tendre avec vos amis socialistes, Gérard Collomb ?

Je pense que la Gauche a toutes les chances d'exercer demain le pouvoir. Mais elle ne peut pas être semeuse d'illusions. Il faut s'attaquer...

C'est ce qu'elle fait aujourd'hui ?

Non, mais quelquefois, nous sommes effectivement dans le "toujours plus". On voit bien dans le programme qui avait été élaboré, il y a quelque temps, c'était un peu un catalogue. Or, aujourd'hui, nous sommes dans une situation difficile avec des déficits qui sont abyssaux, avec une industrie qui est en train de naufrager, cela veut dire que le Parti socialiste au Pouvoir aura à prendre en compte ces réalités et pas simplement annoncer les nouvelles qui font plaisir.

Ce n'est pas du tout le discours de Martine Aubry, vous en avez conscience Gérard Collomb ?

Oui, mais je pense que c'est le discours que tiennent beaucoup de gens au PS parmi les élus, en particulier, parce qu'ils voient, eux, dans leur ville ce que donne cette désindustrialisation, ce que donne la baisse de l'économie ; et comme ils sont en relation avec des grandes villes internationales, ils voient bien quelle est la dynamique qui est dans d'autres pays.

Mais c'est Martine Aubry qui dirige le Parti socialiste ?

Oui, mais je pense que...

... C'est un problème quand même  !Enfin, c'est un problème selon vous, si l'on suit bien votre raisonnement ?

Ce que j'essaie de dire, c'est qu'aujourd'hui  le Parti socialiste, dans sa direction, est très influencé par son aile gauche, fruit du congrès de Reims, et que ce n'est pas sur cette ligne que l'on gouvernera la France demain. Il faut effectivement aller vers une ligne plus lucide qui prenne en compte les vraies réalités du pays.

On l'a compris dans votre réponse. Vous faites plutôt l'éloge des élus locaux qui sont proches des réalités. Vous dites, par exemple, page 19 : "On voit mieux la France depuis nos territoires..."

Oui.

Alors, j'y reviens...

Et je dis : "On la voit mieux de Lille que de Solférino.

Martine Aubry est maire de Lille.

Bien sûr.

Donc, elle est comme vous ; c'est un élu local.
 
Bien sûr.

Il y a deux dirigeants socialistes, c'est-à-dire quand on est élu local, on a une vision des choses ; et puis, quand on arrive à la tête d'un parti politique, on change complètement d'attitude, on est plus sincère ?


Ce que je critique chez Martine Aubry, par exemple, c'est une véritable schizophrénie entre l'action locale et puis, la pensée nationale. Martine Aubry de la façon dont elle gère Lille, est une façon admirable. On regarde, par exemple, le développement de l'économie à Lille dans le domaine des sciences du vivant, elle fait des choses que moi, j'essaie de faire à Lyon ; et tout d'un coup, lorsqu'elle arrive à Paris, il y a une espèce de distanciation totale par rapport à l'action de la semaine ; et à ce moment-là, nous sommes dans des visions théoriques, à mon avis qui ne sont pas pertinentes.

Votre candidat, c'est Dominique Strauss-Kahn ?
 
Oui.

Il va nous faire attendre longtemps, Dominique Strauss-Kahn ?

Ah, il a son temps. Vous savez, je crois que ce qu'il faut c'est réussir une campagne électorale. On sait bien dans quelle contrainte il est aujourd'hui avec le FMI. Qu'il remplisse sa tâche ; et à mon avis, elle est importante parce qu'aujourd'hui, on voit bien que les problèmes ne sont pas simplement nationaux. Ce sont les problèmes de la France et de l'Europe dans le monde. Peut-être que la vision qu'il a pu développer au FMI sera utile à la France.

Mais son mandat va jusqu'en novembre 2012, alors il faudra qu'il nous dise peut-être un peu avant ce qu'il va faire, non ?

Ah, je pense qu'il va nous le dire.

Vous savez ce qu'il va vous dire ?

Mais il le fera dans son tempo. Il a déjà donné un certain nombre d'indications...

Ah bon ! Des indications de quoi ?

Oui, oui, par exemple, lorsqu'il  répondait à la question : mais n'y a-t-il pas le précédent de Jacques Delors ? Il a dit : "C'est l'Histoire". Cela veut dire qu'il ne sera pas comme Jacques Delors renonçant au dernier moment.

Il sera candidat ?

Je pense qu'il sera candidat.

Vous avez des informations ? Vous avez des confidences ?

Je n'ai aucune information. Il n'en donne à personne.

S'il n'était pas candidat, François Hollande pourrait-il, dans votre esprit, se substituer à lui et représenter un courant de pensées réalistes que vous appelez de vos vœux dans votre livre ?

Il est clair que François Hollande est sur une ligne réformiste.

Vous pourriez le soutenir ?

Est-ce que François Hollande... Le problème... Ira jusqu'au bout ? Il a gouverné le Parti socialiste pendant très longtemps. Et par exemple, au moment du débat très fort sur l'Europe, je ne l'ai pas vu prendre les positions qui soient tranchantes ; mais on verra s'il a évolué.

Vous pourriez le soutenir ?

En tout cas, moi je porterai dans le cas où Dominique Strauss-Kahn ne serait pas là, la pensée réformiste ; et on verra bien au dernier moment, "qui" est capable de porter cette pensée.

Lundi va s'ouvrir le procès de Jacques Chirac, les emplois fictifs de la Ville de Paris. Bertrand Delanoë, maire de Paris, est critiqué pour avoir négocié un accord avec Jacques Chirac qui le rembourse de la spoliation que la Mairie de Paris pensait avoir subi avec ces emplois fictifs. La Mairie de Paris aurait dû rester partie civile au procès ou il faut être gentil aujourd'hui avec Jacques Chirac et lui éviter un procès trop difficile ?

Vous savez, je pense qu'il y a un temps pour la Politique, la Justice ; et il y a un temps pour un peu le pardon et prendre un peu de distance par rapport à tout ça. Je pense qu'aujourd'hui, Jacques Chirac, dans la situation qui est la sienne, ne mérite pas forcément d'aller devant les tribunaux.

... Justice... Pour les gens, c'est l'ancien Président.

Non, non, non. Il vaut mieux, si vous voulez, être dur avec les puissants lorsqu'ils sont puissants. Lorsqu'ils ne sont plus rien, à mon avis, c'est plus difficile d'être, comment dirais-je,  rancunier par rapport à eux.
   
Vous attendez toujours la déclaration d'intérêt général pour le stade de Lyon ?

Toujours.

Qu'est-ce qu'il... ?

... A mon avis...

François Fillon, il n'a pas signé encore ?

Eh bien, François Fillon, il l'a depuis six mois sous le coude. Il ne lève pas le coude, et donc il ne veut pas que le stade se bâtisse.

Gérard Collomb - "Et si la Franc se réveillait", chez Plon -, maire de Lyon, était l'invité de RTL ce matin.

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Politique François Fillon Jean-Michel Aphatie
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