4 min de lecture Gouvernement

Gérald Darmanin : pourquoi vous allez continuer à en entendre parler

PORTRAIT - Le ministre des Comptes publics, porteur du budget 2018, s'affranchit des Républicains et affirme sa mue en lieutenant macroniste.

Gérald Darmanin, le 6 juillet 2017
Crédit Image : Martin BUREAU / AFP

Un sarkozyste devenu macroniste ? Gérald Darmanin fait partie des quatre membres du gouvernement d'Emmanuel Macron à être issu des Républicains, avec Édouard Philippe premier ministre, Bruno Le Maire, ministre de l'Économie, et Sébastien Lecornu, secrétaire d'État auprès du ministre de la Transition écologique. 

Le ministre des Comptes publics a joué un rôle clé pour Emmanuel Macron et le chef du gouvernement : il a eu la délicate tâche de présenter, porter et défendre le projet de loi de finances 2018. À ses détracteurs socialistes, il réplique : "Vous aviez cinq ans pour faire un vrai budget (...) la critique est facile mais l'art est difficile. Votre budget, c'est un renoncement aux économies pour renoncer au pouvoir d'achat. Vous renoncez, nous agissons". 

Jeune sarkozyste devenu une prise de guerre

Ce ministre en transit à qui Les Républicains ont laissé huit jours pour décider de son sort estime qu'"il y a beaucoup de Nicolas Sarkozy chez Emmanuel Macron" et vice-versa. Directeur de campagne de Nicolas Sarkozy pendant la primaire de la droite et du centre, il est qualifié d'"enfant prodige du sarkozysme", dans Libération. Son entrée au gouvernement d'Édouard Philippe s'apparente à "une prise de guerre" en pleine bataille politique : "Passionné de politique et encarté au RPR dès 17 ans, après un meeting de Philippe Séguin, il a été bercé pendant toute son enfance par le souvenir du général de Gaulle dont la photo était installé dans le salon familial", décrit Le Figaro

Au sein des Républicains, "il est toujours apparu tel un élu à part, libre, s’intéressant aux idées et à l'histoire", d'après Le Point, qui explique cette ambition par l'envie de vouloir "faire". Avec Nicolas Sarkozy, il ne mâche pas ses mots : "Si vous voulez revenir, il faudra présenter d'autres visages que ceux de Morano ou des époux Balkany", lui a-t-il notamment conseillé. Sa spécialité au sein des Républicains ? Avoir rapidement fait l'analyse de la défaite de l'élection présidentielle de 2012, trop ancrée sur une ligne identitaire. 

"Il a mené parallèlement un travail de réflexion sur les questions d'identité, qu'il se refuse d'aborder avec passion et arrière-pensées. Il déplore que certains de ses collègues, au premier rang desquels Laurent Wauquiez, fassent de ce sujet un tremplin politique. C'est finalement un président progressiste, Emmanuel Macron, qui lui donne l'opportunité d'agir", note Le Point.

"Darmalin" et "tiroir à futurs souvenirs"

D'avril 2014 à décembre 2017, Gérald Darmanin a été maire de Tourcoing. "Tous les samedis, pour rencontrer ses administrés, le maire allait faire ses courses à Carrefour. Une sorte de permanence itinérante. Il y restait souvent près de quatre heures. Il donnait aussi son téléphone, son mail et son Facebook à tous les élus pour rester avec eux en contact. Chacun a eu le droit à son petit message personnalisé notamment pour les grandes occasions, comme les mariages qu'il ne peut pas célébrer", raconte Le Figaro. Le journal ajoute : "N'oubliant jamais ses origines populaires, Gérald Darmanin demande toujours qu'on casse un œuf sur ses frites. Ce que font les routiers du Nord. Une habitude qu'il devrait amener à Bercy".

Avec Les Républicains, le divorce est acté dans l'esprit de Gérald Darmanin, même s'il n'est pas encore prononcé officiellement. "Ils peuvent considérer que j'ai trahi, moi je considère que c'est eux", lâchait-il dans les colonnes de Libération. Le ministre des Comptes publics en profite pour dépeindre un avenir sombre à ses anciens camarades : "Ils ont perdu les élections parce qu’ils ont trahi leurs électeurs. Pour moi, la droite, ce n’est pas la protection du tabac, de l’immobilier et du catholicisme blanc. Si c’est leur logique, ils vont terminer comme le PCF. Moi, face à Le Pen, j’aurais voté pour Hollande, voire pour Mélenchon. Alors qu’ils aient hésité à le faire pour Macron…".

Rebaptisé "Darmalin" par les députés, le ministre aurait deux livres disposés sur son bureau à Bercy : un recueil du Cardinal de Retz et le livre d'Édouard Philippe, Dans l'ombre", comme le précise CapitalLes Échos raconte que "Gérald Darmanin garde tout". "Dans un tiroir de son bureau, qu'il baptisé 'tiroir à futurs souvenirs', on trouve les menus de ses déjeuners à l'Élysée, des mots d'Emmanuel Macron et d'Édouard Philippe, mais aussi celui d'un élu communiste qui veut lui 'transmettre un dossier' ou encore la lettre à en-tête des Républicains, datée du 30 juin 2017, lui signifiant sa suspension du parti. 'Je ne suis pas un collectionneur, je suis un accumulateur', corrige-t-il dans une formule qui pourrait s'appliquer à sa vie politique", raconte le journal.

Soutiens et détracteurs le voient en "Cahuzac"

Pour comprendre la politique de Gérald Darmanin, il faut étudier celle de Xavier Bertrand, comme le souligne Libération, qui précise que le ministre "a mis en oeuvre à Bercy, les préceptes de son mentor". En 2015, alors qu'il est directeur de sa campagne pour prendre la tête de la région Hauts-de-France, il indique à Paris Match que son candidat "avait l’étoffe, le courage et l’énergie pour affronter une campagne très longue, très difficile dans une région historiquement de gauche et qui vote aussi FN depuis longtemps". 

Désormais à la tête du ministère de l'Action et des Comptes publics, "Gérald Darmanin a parfaitement compris l'importance stratégique du poste qui lui a été confié", explique Libération, qui rappelle ce conseil que lui avait donné Nicolas Sarkozy : "Le Budget, il n'y a pas meilleure école". Son style, sa méthode... Les députés La République En Marche sont séduits. Selon Arnaud Leroy, l'un des dirigeants du parti, "il rappelle Cahuzac, qui impressionnait par son éloquence quand il balançait, sans note, des scuds ravageurs depuis le banc des ministres". De l'autre côté, celui de ses détracteurs, on le décrit comme ayant "la même suffisance, la même arrogance, le même sadisme quand il convoque chaque ministre pour lui dire qu'il dépense trop" que l'ancien ministre Budget, selon Michel Sapin.

La rédaction vous recommande
Contenus sponsorisés