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Génocide arménien : la loi de trop !

Le Sénat a voté lundi soir - à une étroite majorité, c'est vrai, mais voté quand même - la loi qui réprime le négationnisme à propos des génocides, et en l'occurrence le génocide arménien. Cette loi, qui soulève on le sait, des passions en Turquie, en Arménie et dans les communautés françaises issues de ces deux pays, est-elle justifiée ? La chronique d'Alain Duhamel.

Alain Duhamel
Alain Duhamel
La Semaine Politique - Duhamel
Alain Duhamel Journaliste RTL

Le Sénat a voté lundi soir - à une étroite majorité, c'est vrai, mais voté quand même - la loi qui réprime le négationnisme à propos des génocides, et en l'occurrence le génocide arménien. Cette loi, qui soulève on le sait, des passions en Turquie, en Arménie et dans les communautés françaises issues de ces deux pays, est-elle justifiée ? La chronique d'Alain Duhamel.

Non, je trouve qu'elle n'est pas justifiée. Je trouve que c'est une loi de trop. Bien entendu, il n'est pas question de contester l'existence du génocide arménien, il n'y a aucun doute que le gouvernement turc, en 1915, a procédé à des massacres gigantesques et qu'il y a probablement eu un million et demi de morts.

Mais, d'une part, il y a onze ans, on a déjà voté une loi reconnaissant l'existence du génocide arménien. Deuxièmement, cette loi, contrairement à ce qui a été dit, n'est ni rendue obligatoire par des textes européens, ni vraisemblablement constitutionnelle. En tout cas, c'est ce qu'a établi Robert Badinter, qui n'est pas indifférent à ce genre de question et qui n'est pas sans compétence. C'est en tout cas visiblement contradictoire avec le principe constitutionnel de libre expression.

Troisièmement, et c'est ça qui est surtout le nœud de l'affaire, de quoi est-ce que se mêle le Parlement ? Pourquoi est-ce qu'il s'érige en juge et en historien ? Pour appliquer la loi qui a été votée il y a onze ans, il y a déjà des tribunaux qui peuvent être saisis. Et quant à faire l'Histoire, il y a des historiens pour ça qui la font et qui d'ailleurs, sur ce sujet, la font bien.

Alors, quatrièmement, on voit très bien ce que sont les arrières-pensées. Elles sont évidemment électoralistes. Ce n'est pas un hasard si ce sont les Socialistes qui ont ressorti ça quelques mois avant l'élection et si l'UMP s'est engouffrée et a cherché à la porter. Cinquièmement, non seulement c'est électoraliste, mais en plus c'est complètement inutile puisque, comme c'est porté à la fois par le PS et l'UMP et que ça concerne à la fois la communauté arménienne et la communauté turque, il est probable que ça ne bénéficiera à personne. Et sixièmement, c'est, par dessus le marché, inapplicable parce que s'il y a un ministre turc des Affaires étrangères qui arrive en France, avec l'application de cette loi, on a le droit immédiatement de le traduire devant un tribunal.

Les partisans de cette loi soutiennent quand même que le gouvernement turc n'a toujours pas reconnu la réalité du génocide arménien, et là ils ont raison.

Ca, ils ont totalement raison. Le gouvernement turc, non seulement ne le reconnaît pas mais en plus, fait plutôt machine arrière. Il y a eu un moment où il y a eu un début d'ouverture. On a parlé d'une commission historique. Il y a eu un petit rapprochement avec l'Arménie. Aujourd'hui, il fait machine arrière. Aujourd'hui, on voit très bien, il y a eu une surenchère nationaliste turque, d'où d'ailleurs les sanctions déjà prises contre la France et les nouvelles sanctions qui vont évidemment maintenant débouler. Mais, dans cette affaire, il faut dire aussi que la France, un, qui est le chef de file de ceux qui s'opposent à l'entrée de la Turquie au sein de l'Union européenne.

Deux, qui fait voter deux lois successives, joue un petit peu, un petit peu beaucoup même, les bouts de feu. Et dans cette affaire, tout le monde y perd. La Turquie, parce qu'elle s'isole de l'Europe alors que c'est théoriquement un de nos alliés essentiels et européen et au sein de l'OTAN. La France, parce que, dans cette affaire, on voit quoi ? On voit exactement ce qu'on cherche à combattre en permanence, c'est-à-dire la cristallisation de communautarismes à la fois arménien et turc sur nos propres territoires. C'est vraiment de la politique de gribouille.

En gros, vous nous dites que la France se mêle de ce qui ne la regarde pas.

La France, vous le savez bien, a cette manie de s'ériger en permanence en justicier universel. Vous savez, cette année, c'est le 50ème anniversaire de l'indépendance de l'Algérie. S'il y a un pays qui votait une loi sur un génocide français pendant la guerre d'Algérie, je doute que ça nous fasse un énorme plaisir. Et puis, après tout, si on cherche absolument un génocide, on n'a qu'à travailler sur le génocide français en Vendée pendant la Révolution, parce qu'il a existé.
2012 et vous OK

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