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"À gauche, on n'ose plus tenir un discours positif sur l'immigration", dit Elizabeth Martichoux

REPLAY / EDITO - Les politiques sont embarrassés par l'afflux de migrants en Méditerranée et font face à des opinions publiques angoissées par ces drames qui soulignent chaque fois leur impuissance.

Elizabeth Martichoux
Elizabeth Martichoux
Crédit : Fanny Bonjean / RTL.fr
"À gauche, on ose plus tenir un discours positif sur l'immigration" dit Elizabeth Martichoux
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"À gauche, on ose plus tenir un discours positif sur l'immigration" dit Elizabeth Martichoux
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Jeudi 23 avril, un sommet européen extraordinaire aura lieu pour prendre des mesures après le drame des migrants noyés en Méditerranée. Un débat pourtant assez peu évoqué parce qu'on assiste dans le fond à un face à face assez paralysant entre l'opinion publique et les politiques. L'opinion publique, elle, réagit avec un mélange de compassion et d'angoisse. Compassion, émotion face à ces hommes, ces femmes, ces enfants victimes d'un ignoble trafic, lequel - il faut l'avoir en tête - devient dans certaines régions plus rentables que le trafic de drogue. 5.000 euros multipliés par 800 clandestins entassés dans des embarcations misérables, qui sont parfois jetés en pleine mer pour accélérer les rotations. C'est l'horreur dans l'horreur.

Donc oui, de la compassion, mais plus encore de l'angoisse. L'angoisse de savoir ces populations aux portes de l'Europe et de chez nous. D'autant plus que la question identitaire, l'intolérance, et le racisme progressent en France. Pas seulement en France, dans toute l'Europe.

L'exemple finlandais

Vérification a encore été faite le week-end dernier en Finlande, petit pays scandinave à faible densité démographique, qui ne borde pas vraiment la Méditerranée. Il a suffi que quelques contingents de Somaliens s’installent près du cercle polaire pour que la droite radicale soit dopée aux législatives. Le parti baptisé "les vrais Finlandais" a frappé très fort en arrivant deuxième, derrière les centristes. Son leader ambitionne de devenir ministre des affaires étrangères dans le gouvernement de coalition. Du nord au sud de l'Europe, la question migratoire est décisive dans le vote protestataire. Que ce soit en France, en Espagne, en Belgique ou en Hongrie, chaque drame de ce type est perçu comme une faillite de la politique européenne, et de la politique tout court.

Jusqu'à 600.000 demandes d'asile cette année

Il s'agit de vies humaines, pas de statistiques froides, et la problématique est extraordinairement complexe. Mais sans verser dans le simplisme, on peut déjà observer que face à ce risque de migration sauvage, rien n'a été anticipé. Un fonctionnaire européen me confiait qu'un rapport remis récemment à Bruxelles avertissait que le nombre de demandes d'asile allaient bondir jusqu'à 600.000 cette année. La sonnette d'alarme avait été tirée. Les gouvernements de droite et de gauche n'ont pas bougé. Pris en tenaille entre la peur que suscite l'immigration dans leurs opinions publiques, et l'idéal démocratique qu'ils défendent encore parfois. Ils détournent les yeux jusqu'à ce que se produise la catastrophe. Nous y voilà.

4 personnes sur dix estiment qu'il y a trop d'immigrés

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En matière d'immigration, il y a encore un clivage gauche-droite chez les Français. Dans un sondage CSA fin janvier, à la question "Est-ce que la plupart des immigrés viennent uniquement pour profiter des prestations sociales ?", à gauche on répond oui à 36%, à droite 80%, au FN 97%. Mais les sympathisants de gauche sont tout de même ambivalents. Dans la même enquête, près de quatre personnes sur dix estiment qu'il y a trop d'immigrés, un électeur socialiste sur deux estime qu'ils ne se donnent pas les moyens de s'intégrer. 50% ça n'est pas rien. Et les leaders socialistes marchent sur des œufs. Par exemple, la conviction que l'immigration est une source d'enrichissement culturel, démographique ou économique. C'est un marqueur de gauche. Est ce qu'on l'entend souvent dans la bouche des ténors du PS ? Non. Une fois, François Hollande l'a dit haut et fort, quand il a inauguré la Cité de l'immigration, mais sinon, c'est très rare. 

Un débat inaudible pour les Français ?

Un débat qui apparaît donc inaudible pour les Français. On n'ose plus tenir à gauche un discours positif sur l'immigration. Confidence d'un poids lourd du gouvernement : "On n'a pas de sondages, mais on sait que les Français réclament de la fermeté." À droite, le débat sur l'identité nationale avait fait tomber les derniers tabous sur l'immigration. Nicolas Sarkozy et François Fillon assument une ligne dure, mais ils traînent le soupçon de courir derrière le FN, qui lui a un discours très identifié. Il est aux yeux de beaucoup encore aujourd'hui le seul à savoir dire la réalité. Alors même qu'il n'a pas plus que les autres, et même moins que les autres, la bonne solution.

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