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Front national : la fin de l'ère Philippot a-t-elle sonné ?

DÉCRYPTAGE - Même si Marine Le Pen défend dans les médias le vice-président de son parti, des voix au sein du Front national s'élèvent de plus en plus pour remettre en cause la place de Florian Philippot.

Florian Philippot, le 20 mars 2017
Florian Philippot, le 20 mars 2017 Crédit : Patrick KOVARIK / POOL / AFP
Marie-Pierre Haddad
Marie-Pierre Haddad
Journaliste RTL

L'élection présidentielle, et surtout la défaite du Front national au second tour, continuent de provoquer des remous au sein du parti. Tout a commencé pendant la campagne électorale. L'alliance entre Marine Le Pen et Nicolas Dupont-Aignan a poussé la candidate à revoir sa position sur la sortie de la France de la zone euro. Le 29 avril dernier, le parti annonçait que "la transition de la monnaie unique à la monnaie commune n'est pas un préalable à toute politique économique. Le calendrier sera adapté aux priorités et aux défis immédiats que le gouvernement de la France devra relever".

Cette annonce avait provoqué un couac pour la fin de la campagne présidentielle au sein du Front national : sortir de l'Union européenne est-il toujours d'actualité ? La pilule ne semble pas être passée pour Florian Philippot. À tel point que des rumeurs sur son départ du parti commencent à émerger.

La défaite du second tour

Jean-Marie Le Pen lui attribue la défaite de sa fille à l'élection présidentielle. À l'antenne de RTL, le fondateur du parti indiquait le 8 mai dernier que "le rapport de force était en faveur d'Emmanuel Macron. Maintenant, je regarde la foule, je lui conseille de jouir de sa joie et je lui donne rendez-vous dans six mois, pour savoir quel est le pourcentage de cette foule joyeuse qui sera dans les mêmes sentiments". Sur un éventuel changement de nom du parti, il ajoute : "Ça, c'est le Congrès qui va décider. Je croyais que c'était Monsieur Philippot qui voulait changer de nom. Mais comme il est l'un des principaux responsables de la défaite de Marine Le Pen, je pensais qu'il songerait à s'esquiver. Elle a fait la campagne de ses amis, de ses collaborateurs. Selon moi, il y a eu quelques torsions de cheville".

Il en avait aussi profité pour critiquer les thèmes choisis par Marine Le Pen et son équipe lors de la campagne. Ce sont "les problèmes de l'euro, de l'Europe, de la retraite à 60 ans qui ont plombé la campagne de Marine Le Pen. Je pense qu'il faut parler à la France de vrais problèmes : démographiques, de l'immigration massive, de l'insécurité, du chômage, des déficits vertigineux".

Les Patriotes, le cœur de la dispute

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Florian Philippot a expliqué qu'il quitterait le parti si la ligne politique sur l'Union européenne évoluait. "Je ne me contredis pas à une semaine d'intervalle, ce n'est pas mon genre, ce n'est pas, contrairement à ce que j'ai pu lire ici ou là, du chantage. C'est simplement de l'exposition de convictions (...) Ça voudrait dire que le Front national deviendrait européiste ? Fédéraliste ? C'est inimaginable. Parce que sinon, ce n'est plus le Front national. Quand il s'agit de toucher à l'essentiel comme la souveraineté nationale, on touche au dur du dur", expliquait-il sur BFMTV. D'après lui, le problème serait issu du fait que le Front national "a fait croire aux Français qu'il y aurait deux monnaies dans le portefeuille, ce qui était faux, ça n'a jamais été notre ambition. Ça a stressé tout le monde". Un peu plus tôt, il ajoutait sur Radio Classique : "J'ai senti la dernière semaine cette inquiétude sur la double monnaie : on n'a jamais été favorables à la double monnaie mais on a fait croire qu'on était favorables à une double monnaie, c'est quand même extraordinaire".

Mais ce qui a acté une prise de distance entre certains cadre du parti et le bras droit de Marine Le Pen, c'est le moment où ce dernier a décidé de créer une association, Les Patriotes. Il s'agit d'un micro-parti qui a "vocation a rassembler des frontistes et des personnes extérieures au FN", explique Le Monde. L'objectif est aussi de "soutenir Marine Le Pen dans la refondation" du parti, annoncée au soir du second tour de la présidentielle. Un conseiller régional, cité par le journal, estime que Florian Philippot "amène le truc sur le devant de la scène pour pousser Marine Le Pen à le défendre". Un membre du bureau politique et collaborateur de Gilbert Collard, Jean-Richard Sulzer, estime qu'il s'est "placé de lui-même hors des statuts du Front national". Même discours pour Nicolas Bay, le numéro trois du parti, qui n'a pas apprécié le "chantage" qui était "plutôt malvenu (...) le premier jour pratiquement de la campagne législative".

De vielles tensions internes

Et qu'en pense Marine Le Pen ? La présidente du Front national assure que les jours de Florian Philippot au sein du parti ne sont pas comptés : "Absolument pas, absolument pas, Florian Philippot a toute sa place au sein du Front national, chacun admet la plus-value qu'il a apportée, qu'il continue à apporter", explique-t-elle sur Questions d'Info LCP-Franceinfo-Le Monde-AFP. Elle a surtout tenu à faire taire les critiques : "Chacun a sa place au FN. Chacun participera dans le cadre de ce chantier de rénovation, de modernisation, avec ses qualités, ses idées (...) Nous voulons, et je crois que chacun au FN est d'accord avec ça, maîtriser notre monnaie, maîtriser nos lois, maîtriser notre justice, maîtriser nos frontières, maîtriser notre armée". 

Les tensions entre Florian Philippot et d'autres cadres ne sont toutefois pas nouvelles. L'artisan de la "dédiabolisation" aurait "récemment, lors d'une réunion, exprimé son aversion pour le nom du parti, en expliquant qu'il lui était devenu difficile de le prononcer. Engagé derrière Marine Le Pen depuis la première heure, il n'a jamais accordé d'importance au mouvement et à ses instances. Très impliqué dans la modernisation du parti, il aurait voulu que les choses aillent plus vite. S'il avait eu la possibilité, il aurait changé la marque FN", raconte Le Figaro. Pour ses détracteurs, son association serait "une sorte de cheval de Troie, conçu pour accueillir un maximum de philippotistes et récents ralliés de Debout la France en cas de scission. 'S'il y avait eu des sous-marins de Florian aux législatives, on les aurait vus depuis vendredi 18 heures, lors du bouclage des candidatures', se rassure un membre du FN", explique le quotidien. Jean-Richard Sulzer juge cette tentative de façon très sévère : "Florian Philippot veut être calife à la place du calife, il ne se rend pas compte qu'il n'est pas très populaire au sein du Front".

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