1 min de lecture François Bayrou

"La loi réprimant la négation du génocide arménien : une faute"

Le président du Mouvement Démocrate, candidat à la Présidentielle, répondait aux questions de Jean-Michel Aphatie mardi matin. François Bayrou a qualifié de "faute" l'adoption définitive la veille par le Parlement d'une proposition de loi pénalisant la négation du génocide arménien, reprochant à Nicolas Sarkozy et François Hollande de l'avoir soutenue. "C'est une faute contre ce que doit être la loi dans la République française", a-t-il dit, estimant que "ce n'est pas à la loi d'écrire l'Histoire, encore moins l'Histoire d'autres pays, d'autant plus que nous avons déjà reconnu le génocide arménien". Concernant la Présidentielle, François Bayrou a jugé "compromise" la situation de Nicolas Sarkozy, même si pour lui "ce n'est pas le sujet principal".

François Bayrou sur RTL le 24 janvier 2012
François Bayrou sur RTL le 24 janvier 2012 Crédit : RTL
Micro RTL
La rédaction de RTL et Jean-Michel Aphatie

Jean-Michel Aphatie : Bonjour, François Bayrou.

François Bayrou : Bonjour.

La campagne électorale pour l'élection présidentielle a commencé. Pour la première fois ce matin, des journalistes, dans 'Le Figaro' et sur RTL, rapportent des propos de Nicolas Sarkozy qui évoque - même s'il n'y croit pas - une possible défaite. Est-ce important, selon vous François Bayrou ?

La situation pour Nicolas Sarkozy, tout le monde voit bien qu'elle est compromise, alors c'est à lui d'y réfléchir, de regarder la situation comme elle est. Pour moi, ce n'est pas le sujet principal.

Non, on l'imagine !

Le sujet principal c'est ce que ces semaines de campagne électorale, il reste trois mois, vont permettre au pays de faire comme choix.  Et Nicolas Sarkozy n'est même plus, je l'ai écrit dans un livre pendant l'été, le sujet de cette élection. Le sujet de cette élection, c'est la situation de la France.

Oui, bien sûr ! Mais ça, comment dirais-je, l'objet du discours de tous les candidats, la situation de la France. Mais les compétiteurs sont là, ils représentent quelque chose ; et donc, le fait que Nicolas Sarkozy évoque sa défaite n'est sans doute pas - de votre point de vue, François Bayrou - indifférent.

Oui, je ne suis pas surpris par cette analyse.

Jugez-vous réussie l'entrée en campagne de François Hollande ?

Bon, le Parti socialiste est très puissant. Il est très puissant parce qu'il a beaucoup d'argent. Il est très puissant parce qu'il est un Parti très implanté localement dans les collectivités. Donc, le meeting était évidemment un bon meeting. Ca ressemblait beaucoup au meeting de Sarkozy lorsqu'il est entré en campagne, il y a cinq ans ; et d'ailleurs avec à peu près les mêmes thèmes et les mêmes trucs. Mais je me suis...

... Y'a un truc ?

Oui. Je me suis trouvé...

C'est pas sympa, les trucs !

Bof ! Ca n'est pas non plus des injures.

Non, c'est pas ce n'est pas sympa... Ca m'est égal, mais je veux dire...

Voilà. Ca n'est pas des injures.

Oui.

Simplement, je me suis trouvé  alors en désaccord de fond avec ce que François Hollande a dit. François Hollande a dit : "Mon ennemi, c'est la finance". Et moi, je dis : "Mon ennemi, c'est le chômage".

C'est la situation des familles, c'est le pouvoir d'achat, c'est ça l'ennemi parce que la Finance, qu'est-ce que c'est ? Qui est ? Où est ? Comment on peut trouver le visage de la Finance ? Et comment va-t-on faire pour savoir si contre Finance, il y a victoire. Défaite. Avancée. Recul. En réalité, c'est un chiffon rouge qu'on agite.

Mais vous dites - c'est peut-être la même chose - parce qu'on dit que ce sont les dérèglements de la Finance qui ont provoqué la crise actuelle, et donc le chômage.

Eh bien, je suis en désaccord avec ça. La crise de 2008, oui,  a été provoquée par des dérèglements de la finance, et d'ailleurs des banques américaines. En revanche, la crise que nous vivons, les banques n'ont rien à y voir. La crise que nous vivons c'est la crise des Etats qui malgré les avertissements multipliés, ont décidé d'emprunter à tout va, de vivre à crédit et d'être désormais dans le surendettement.

Alors, je trouve qu'il y a une approche qui n'est pas juste. Elle est d'autant moins juste cette approche que c'est toujours le même truc. Alors, oui je le dis.

Hum.

Ca revient à quoi ? Ca revient à dire que les problèmes que nous rencontrons ne sont pas de notre faute. Ils viennent de l'extérieur d'un monde qui n'est pas celui que nous voudrions. En réalité, ce que je dis moi et en quoi je suis différent de ces affirmations, les problèmes que nous rencontrons, notamment le problème de la perte de la production en France, du fait qu'elle soit partie à l'extérieur, donc nous n'avons plus d'emplois et que nous nous appauvrissons tous les mois  puisque nous achetons à l'extérieur ce que nous ne produisons plus. Cette perte de la production, elle ne vient pas du monde extérieur, elle vient de décisions que nous avons prises chez nous. C'est nous qui sommes responsables des difficultés de notre pays.

Et si nous recommençons une fois de plus, je pense que ça ne sera pas le cas, à les éluder et à avoir un discours politique ou poli qui cherche des responsabilités extérieures et mystérieuses, nous ne trouverons pas la réponse à ces questions.

Dénoncer la Finance, c'est exonérer les responsables politiques de leurs responsabilités ?

Bien sûr. Bien sûr.

Et vous, vous pensez que ça, il ne faut pas faire ?

C'est exactement le contraire qu'il faut faire. C'est  les responsables politiques français de la Majorité et de l'Opposition puisque tant que le gouvernement prenait ses décisions irresponsables, l'Opposition hurlait et manifestait non pas pour qu'on dépense moins et qu'on soit plus sérieux, mais pour qu'on dépense plus et qu'on soit encore plus laxiste. Il y a donc là quelque chose qui est d'une prise de conscience du peuple français. Et c'est cette prise de conscience qui est l'enjeu de cette élection.

On perçoit les grandes lignes de votre programme, François Bayrou : réduire les déficits, notamment en agissant sur les dépenses, réindustrialiser la France ; mais on en perçoit les grandes lignes et quelquefois, ça a l'air un peu flou. Est-ce que c'est volontaire, François Bayrou ?
   
Eh bien, nous allons préciser. Cette affirmation là est fausse. Je crois même que je suis celui qui a donné, excusez-moi, le plus de chiffres et de précisions sur ce que j'allais faire. Alors donc, revenons à la question.

Vous dites : réindustrialiser. Précisons pour ceux qui nous écoutent. Moi je ne fais pas de différence  entre la production industrielle, c'est de la production ; la production agricole, c'est de la production ; la production culturelle - le numérique, les programmes, les vidéos - c'est de la production ; la production agro-alimentaire - heureusement qu'on l'a - c'est de la production ; et même touristique, c'est de la production aussi.

L'enjeu, c'est emploi et richesse pour le pays. Actuellement, nous avons Chômage et Appauvrissement. Et cet appauvrissement du pays, il retentit naturellement sur l'appauvrissement de toutes les familles. Ce qui est en jeu, c'est le modèle avec lequel nous vivons en France.

Les sondages ne sont que les sondages ; mais dans tous les sondages, François Bayrou, vous êtes derrière Marine Le Pen. Vous espérez un croisement des courbes ?

Eh bien, je dis que ça changera. Ce n'est pas seulement derrière Marine Le Pen, ou devant Marine Le Pen qu'il faut être. Mais François Hollande et Nicolas Sarkozy proposent tous les deux un avenir qui ne me paraît pas juste pour le pays, et c'est de cela dont on va parler dans les semaines qui viennent et d'après ce que je vois dans toutes les enquêtes, au contraire, il y a de la part des Français, beaucoup, beaucoup de soutien pour ce que je dis.

Et vous espérez, vous souhaitez que ça change quand ?

Ah, quand ? Avant le 22 avril. Vous savez, une campagne électorale, vous en avez l'expérience et moi aussi, ça se joue dans les derniers mois. Ca débute dans la période où nous sommes et puis, ensuite, trois mois ; et trois mois, c'est très, très long parce qu'à ce moment-là, les Français deviennent non plus spectateurs mais acteurs.

Que pensez-vous -rapidement-  de la loi votée, hier, au Sénat, réprimant le génocide arménien, François Bayrou ?

Je pense que c'est une faute contre ce que doit être la loi dans la République française.

Qui ne peut pas écrire l'Histoire ?

Ca n'est pas à la Loi d'écrire l'Histoire, encore moins d'écrire l'Histoire d'autres pays d'autant plus que nous avons, comme Alain Duhamel l'a dit, nous avons déjà reconnu le génocide arménien. Là, il s'agit de quoi ? Il s'agit de traîner devant les tribunaux, éventuellement de soumettre à des amendes ou de mettre en prison un jeune Français ou une personnalité qui dirait que ce n'est pas génocide mais massacre.

Il faudrait qu'il dise génocide.

Eh bien, ça ne va pas. Il y a là quelque chose qui est de l'ordre d'une faute et que Nicolas Sarkozy et François Hollande et tous les deux, soutenus par leurs élus, cette Loi me paraît une erreur et une faute contre la Loi et contre la France.

A ce compte là, il faut supprimer la loi Gayssot, aussi ?

Non. Ce n'est pas la même chose. La loi Gayssot c'est des choses qui se sont passées, hélas, sur notre sol, et c'est un génocide, hélas, celui-là qui a eu chez nous un retentissement très important, chez nous.

François Bayrou qui espère un croisement des courbes, était l'invité de RTL ce matin. Bonne journée.
2012 et vous

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Le président du Mouvement Démocrate, candidat à la Présidentielle, répondait aux questions de Jean-Michel Aphatie mardi matin. François Bayrou a qualifié de "faute" l'adoption définitive la veille par le Parlement d'une proposition de loi pénalisant la négation du génocide arménien, reprochant à Nicolas Sarkozy et François Hollande de l'avoir soutenue. "C'est une faute contre ce que doit être la loi dans la République française", a-t-il dit, estimant que "ce n'est pas à la loi d'écrire l'Histoire, encore moins l'Histoire d'autres pays, d'autant plus que nous avons déjà reconnu le génocide arménien". Concernant la Présidentielle, François Bayrou a jugé "compromise" la situation de Nicolas Sarkozy, même si pour lui "ce n'est pas le sujet principal".
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2012-01-24 09:25:00
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