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François Baroin : "Le rebond pourrait être plus rapide qu'espéré"

Le ministre de l'Economie, des Finances et de l'Industrie répondait vendredi matin aux questions de Jean-Michel Aphatie. La zone euro peut envisager un rebond économique plus rapide que par le passé si la réforme de la gouvernance européenne, à laquelle travaillent la France et l'Allemagne, parvient à son terme, a estimé François Baroin. "Si nous arrivons - ce à quoi nous croyons et ce que nous croyons - par le changement de gouvernance de la zone euro, par la mise en oeuvre opérationnelle du pare-feu pour éviter la contagion en Europe, par la protection des banques en augmentant leurs fonds propres, à stabiliser la zone euro, le rebond peut être plus rapide que par les années passées lorsque nous avions des crises classiques", a-t-il dit. Prié de dire si ce rebond pourrait intervenir en 2012, le locataire de Bercy a répondu : "Premier semestre, ça sera certainement compliqué".

François Baroin invité de RTL le 2 décembre 2011
François Baroin invité de RTL le 2 décembre 2011 Crédit : RTL
Micro RTL
La rédaction de RTL et Jean-Michel Aphatie

Jean-Michel Aphatie : Bonjour, François Baroin.

François Baroin : Bonjour.

On attendait, hier à Toulon, de la part du Président de la République, un discours concret sur la terrible crise que nous traversons avec, dans ce discours, des mesures ou des pistes pour l'affronter. Et puis, on a eu un discours général de principe avec la promesse d'un futur traité pour l'Europe, mais dans quelques années sans doute, c'est bien lointain. Alors, je n'imagine pas, François Baroin, que ce discours vous a déçu ; mais tout de même, François Baroin, ce discours ne vous a-t-il pas déçu ?

(Rire)... Ce discours ne m'a pas déçu ; au contraire, il était adapté à l'importance, à la puissance de l'impact de cette crise qui est une crise sans précédent. Pourquoi c'est une crise sans précédent, contrairement à 2008 ou 2009 ? Toulon 1, c'est une crise qui touche les Etats, c'est une crise qui touche le niveau d'endettement, c'est une crise qui touche à la remise en cause du financement des politiques publiques en France comme dans tous les pays de la zone euro...

... Ca, c'est le constat. On est tous d'accord là-dessus.

Oui. Mais tout le monde n'a pas forcément le sens de la puissance de cette crise. Ce qu'on ne veut pas, c'est ce qui se passe en Grèce. Ce qu'on ne veut pas, c'est ce qui se passe au Portugal.

Et ça nous menace ce qui se passe en Grèce ?

Ca ne nous menace pas parce qu'on fait ce qu'il faut. Mais il faut que tout le monde soit bien conscient de la réalité de la puissance du risque. Quand vous baissez les salaires, quand vous baissez les retraites, quand vous tournez le dos à des mesures qui sont des mesures pour certains, de confort, pour d'autres de nécessité, mais qui au final, remet en cause des habitudes, c'est quand même quelque chose de très important.

Et c'est bien la moindre des choses que le Président de la République saisisse d'abord l'opinion française sur la réalité de ce que nous traversons, sur la mission donc qui est la sienne et celle du gouvernement, sur le sens du devoir qui doit nous animer dans une période très sérieuse et très grave.

- La chancelière allemande s'exprime aujourd'hui, c'est la deuxième étape.
- Ils se voient tous les deux, lundi, c'est la troisième étape.
- Il y aura un Conseil européen, le 9, c'est la quatrième étape.

Quatrième.

Et il y aura ensuite la mise en œuvre opérationnelle de sa décision, c'est la cinquième étape.

Le Président a dit, hier : "Il faut dire la vérité". Compte tenu de la récession qui s'annonce partout en Europe, réfléchissez-vous, François Baroin, à un nouveau plan d'ajustement budgétaire ?

Non, nous ne sommes pas là-dessus parce que nous avons été précautionneux dans les annonces formulées par le Premier ministre, le 7 novembre. C'est un budget qui est calé sur des prévisions de croissance puisque c'est ça le sens de votre question : à 1%...

... Que nous n'atteindrons pas.

... S'il y a un ralentissement économique...

... Il y aura ? Il y a.

Vous le dites.

L'OCDE le dit.

Il y aura un ralentissement, il est là, le ralentissement est là.

Il n'est pas mesurable encore ?

Il est surtout, par définition, compte tenu de l'instabilité de la zone euro et des interrogations, ce ralentissement est là ; mais c'est une crise de confiance. Si nous arrivons ce à quoi nous croyons et ce que nous croyons à, par le changement de gouvernance de la zone euro, par la mise en œuvre opérationnelle du pare-feu pour éviter la contagion en Europe, par la protection des banques en augmentant leurs fonds propres à stabiliser la zone euro, le rebond peut être plus rapide, plus rapide que par les années passées lorsque nous avions des crises classiques.

Cette crise n'étant pas classique, le ralentissement et la défiance est plus important, nous accélèrent dans un ralentissement économique. La sortie, si nous arrivons à prendre des bonnes mesures nous permettra de sortir plus vite.

Un rebond en 2012, c'est tout de même inenvisageable ?

Premier semestre, ça sera certainement compliqué. Mais vraiment par rapport aux crises précédentes, je crois que les cycles ne sont pas comparables. On peut rentrer plus vite, on peut sortir plus vite.

Le président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, a dit, hier, devant le Parlement européen que la Banque Centrale Européenne respecterait son statut. On ne doit pas demander à la BCE, a-t-il dit, de faire les choses hors du traité, ça veut dire qu'il ne rachètera pas comme le souhaitait le gouvernement français, par exemple, ou d'autres gouvernements, les dettes des Etats. Est-ce que cela vous déçoit ? Est-ce que vous espérez encore qu'on peut convaincre la BCE de faire différemment ?

Il y a le discours de Toulon, hier ; et je dirais qu'il y a le souffle ou l'esprit de Strasbourg, la semaine dernière. Le souffle et l'esprit de Strasbourg, c'est que tous les responsables allemands veulent comme Schaüble, ministre des Finances allemand ou moi-même en France, nous nous abstenons de formuler un commentaire sur l'intervention de la BCE. La BCE est indépendante. Pour autant...

... La BCE parle. Elle est indépendante mais elle parle ; et elle dit : on ne le fera pas.

Elle parle dans son indépendance que lui confèrent les traités. Ce n'est pas tout à fait ça. Je voudrais mettre en lumière une initiative qui a été prise, mercredi après midi, dans la foulée d'ailleurs de l'Eurogroupe, de la réunion des ministres des Finances. Les banques centrales ont coordonné leurs actions pour permettre un accès illimité aux liquidités auprès des banques. Ca veut dire quoi ? Ca veut dire que la pression qui a été exercée sur les banques depuis le mois d'août est une pression qui va se relâcher. Les banques centrales ont confirmé ce qu'elles avaient dit, début septembre, c'est-à-dire qu'elles permettraient cet accès aux liquidités.

Ca veut dire concrètement pour l'économie réelle que les banques auront tous les moyens sur le plan national comme sur le plan de leurs activités internationales de financer sous forme de crédits évidemment, l'activité économique et les particuliers pour leur projet personnel. Donc, nous avons là un élément très important de stabilité.

Peut-on dire aussi que si les banques centrales interviennent ainsi, c'est parce que la situation s'aggrave ?

C'est parce que la réalité de l'impact et le fait que évidemment tous les crédits et les robinets sont fermés n'ont pas permis à certaines banques, naturellement de poursuivre leur activité pendant deux ou trois mois, et les mettaient en difficulté.

Donc, ça s'aggrave un peu ? Où ça s'aggrave ?

Oui, mais sauf que la réponse est positive.

Tout le monde a noté, François Baroin, que le discours d'hier n'était pas consacré qu'à l'Europe et pas qu'à la crise. Ce discours avait aussi des airs de campagne électorale. Vous en convenez, ce matin, François Baroin ?

Je trouve assez curieux que le Parti socialiste...   

(Rire)... C'est dur d'en convenir !

Non, mais non.

"Il faut dire la vérité ", a dit le Président, hier.

Mais non, mais non. "Il faut dire la vérité". C'est la vérité.

Toujours d'ailleurs !
La vérité, c'est quoi, c'est que ce débat sur les comptes de campagne, c'est un marronnier. C'est le marronnier de la vie politique.

Non, non, non. Ce n'est pas ma question. Ce n'est pas ma question.

... Au moment de la Présidentielle...   

.... Ce n'est pas ma question. Ma question, c'est :  c'était quand même un discours de campagne électoral. Je crois qu'il faut en tenir compte.

Jean-Michel Aphatie, à travers votre question, vous reprenez parfois les propos des ténors du Parti socialiste, puisqu'ils se disent...

Ah, oui, ça arrive ça !

"Nicolas Sarkozy est en campagne". Je ne dis pas que c'est mal.

(Rrire)... Et parfois, je reprends des propos des ministres, des dirigeants de l'UMP, ça fait partie du boulot, ça !

Bien sûr ; et ça, je me dis que c'est bien. Mais vous me permettrez de dire qu'en vous répondant, je réponds aussi aux représentants du Parti socialiste. Je les ramène à la position du président de la commission nationale des comptes de campagne qui dit lui-même qu'il n'y a évidemment rien d'illégal et c'est le marronnier de la vie politique. S'ils n'ont plus que ça à dire, ça veut dire qu'ils n'ont vraiment pas grand chose à exprimer sur le reste.

C'est bien, vous avez évité de répondre à ma question.

Non !

Si !

(Rire) 

Le Président a beaucoup parlé, ça a été remarqué, d'immigration ; il a notamment dit qu'une immigration incontrôlée ruinerait la protection sociale, déstabiliserait la société française. Ca va être très important l'immigration dans la campagne électorale, encore une fois, François Baroin ?

De toute façon, la question d'immigration est une question fondamentale du pacte républicain. Nous sommes dans une période de crise. Ce n'est pas nous qui avons dit : "Nous ne pouvons pas accueillir toutes les misères du monde". C'est Michel Rocard. Nous sommes, à l'époque, à la fin des années 80, et la France n'est pas aussi endettée, parce que la France n'a pas traversé ces crises à répétitions. C'est une question de maîtrise de flux. Nous avons besoin d'une immigration...

... Est-ce qu'on en parlera trop de l'immigration, c'est ça la question ?

C'est un sujet, c'est un sujet. Il faut le faire dans le respect de la dignité humaine, il ne faut jamais l'oublier. On parle d'hommes et de femmes. On ne parle pas de statistiques mais il faut le faire dans le respect du Pacte républicain ; et ça, c'est évidemment une politique que nous devons poursuivre avec détermination et fermeté.

Une revue suisse "Bilan" nous apprend ce matin que de plus en plus de riches s'exilent en Suisse. Alors, il y a deux attitudes, quand on est ministre de l'économie, j'imagine.
- Soit on considère que c'est normal ;
- soit on trouve que c'est anti-patriotique.

On considère que l'Etat a un rôle à jouer, que s'il y a des gens qui fraudent le Fisc et qui font de l'exil fiscal, sans respecter les conventions en place, évidemment il faut aller les chercher.

Au-delà de la légalité, pas de jugement politique sur cet exil fiscal ?

Nous souhaitons surtout une avancée de la Suisse qui a déjà progressé mais qui doit encore faire des progrès, une fois qu'elle sera vraiment sortie de la liste grise, je pense que cette question se posera de façon moins pertinente.

Anti-patriotique ou pas ?

Anti-patriotique si on respecte le droit ; on n'est pas anti-patriotique ; si on part à l'étranger pour des raisons professionnelles, on n'est pas anti-patriotique.

Eh bien, on l'a eue la réponse. François Baroin, ministre de l'Economie... Ah vous avez compris, c'était plus politique ou plus crise, Vincent ?

Vincent Parizot : Ah non, là, je ne vous répondrai pas !

Les deux !   
2012 et vous

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https://www.rtl.fr/actu/politique/francois-baroin-le-rebond-pourrait-etre-plus-rapide-qu-espere-7739713092
2011-12-02 09:20:00
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