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Français de souche : "Le Président s'est pris les pieds dans le tapis", dit Elizabeth Martichoux

REPLAY / ÉDITO - L'expression "Français de souche" prononcée par François Hollande lundi au dîner du Crif a fait sensation. Le Président a-t-il commis une erreur ?

Elizabeth Martichoux
Elizabeth Martichoux
Crédit : RTL.fr
Français de souche : "Le Président s'est pris les pieds dans le tapis", dit Elizabeth Martichoux
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Français de souche : "Le Président s'est pris les pieds dans le tapis", dit Elizabeth Martichoux
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La politique, c'est d'abord des mots. Donc il est légitime de s'y arrêter quand ils font polémique, surtout s'il s'agit du Président. Rappelons que ce soir-là, le contexte est tendu, la veille le président du Crif (Conseil Représentatif des Institutions Juives de France), Roger Cukierman a choqué les musulmans en les stigmatisant. François Hollande veut faire contrepoids. Quand il prend la parole, il dénonce avec force l'antisémitisme. Et puis, évoquant les profanateurs du cimetière de Sarre-Union, il lève le nez de son discours et ajoute cette formule très connotée, que jamais on ne l'a entendu utiliser, "Français de souche, comme on dit".

Le "comme on dit", dans son esprit, vise à mettre des guillemets. Et il utilise volontairement cette formule, confisquée par l'extrême-droite depuis une trentaine d'années en France, pour dénoncer ceux qui font l'amalgame entre islam et violences.

Sur le fond, restons calmes. Il n'y aucun doute sur l'intention du chef de l'État. François Hollande n'a pas succombé ni de près, ni de loin, ni inconsciemment à la "lepénisation" des esprits. En revanche, il s'est pris les pieds dans le tapis. Il croit utile de reprendre une expression populaire très ambiguë pour dénoncer ceux qui l'utilisent à des fins racistes, mais il n'a pas pris de gants. Là est son erreur. Il aurait du préciser "Français de souche comme certains le disent...". De cette façon, on ne pouvait  l'accuser de s'approprier l'expression.

Gare à l'improvisation !

C'est tout de même important. Un homme politique est responsable de l'effet produit par son discours. Comme François Hollande ne prend pas suffisamment de distance avec cette phrase, il l'a faite sienne. Les politiques se sont très longtemps enfermés dans la langue de bois. Dans un discours très maîtrisé. Ils tentent maintenant d'en sortir, tant mieux, mais sur des questions aussi sensibles que l'identité, la nationalité, sécurité, gare à improvisation, même quand on est président.

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Nicolas Sarkozy a payé cher d'avoir dit karcher. Le sens du mot a dépassé sa pensée, mais c'est resté, il y en a eu d'autres. L'ancien président a souvent pris des risques avec le vocabulaire. Parfois, c'était drôle comme le jour où il a dit : "Le système 'périn' qui a sauvé la zone euro", au lieu de système pérenne, ses conseillers étaient consternés.

Utiliser des mots forts permet aussi de faire diversion

Manuel Valls est moins gaffeur mais lui aussi veut frapper les esprits avec les mots par exemple quand il utilise l'expression "islamo-fasciste" pour désigner les terroristes. Peu lui importe l'origine historique, il veut toucher, atteindre le ressenti de ceux qui écoutent. Le terme "radical" ne percute plus ? Ça rentre par une oreille et ressort par l'autre. Pour redonner du sens à son discours contre les auteurs d'attentats, le Premier ministre recourt à l'expression "islamo-fascisme". Lui pour lequel politique et communication sont indissociables. Ça l'intéresse de revitaliser le langage politique, comme avec le mot "apartheid", à la fois il veut créer un électro-choc et fustiger l'échec des politiques publiques en banlieue depuis des années. Il veut se faire entendre, et ça fonctionne plutôt bien.

Utiliser des mots forts permet aussi de faire diversion. Un des plus beaux exemples ça reste celui de Jacques Chirac, quand en pleine affaire Méry (accusation de financement occulte du RPR), il va se défendre à la télévision,et il assène : "C'est abracadabrantesque". Il le dit impeccablement, tout le monde croit à un barbarisme pas du tout c'est un vieux mot qu' il est allé chercher, ou ses conseillers, chez Rimbaud. Ça suscite des tonnes de commentaires. C'était pas mal joué, du coup, on en avait presque oublié le scandale.

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