5 min de lecture Les Républicains

Fillon, Sarkozy, Trocadéro... Patrick Stefanini entame une thérapie avec "Déflagration"

NOUS L'AVONS LU - Dans son livre "Déflagration", Patrick Stefanini remonte le temps pour tenter de percer le mystère Fillon et l'échec de tout un camp à l'élection présidentielle.

Patrick Stefanini et François Fillon, le 28 août 2016
Crédit Image : JEAN-FRANCOIS MONIER / AFP

"J'aurais préféré ne pas avoir à écrire ce livre". Malgré ce constat, Patrick Stefanini tente, plus de six mois après le deuxième tour de l'élection présidentielle, de comprendre comment cette élection, que l'on prédisait comme gagnée d'avance pour la droite, lui a échappé. Chef d'orchestre de la campagne de François Fillon, il publie, ce jeudi 23 novembre, son livre, Déflagration. 

Sous forme d'une série de questions-réponses posées par la journaliste Carole Barjon, ce tacticien politique reprend le fil de la campagne de François Fillon et tente de collecter les indices qui laissaient présager le résultat de cette élection qu'il qualifie d'"impossible". De tout cet épisode, la droite en sortira "brisée" que ce soit "politiquement", "humainement", "idéologiquement", d'après lui. Entre l'introspection, la mise au point et la thérapie, Patrick Stefanini sort de sa réserve d'homme de l'ombre. 

"Non Patrick, pas toi !"

En mars 2017, la campagne de François Fillon est devenue quasi impossible. Le candidat, sacré roi après la primaire de la droite et du centre, est mis en examen. Son équipe de campagne quitte le navire. D'abord un par un, puis vague par vague. Patrick Stefanini apportera le coup de grâce en démissionnant à son tour, le 5 mars. 

Une décision qui ébranle le directeur de campagne du candidat, qui confie : "De ce désastre, je ne suis pas sorti indemne (...) Mais en 2017, j'ai vécu pire que la défaite, j'ai vécu la démission. Et je l'ai mal vécue". Comme une sorte de fil rouge tout au long de son livre, il ajoute quelques pages plus tard : "Je ne regrette pas ce choix, mais je n'en tire aucune fierté". Encore sonné, il raconte avoir été "très meurtri". Pourquoi démissionner ? Patrick Stefanini explique avoir pris sa décision en voyant que François Fillon ne serait pas élu, mais aussi au regard des conséquences de cette campagne sur sa famille politique. 

En annexe de Déflagration, il publie d'ailleurs sa lettre de démission envoyée au candidat. Il raconte : "Je devine que François Fillon me demandera de revenir sur ma décision. Alors qu’il doit revenir à Paris en fin de matinée, ce vendredi 3 mars, il cherche effectivement à me joindre, mais je ne décroche pas, car je ne souhaite pas lui présenter ma démission par téléphone. C’est pourtant ce qui se produira, de son fait. Il s’obstine et m’envoie son chef de cabinet, Pierre Molager, qui me le passe sur son téléphone. 'Patrick, que se passe-t-il ? Je n’arrive pas à a te joindre'. 'François, je vais te présenter ma démission'. 'Non, Patrick, pas toi !'", lui répond alors François Fillon.

"Mon admiration en prend un coup"

Sur l'affaire Penelope Fillon, le directeur de campagne de l'ancien premier ministre décrit un homme secret et distant. "François Fillon ne m’a pas parlé de la crainte qui pouvait être la sienne que la presse d’investigation s'intéresse à la situation de son épouse. Six mois plus tard, j’ai déjeuné avec Gérard Larcher. Ce jour-là, le président du Sénat m’a indiqué que François Fillon lui avait dit, dès avant Noël : ‘Je suis interrogé sur l’emploi de mon épouse à la Revue des deux mondes”. François Fillon n'avertira pas son équipe. Pis, il fait même le choix de partir en vacances une semaine à Val d'Isère pour faire du ski, au lieu de faire campagne et préparer sa défense.

Sans détour, l'ex-directeur de campagne explique en avoir voulu à François Fillon. "Trop de fautes, trop de dissimulations. Mais aujourd'hui, je suis tenté de dire qu'au fond, tout cela est terriblement humain", ajoute-t-il. Mais cela n'empêchera pas que son regard sur lui changera. "J’admirais cet homme pour son sérieux, sa hauteur de vue, sa vision de long terme, sa capacité à restituer les événements dans une perspective historique, sa maîtrise, son sang-froid et son sens politique, entre autres qualités. Lorsque je constate qu’il ne tire pas lui-même la conclusion qui s’impose après l’annonce de sa mise en examen, mon admiration en prend un coup. Le vernis qui recouvre son portrait se craquelle. En fait, je n’ai plus confiance dans la pertinence de ses jugements, plus confiance tout court. Il devient difficile de continuer auprès de lui dans ces conditions".

Patrick Stefanini décrit le candidat Fillon comme un "solitaire" qui "ne cherche pas spontanément à prévenir ses proches ou son équipe politique des initiatives qu’il prendra dans les jours qui suivent (...) François Fillon goûte assez peu le travail en équipe. Il a souvent son propre emploi du temps, distinct de celui de l’équipe". 

"Dans son livre, Patrick Stefanini y voit un côté "sûr de lui"..? Fillon avait "la baraka", écrit-il, persuadé qu'elle ne le quitterait jamais. À tel point qu'au lendemain de sa victoire à la primaire, le candidat refuse de tendre la main à Alain Juppé et à Nicolas Sarkozy, ses deux adversaires malheureux. Il ne les appellera pas et mettra des semaines à les voir. Pourquoi ? Par mépris peut-être, par orgueil sans doute", explique le journaliste politique Dominique Tenza.

Au secours de Nicolas Sarkozy

Dans Déflagration, on remonte le temps, à janvier dernier, c'est-à-dire un mois et demi après la primaire de la droite et du centre. Nicolas Sarkozy invite François Fillon à déjeuner. "Les deux hommes sont en froid car Fillon a un peu snobé l'ancien chef de l'État après sa victoire. Mais, bizarrement, Nicolas Sarkozy ne lui en tiendra quasiment pas rigueur. Et pour cause, il a besoin d'argent. La campagne lui a coûté cher et il lui manque 300.000 euros pour boucler ses comptes de campagne", rapporte Dominique Tenza. 

Et d'ajouter : "François Fillon, lui, est richissime grâce à son micro-parti, Force Républicaine, qui vient de récupérer l'argent de la primaire : 10 millions d'euros. Alors grand seigneur, François Fillon va signer le chèque, espérant sans doute que sa générosité lui permettra d'acheter définitivement le soutien du clan Sarkozy".

Interrogé par l'AFP, l'entourage de Nicolas Sarkozy confirme "un accord entre Force Républicaine et l'Association de Soutien à l'Action de Nicolas Sarkozy concernant le remboursement des moyens détachés par le parti pour la campagne des primaires de Nicolas Sarkozy. Mais il ne s'agit en aucun cas d'un 'deal financier' entre Nicolas Sarkozy et François Fillon", insiste-t-on.

Les révélations du livre "Déflagration" de Patrick Stefanini
Crédit Média : Dominique Tenza Crédit Image : VALERY HACHE / AFP

Le mystère François Sureau

Patrick Stefanini revient également sur François Sureau. Proche de François Fillon et d'Emmanuel Macron. "C'est un personnage ambigu et son rôle est pour le moins troublant, précise Dominique Tenza. François Sureau est un avocat, ami de François Fillon "et on apprend dans le livre, que c'est lui qui a écrit le discours prononcé au Trocadéro. Or, ce même François Sureau est aussi celui qui a écrit quelques mois plus tôt les statuts d'En Marche ! D'où cette interrogation : est-il un agent double ? A-t-il poussé François Fillon à aller jusqu'au bout, comme une façon de rendre la victoire plus facile à Emmanuel Macron ?"

Lors de ce rassemblement, François Fillon était apparu comme revigoré et, à la surprise générale, plus déterminé que jamais à poursuivre sa campagne. François Baroin, qui était à ses côtés sur l'estrade, racontera plus tard : "Je pensais que les conditions, que les circonstances politiques étaient telles... Mais il a été courageux, il a fait preuve d'une abnégation". L'ancien ministre a même précisé qu'il pensait que le candidat allait renoncer

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