5 min de lecture Elysée

La stratégie de François Fillon pour se démarquer de Nicolas Sarkozy

DÉCRYPTAGE - François Fillon multiplie ces derniers temps les attaques envers Nicolas Sarkozy. Cette stratégie d'éloignement a été entamée depuis des années.

Nicolas Sarkozy et François Fillon en 2011
Nicolas Sarkozy et François Fillon en 2011 Crédit : ERIC FEFERBERG / AFP
Sylvain Chazot Journaliste

Cela fait désormais longtemps que François Fillon a pris ses distances avec Nicolas Sarkozy. Mais, auparavant épisodiques, les piques lancées par l'ex-Premier ministre à l'adresse de l'ancien président reviennent aujourd'hui avec la régularité d'un métronome.

Mercredi 9 octobre, François Fillon a tiré une nouvelle salve. "Quand on perd une élection, il est impossible de dire qu'on a fait une bonne campagne", affirme l'ancien locataire de Matignon dans les colonnes du magazine Valeurs Actuelles. "Je crois que je suis mieux placé que Nicolas Sarkozy pour l'emporter en 2017. Si je ne le pensais pas, je ne serais pas candidat", a-t-il également déclaré. Des propos nuancés par le porte-parole de l'ancien chef du gouvernement, Jérôme Chartier.

Dès 2010, le "collaborateur" prend ses distances

Cette prise de distance de l'ex-Premier ministre avait déjà commencé sous la présidence de Nicolas Sarkozy. Dès l'été 2010, François Fillon marque subtilement sa différence. En pleine polémique sur les Roms, le "collaborateur", selon les propres mots du président, se détache du chef de l'État après son célèbre discours de Grenoble.

À lire aussi
La star britannique Elton John sera ce vendredi 20 juin à l'Elysée où il sera décoré de la Légion d'honneur Santé
Sida : Emmanuel Macron et Elton John lancent un appel commun

"La lutte contre l'immigration irrégulière ne doit pas être instrumentalisée de part et d'autre. La tradition humaniste de la France va de pair avec le respect de ses lois par tous ceux qui se trouvent sur son territoire", écrit à l'époque François Fillon dans un communiqué. 

Nicolas Sarkozy n’a jamais été mon mentor

François Fillon, septembre 2010
Partager la citation

Un mois plus tard, alors que la rumeur d'un remaniement gouvernemental s'amplifie - il aura finalement lieu en novembre - le Premier ministre s'éloigne encore un peu plus. "J’ai choisi de le soutenir et de faire alliance avec lui, parce qu’il m’a semblé que c’était le meilleur candidat pour gagner les élections présidentielles. Je pense que je ne me suis d’ailleurs pas trompé. Donc Nicolas Sarkozy n’a jamais été mon mentor", dit-il sur BFM TV.

Printemps 2012 : Fillon se présente comme l'anti-Buisson

Jusqu'à la fin du quinquennat, le Premier ministre essaye de se distinguer d'un chef de l'État qui droitise son discours alors que la campagne présidentielle s'accélère. En avril 2012, par exemple, invité sur RTL, François Fillon estime que "nous devrions éviter toutes les remarques désagréables à propos des syndicats". Pour lui, ces syndicats sont "nécessaires au fonctionnement de l'économie et du système social français".

La veille, dans la presse régionale, le candidat UMP avait fustigé "les syndicalistes qui trompent leurs adhérents en faisant de la politique au lieu de défendre l'intérêt des salariés". 

Automne 2012 : la bataille avec Copé pour la présidence de l'UMP

La rupture se consomme au soir du 6 mai. Quand la Bastille s'embrase et salue le nouveau président socialiste, le camp Sarkozy ne peut que constater l'échec de la stratégie Buisson. Dès le mois de juin, des proches de François Fillon, comme l'ancienne ministre de la Santé Roselyne Bachelot, réclament un "inventaire" du quinquennat de Nicolas Sarkozy.

Une stratégie qui fixe un premier objectif : la présidence de l'UMP. Face à François Fillon se dresse Jean-François Copé, héritier autoproclamé de l'ancien président et chantre de "la droite décomplexée". Alors que l'un créé la polémique avec des "pains au chocolat", l'autre se pose en "rassembleur".

La suite est connue : après des semaines de brouilles internes, entrecoupées d'accusations et de menaces de sécession, Jean-François Copé conserve la présidence du parti de la rue Vaugirard. François Fillon raréfie alors ses sorties. Jusqu'au printemps 2013. Ensuite, tout s'accélère.

Printemps 2013 : candidat "quoi qu'il arrive" en 2017

Dans un documentaire diffusé sur France 3 le mercredi 8 mai 2013 et intitulé Nicolas Sarkozy, secrets d'une présidence, François Fillon avoue avoir remis "plusieurs fois" sa démission au président. Mais, à chaque fois, le chef de l'Etat a refusé le départ de son "collaborateur".

Le FN est à combattre parce qu'il est en dehors des limites du pacte républicain tel que je le considère. Ça, c'est une vraie divergence (avec Sarkozy)

François Fillon, en mai 2012
Partager la citation

Autre sujet de discorde évoqué dans ce documentaire : le Front national. "Il y avait une différence d'approche irréconciliable, lance François Fillon. Nicolas Sarkozy pense que le Front national est à combattre parce qu'il affaiblit la droite et qu'il nous fait perdre - c'est d'ailleurs ce qui s'est passé à l'élection présidentielle. Moi, je pense que le Front national est à combattre parce qu'il est en dehors des limites du pacte républicain tel que je le considère. Ça, c'est une vraie divergence". 

Le 9 mai, alors en déplacement au Japon, le député de Paris assure qu'il sera candidat à la prochaine élection présidentielle "quoi qu'il arrive" - sous-entendu même si Nicolas Sarkozy se présente. Une phrase qui irrite la Sarkozie, comme l'illustrent certains commentaires. Le torchon brûle clairement entre les deux anciennes têtes de l'exécutif français. L'ex-président dénonce en coulisses le comportement de son ancien Premier ministre. "Le pays tout entier n'est pas en train d'attendre Sarkozy comme le Messie", lui répond ce dernier, cité par Le Journal du Dimanche

Rentrée 2013 : Fillon veut se "libérer"

En juillet, trois jours après la venue de Nicolas Sarkozy lundi devant le bureau politique de l'UMP, François Fillon récuse l'idée d'un "homme providentiel" pour sauver le parti. Fin août, invité du journal de TF1, il avance sa volonté d'établir un "dialogue direct avec les Français", "sous l'autorité de personne parce que je n'ai pas vocation à demander la permission à qui que ce soit", lance-t-il. Quatre jours plus tard, il déserte le rassemblement des Amis de Nicolas Sarkozy, organisé les 1er et 2 septembre à Arcachon.

Je n'ai pas vocation à demander la permission à qui que ce soit

François Fillon, en août 2013
Partager la citation

Deux semaines plus tard, l'ancien Premier ministre s'engage encore un peu plus en vue de l'élection présidentielle. "Je prends un risque, je le prends en connaissance de cause. J'accepte d'être minoritaire dans mon parti si c'est le cas", affirme-t-il auprès du quotidien L'Opinion, alors que sa prise de position au sujet du FN et du PS créé la polémique.

La rédaction vous recommande

Début octobre dans le JDD, François Fillon fait un pas de plus contre Nicolas Sarkozy. "Je ne peux pas assumer toutes les conséquences d'une candidature à la présidentielle et ne pas être en conflit avec Nicolas compte tenu de son état d'esprit. On est de facto en compétition", affirme-t-il dans les colonnes de l'hebdomadaire.

"Il faut que je me libère. Évidemment, je vais casser un peu de vaisselle. Tout le monde m'a reproché une image lisse et des sondages à la Simone Veil ou à la Balladur. Eh bien, l'image ne colle pas à la réalité", ajoute-t-il, bien décidé à confirmer ses dires par les actes. 

La rédaction vous recommande
Lire la suite
Elysée François Fillon Matignon
Restez informé
Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires. Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Connectez-vous Inscrivez-vous

500 caractères restants

fermer
Signaler un abus
Signaler le commentaire suivant comme abusif
500 caractères restants
article
7765335913
La stratégie de François Fillon pour se démarquer de Nicolas Sarkozy
La stratégie de François Fillon pour se démarquer de Nicolas Sarkozy
DÉCRYPTAGE - François Fillon multiplie ces derniers temps les attaques envers Nicolas Sarkozy. Cette stratégie d'éloignement a été entamée depuis des années.
https://www.rtl.fr/actu/politique/fillon-sarkozy-7765335913
2013-10-09 18:06:00
https://cdn-media.rtl.fr/cache/xVWUg38jDFKeDa9PlBJ47g/330v220-2/online/image/2013/1009/7765337478_nicolas-sarkozy-et-francois-fillon-en-2011.jpg