4 min de lecture Loi Travail

Facebook, Periscope, Twitter... Comment les militants "Nuit Debout" se font entendre sur les réseaux sociaux

INTERVIEW - Le collectif "Nous Debout" poursuit la fronde contre le projet de loi Travail. Dimanche 3 avril, plus de 80.000 personnes étaient réunies sur Periscope au plus fort de la manifestation.

Des militants de "Nuit Debout" rassemblés place de la République à Paris, le 2 avril 2016
Des militants de "Nuit Debout" rassemblés place de la République à Paris, le 2 avril 2016 Crédit : DOMINIQUE FAGET / AFP
Claire Gaveau
Claire Gaveau
Journaliste RTL

Le 31 mars devait être le symbole d'une révolte générale contre la loi Travail. Après les cinq manifestations du mois de mars, la mobilisation contre le projet de loi de Myriam El Khomri a trouvé un second souffle presque inattendu. Les militants ont décidé de "prolonger" le mois de mars avec une mobilisation les "32, 33 et 34 mars", selon leur appellation - 1er, 2 et 3 avril, ndlr. Et ils ne comptent pas s'arrêter là. Après avoir investi la place de la République à Paris, la contestation s'est rapidement étendue à toute la France.

Ce mouvement de mobilisation en pleine nuit a rapidement pris une grande ampleur. 4.000 personnes se sont réunies sur la place parisienne le 31 mars, selon les chiffres dévoilés par le site "Convergence des luttes". "On se pose, on discute et on décide ensemble des actions à mener pour faire de la 'Nuit Debout' le début d’un mouvement citoyen. Nous porterons nos espoirs avec fierté et fermeté. Des solutions existent, nous avons des sources d’inspiration, des idées, des expériences, des savoirs et des savoir-faire, de l’énergie, de la bienveillance et de la joie. Ce tournant est à notre portée", relate notamment le site qui se veut le porte-voix de cette mobilisation. 

Un événement Facebook à la base de la mobilisation

Se faire entendre en pleine nuit, le projet était pourtant audacieux. En un mois, l'idée d'une réunion nocturne a vu le jour avec le réalisateur François Ruffin, auteur du documentaire Merci Patron. Autour de lui, des syndicalistes, des intermittents et des personnes engagées qui souhaitaient créer une journée "leur faire peur" avec l'idée d'occuper une place. "Le site Convergence des luttes a alors appelé à un événement baptisé 'Nuit Rouge' avant de créer 'Nuit Debout'. Car on peut être rouge, vert ou autre", explique Benjamin, participant à la mobilisation et acteur sur la question des réseaux sociaux, contacté par RTL.fr. 

Une fois sur les rails, le concept a rapidement "cartonné" sur Facebook. "Tout un tas de réseaux se sont mis en place, à Paris tout d'abord et partout en France avec 22 rassemblements dès la première 'Nuit Debout'. Cela a levé quelque chose, un espoir", détaille Benjamin avant qu'une "bande de copains" décide de créer une page Facebook et un compte Twitter.

On est surpris, même si on espère toujours cela au départ

Benjamin, participant à "Nuit Debout"
Partager la citation
À lire aussi
Le conseil des prud'hommes de Paris cour de cassation
Les infos de 18h - Licenciement abusif : le plafonnement des indemnités validé

La mobilisation ne cesse alors de gagner du terrain. Lundi 4 avril, quelques jours seulement après le lancement des deux comptes, Facebook comptabilise près de 27.000 abonnés et 15.000 pour Twitter. "On est surpris, même si on espère toujours cela au départ. Mais on se dit forcément que s'est difficile que ça arrive", se félicite le participant qui espère atteindre sur "50.000 personnes" sur le réseau social de Mark Zuckerberg.

Periscope, un nouvel écho

Au fur et à mesure des nuits, l'attente se fait de plus en plus grande. En témoignent les dizaines de milliers d'internautes qui ont suivi le déroulement des revendications via l'application Periscope, dimanche 3 avril. Rémy Buisine, community manager âgé de 25 ans, a décidé de s'impliquer dans ce combat en partageant en direct la mobilisation. Son live a été suivi par 81.005 personnes au plus fort de la nuit et 385.000 personnes en cumulé pendant plus de 5 heures.

"Cela consiste à montrer tout ce qui se passe au cœur de l'événement. J'adapte ensuite les vidéos selon ce que l'on me demande par tchat", explique le principal intéressé dans une interview accordée à L'Obs. Rémy Buisine se retrouve alors à faire des interviews des militants, des plans à 360 degrés ou encore à offrir des images précises d'une partie de la place.

Un succès possible grâce à Rémy Buisine mais aussi grâce à l'activité développée sur les réseaux sociaux. "On a une véritable palette dorénavant. C'est-à-dire que l'on a des équipes sur le terrain qui sont là pour faire vivre l'événement mais aussi une activité très organique avec les reprises de ce qui est publié sur les réseaux sociaux. On a partagé sa vidéo et ça a fait un boom", détaille Benjamin alors que la vidéo a réalisé un record de vues sur le réseau social en France. "Rémi nous a amené des vues mais l'inverse est vrai aussi", glisse-t-il à RTL.fr.

40 villes bientôt mobilisées ?

Un boom qui laisse bon espoir à ces militants pacifistes qui veulent valoriser le "terreau du mouvement social"Une cartographie recense dorénavant 27 villes mobilisées derrière le nom "Nuit Debout" alors que le groupe espère rapidement une trentaine voire une quarantaine de villes. "Cela monte en puissance et ça ne va pas s'essouffler. Il faut que tout le monde ait envie de le faire, qu'il y ait des airs de Puerta del Sol", lance-t-il, en référence au mouvement des Indignés espagnols nés sur la place madrilène.

Les Indignés nous aident, ils ont insisté sur l'idée d'une narration positive

Benjamin, participant à "Nuit Debout"
Partager la citation

Des Indignés qui ont d'ailleurs joué un rôle important dans le succès de cette opération qui veut donner la parole à "l'assemblée", c'est-à-dire à la population : "Les Indignés nous aident, certains sont même venus nous rencontrer et nous accompagnent dans ce mouvement". Dans leur bagage : leur vécu, leur expérience des manifestations en Espagne. "Ils ont insisté sur l'idée d'une narration positive. D'ailleurs on n'occupe pas la place, on reste sur la place car occuper fait référence à un terme guerrier", explique-t-il.

Une mobilisation qui devrait se prolonger alors que les infrastructures se mettent en place. Derrière elles, une véritable communauté Internet. Les demandes de rassemblement sont de plus en plus nombreuses sur la Toile et les comptes Twitter "Nuit Debout" se multiplient dans toutes les villes de France. 

La rédaction vous recommande
Lire la suite
Loi Travail Myriam El Khomri Manifestations
Restez informé
Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires. Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Connectez-vous Inscrivez-vous

500 caractères restants

fermer
Signaler un abus
Signaler le commentaire suivant comme abusif
500 caractères restants