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Européennes, majorité, REM... Comment Édouard Philippe donne le tempo

DÉCRYPTAGE - Édouard Philippe s'installe dans son costume de chef d'orchestre à la tête du gouvernement. Tout en cultivant sa singularité d'un premier ministre, sans parti.

Édouard Philippe à Paris, le 28 novembre 2017
Crédit Image : ALAIN JOCARD / POOL / AF

Un "chef d'orchestre". C'est ainsi qu'Édouard Philippe voit sa mission au sein du gouvernement. Le Premier ministre prend de plus en plus ses marques, tout en continuant d'assurer le service après-vente d'Emmanuel Macron. Dernier événement en date : le chef du gouvernement a poursuivi les consultations lancées par le président de la République dans le but de réformer le mode de scrutin des élections européennes de 2019. Et c'est à lui qu'est revenu la mission d'officialiser ces changements, avec le retour des listes nationales

Le Premier ministre conserve toutefois son statut "d'électron libre" de la Macronie. Il reste désormais le seul membre des Républicains exclus du parti à ne pas avoir adhéré à La République En Marche. Pourquoi ? "Je suis un homme de droite, mais je n'ai jamais considéré que la droite avait raison par principe et que la gauche avait tort par principe. Aujourd'hui je suis le chef d'une majorité qui transcende les clivages anciens", explique-t-il dans Le Journal du Dimanche.

"Créer une instance de dialogue"

Pour s'imposer face à Emmanuel Macron, le Premier ministre se constitue un noyau dur autour de lui, incarné par ses ministres. Comment ? Grâce aux petits-déjeuners de la majorité qui ont lieu tous les mardis matins. Ces derniers ont repris en septembre dernier, comme l'expliquait Pauline de Saint-Rémy dans Les Confidentiels de RTL. Ils ont réuni à la fois des patrons des groupes parlementaires mais aussi des membres de la majorité. En 2007, Nicolas Sarkozy avait aussi pris l'habitude de mettre en place ces petites réunions. À la différence qu'il était président de la République. À l'époque, Jean-François Copé jugeait ses rendez-vous "très utiles" et "extrêmement constructifs".

Édouard Philippe a décidé de mettre en place un autre rendez-vous avec ce que son entourage appelle un "comité de la majorité". Selon des informations révélées par Le Figaro, le Premier ministre compte réunir à dîner une vingtaine de convives (ministres, personnalités issues de la majorité...) à Matignon afin "d'anticiper les enjeux, de s'assurer qu'on est tous bien alignés, de coordonner l'action", explique-t-on. L'objectif est de "créer une instance de dialogue et de discuter des thèmes d'avenir", indique Matignon à RTL.fr.

En prise direct avec les Marcheurs

Édouard Philippe a  également conseillé le président de la République sur le remaniement intervenu après l'élection de Christophe Castaner à la tête de La République En Marche. Selon les informations du Canard Enchaîné, c'est le Premier ministre qui a soufflé le nom de Delphine Gény-Stephann au président de la République, pour occuper le poste de secrétaire d'État auprès du ministre de l'Économie et des Finances. 

Comme s'il était encarté, il s'est rendu au congrès de La République En Marche qui a officialisé l'élection de Christophe Castaner. Aux adhérents, il a déclaré : "Il m'est arrivé d'être moins bien accueilli, dans des réunions de ce type. La vie est décidément étonnante. C'est avec chaleur que vous accueillez un premier ministre qui n'est pas membre de votre mouvement. Quand d'autres avec froideur font mine de prendre acte que je ne serai plus membre du leur (...) Je ne sais pas si vous êtes un parti ou une famille politique, mais quand je vous vois, je constate qu'on ne choisit pas toujours sa famille mais on choisit ses amis".

Autre moyen de prise direct : les Facebook Live, initialement tous les jeudis puis tous les mardis, afin de répondre aux questions des internautes. Le Premier ministre se prête au jeu des questions-réponses pendant une trentaine de minutes, tout en gardant son style. Lors de l'une de ces vidéos, il a expliqué : "Je suis désolé, j'ai tendance à faire des réponses trop longues et, souvent, ceux qui travaillent avec moi ont tendance à me dire de faire des réponses plus brèves et que ça intéresse plus. Mais c'est comme ça, je suis comme je suis et je vais continuer à faire des réponses longues".

Une pensée pour Jacques Chirac

Dans la continuité, mais pas que. Édouard Philippe a planté, mardi 28 novembre, son arbre dans le jardin de Matignon, fidèle à la tradition initiée par Raymond Barre. Le Premier ministre a fait un clin d’œil à Jacques Chirac, qui fête ses 85 ans aujourd'hui, en choisissant un pommier de sa région. Le chef du gouvernement a ainsi planté un pommier de deux-trois mètres de haut, entouré et aidé par une classe d'élèves de CM2 de sa ville du Havre venus avec leur pelle et leur chahut égayer le cérémonial de la plantation. 

"Vous êtes bons, hein ! La prochaine fois que j'ai un truc compliqué à faire, je vous appelle", leur a lancé Édouard Philippe, lui-même de très bonne humeur. Quant au pommier de variété "claque-pépin" - ainsi nommé car on peut entendre le grelot des pépins à l'intérieur en agitant la pomme quand elle est mûre -, "c'est une variété normande, c'est pour ça qu'elle a été choisie", a expliqué l'ancien maire du Havre. "L'autre raison, c'est qu'il faut toujours manger des pommes ! Je dis ça comme ça", s'est amusé l'ancien lieutenant d'Alain Juppé. "Par l'intermédiaire des Guignols de l'Info, 'Mangez des pommes' était devenu le leitmotiv de la campagne électorale de Jacques Chirac en 1995", rappelle l'AFP.

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