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En reprenant le terme "islamo-fascisme", Manuel Valls veut frapper fort

ÉCLAIRAGE - En utilisant une expression prisée de la droite conservatrice, Manuel Valls souligne sa volonté de marquer une rupture dans son discours sur les dérives de l'islam.

RTL Midi -  Christelle Rebière RTL Midi Christelle Rebière iTunes RSS
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"Islamo-fascisme" : un terme fort mais pas totalement pertinent, estime Pascal Perrineau Crédit Image : CHARLY TRIBALLEAU / AFP | Crédit Média : Dominique Tenza | Durée : | Date : La page de l'émission
Yaël Goosz et Dominique Tenza

Pour la première fois, Manuel Valls a donc employé le terme d'"islamo-fascisme" pour évoquer les attentats qui ont fait deux morts et plusieurs blessés à Copenhague ce week-end. Appelant l'islam de France à prendre ses responsabilités afin de se distinguer de ses éléments les plus extrémistes, le Premier ministre a repris à son compte un néologisme apparu dans les années 1990"Pour combattre cet islamo-fascisme, puisque c'est ainsi qu'il faut le nommer, l'unité doit être notre force", a-t-il affirmé au micro de RTL. 

De retour dans le débat public depuis les attentats de Paris, le terme était plutôt prisé par la droite ces dernières semaines. Dimanche, le maire UMP de Nice Christian Estrosi l'avait employé sur France 5 pour évoquer la décapitation de 21 Égyptiens chrétiens par Daesh. Le président du groupe UMP au Sénat Bruno Retaillau avait aussi déjà utilisé l'expression pour désigner le "3e totalitarisme mondial". À gauche, seul Noël Mamère semblait l'avoir employé jusqu'à présent, dans un article de blog publié sur Rue89.

Un mot volontairement fort mais pas complètement pertinent

S'il a franchi un cap sémantique depuis son intervention à l'Assemblée nationale après les attentats de Paris, le Premier ministre n'a pas donné de définition précise de l'islamo-fascisme. D'une manière générale, l'expression désigne ceux qui instrumentalisent leur religion au profit d'une idéologie totalitaire. Mais malgré plusieurs convergences entre l'islam radical et le fascisme, l'expression comporte quelques défauts.

"Le mot est fort et renvoie à une idéologie politique qui s'est développée au cœur de l'Europe dans les années 1920-1930", explique le politologue Pascal Perrineau. L'islamisme radical qui s'est développé partage quelques éléments avec le fascisme. La haine de l'autre, le recours à la violence. Mais le fascisme c'est aussi le culte du chef, la notion de parti unique. Des éléments que l'on ne retrouve pas dans l'islamisme radical. Le fascisme n'avait rien à voir avec la référence religieuse qui est ici au cœur de l'islamisme. Il y a là le soucis du Premier ministre d'utiliser un mot fort. Mais au-delà, la réalité même de l'islamo-fascisme ne peut pas être cernée avec ce seul mot", tempère-t-il.

Le Conseil français du culte musulman dans le viseur

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Avec cette formule-choc, Matignon souhaite mettre le clergé musulman, et particulièrement le Conseil français du culte musulman, face à ses responsabilités. En petit comité, Manuel Valls estime qu'il ne remplit pas sa mission. Le Premier ministre est effaré par le faible niveau intellectuel de certains imams qui parlent à peine français et sont financés depuis l'étranger. Au delà des mots, l'exécutif prépare en coulisses une réforme en profondeur de l'association fondée en 2003 sous l'impulsion du ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy et dirigée par Dalil Boubakeur. 

Pas suffisamment représentative des différents courants de l'islam, l'instance souffre en interne de luttes d'influence entre Algériens, Marocains et Turcs. Au sein de ses arcanes toujours, les jeunes ne sont également pas assez représentés. En 2013 encore, l'élection du nouveau bureau exécutif a été entachée par les appels au boycott. Si bien que moins de la moitié des mosquées avaient participé au vote.

Parmi les pistes envisagées par le Premier ministre figure la création d'un Conseil de la vie musulmane qui s'appuierait sur des intellectuels pour déterminer la théologie diffusée. La création d'une faculté publique pour former les imams pourrait être une autre possibilité, à l'instar de ce qui existe en Allemagne. Mais ces projets sont encore loin de se concrétiser. L'exécutif ne reviendra pas sur la loi de 1905. Les consultations ne font que commencer.

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