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"En France, la politique des survivants n'est pas une mythologie", dit Alba Ventura

REPLAY / ÉDITO - En Grande-Bretagne, quand on perd une élection, on quitte son poste et on passe la main. En France, quand on perd une élection on se prépare déjà à la suivante. Autre lieu, autres mœurs politiques.

Alba Ventura
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Crédit : Elodie Grégoire
"En France, la politique des survivants n'est pas une mythologie", dit Alba Ventura
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L'invité de RTL - Alba Ventura
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Sur les quatre chefs de partis qui se présentaient aux dernières élections législatives au Royaume-Uni, trois ont rendu leur tablier. Avouez que c'est quand même spectaculaire. C'est étonnant des perdants qui disent : "Très bien j'ai perdu, je démissionne".

Ça n'a pas traîné. Une fois leur échec constaté, cela a été une rafale de démissions : Ed Miliband à la tête du Labour ; Nick Clegg, vice-premier ministre et patron des libéraux-démocrates (le centre-gauche britannique) ; et Nigel Farage, président de l'UKIP, le parti europhobe. Ils ont tous les trois perdu face à David Cameron. Tous ont fait savoir qu'ils allaient passer le relais.
Ils avaient promis à leurs électeurs de les emmener au pouvoir. Cela n'a pas marché ? Terminé ! Rideau ! On passe la main.

Le faux-départ de Jospin

Il n'y a aucune surprise chez les Anglais. C'est même un comportement assez typiquement anglo-saxon. Souvenez-vous d'Al Gore, adversaire de George Bush aux États-Unis. Les deux hommes étaient pratiquement arrivés à égalité. Cela avait fait tout un pataquès pour les départager.

Finalement Al Gore avait jeté l'éponge. Il avait surtout renoncé à une bataille juridique sans fin. Il s'est retiré, et c'en était terminé. Il est parti se consacrer à la planète et à l'environnement, alors qu'il aurait très bien pu vouloir refaire le match quatre ans après.

En France, la tradition, c'est plutôt de ne pas s'en aller quand on perd

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En France, Lionel Jospin avait annoncé qu'il se retirait de la vie politique après sa défaite en 2002. L'histoire vraie, c'est qu'il l'a fait, mais il ne s'y est pas tenu. Il est vrai qu'à l'époque, il prend acte de sa défaite. Il arrête tout et il rentre chez lui.

Mais quatre ans plus tard, au printemps 2006, il passe une tête quand même. Il déjeune avec François Hollande pour lui dire qu'il est "disponible" pour l'élection présidentielle de 2007. Au cas où, on ne sait jamais. Il ne faut pas insulter l'avenir. Lionel Jospin n'a que 69 ans à l'époque. D'ailleurs quand vous regardez l'âge des 3 démissionnaires britanniques (45 ans, 48 ans et 51 ans), vous vous dites qu'on ne vit pas dans le même monde.

Une troisième jeunesse

Pour être tout à fait honnête, on a en France des personnalités politiques qui ont échoué et qui ont mis un terme à leur carrière, à un haut niveau. Citons Raymond Barre en 1988 et Édouard Balladur en 1995. Mais s'ils sont sortis, s'ils ont renoncé à briguer la plus haute marche du pouvoir, c'est surtout parce qu'ils ne pouvaient plus revenir. Ils étaient "finis".

En France, ce que l'on constate le plus souvent, c'est que s'il existe le moindre espace, le moindre chemin, vous pouvez être sûr qu'on ne passera pas à côté. Regardez Alain Juppé. Il le dit lui-même d'ailleurs : "En politique on n'est jamais mort". En politique en France il y a une deuxième jeunesse, même une troisième jeunesse. Cela ne date pas d'hier.

François Mitterrand, en 1969, n'est pas au second tour de la présidentielle. En 1974, il est battu par Valéry Giscard d'Estaing. Il revient en troisième saison, en 1981. En France, la tradition, c'est plutôt de ne pas s'en aller quand on perd. C'est un peu la  mythologie de la politique française. On n'est pas comme les Anglais ou comme les Américains.

En France, on aime les politiques qui ont pris des coups

Alba Ventura

En France, dans les partis politiques, on aime les gens qui ont pris des coups : c'est la politique des bleus, des bosses et des plaies. Il y a comme une prime à ceux pour qui ça a été difficile. On aime bien les chemins de croix.

Regardez le parcours de Nicolas Sarkozy. À l'époque où il soutient Édouard Balladur, c'est l'échec cuisant. On lui prédit les mines de sel. Il est rejeté et critiqué. Puis c'est la traversée du désert (encore une mythologie chez nous). Mais pas question de jeter l'éponge : il s'accroche. Il y a comme une résurrection. On connaît la suite.

En France, la politique des survivants, ce n'est pas une mythologie en revanche. En France, les électeurs, on les a souvent à l'usure. Cela fait partie de nos mœurs. Dans les partis politiques, on préfère la "régénération" du même personnel au renouvellement.

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