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Emmanuel Macron : ses 4 objectifs pour la rentrée

DÉCRYPTAGE - Lors du Congrès de Versailles, Emmanuel Macron a commencé à dessiner les pistes de sa politique pour la rentrée. Depuis, le président a du faire face à l'affaire Benalla qui donne un tout autre enjeu au mois de septembre.

Emmanuel Macron en Australie le 2 mai 2018
Emmanuel Macron en Australie le 2 mai 2018 Crédit : SAEED KHAN / AFP
Marie-Pierre Haddad
Marie-Pierre Haddad
Journaliste RTL

En politique, l'été n'a définitivement pas rimé avec repos. Quelques jours après la finale, et la victoire de la France lors de la Coupe du Monde, Emmanuel Macron a du faire face à un scandale d'État : l'affaire Benalla

À l'ère de la transparence, les révélations du Monde concernant ce proche collaborateur du président de la République ont déclenché une vague d'indignations au sein de la classe politique, un futur remaniement au sein de l'organisation de l'Élysée et un flot de critiques quant à la communication de crise mise en place. Le président de la République, lui, avait notamment été tancé pour son silence dans cette affaire

C'est après plusieurs semaines de polémiques, d'auditions de membres du gouvernement par la commission d'enquête et de commentaires de la part de l'opposition, qu'Emmanuel Macron s'est décidé à prendre la parole. "Le seul responsable de cette affaire, c'est moi", avait assuré le chef de l'État avant de poursuivre avec une phrase largement commentée : "S'ils veulent un responsable, il est devant vous, qu'ils viennent le chercher"

1. Ressouder la majorité autour de lui

Pour cette rentrée, Emmanuel Macron doit s'atteler à recréer un noyau de soutien autour de lui. L'affaire Benalla a craquelé la dévotion macronienne, fervemment critiquée par l'opposition, des députés La République En Marche. Une source, citée par l'AFP, a observé que les macronistes ont opéré "une succession de reculs. La majorité n'est pas arrivée à tenir une seule de ses positions". 

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Elle énumère ensuite : "On a dit qu'on ne pouvait pas créer de commission d'enquête en session extraordinaire. Puis, on s'est aperçu qu'on pouvait et qu'on n'avait pas d'autre choix. Après Richard Ferrand (le chef de file des députés de la majorité, ndlr) a dit que les auditions seraient à huis-clos pour les fonctionnaires, résultat elles sont toutes publiques. On a dit qu'on maintenait les séances, puis on a fermé dimanche". 

Autre mission d'Emmanuel Macron et du gouvernement d'Édouard Philippe : contenir l'opposition. Depuis l'élection du président de la République, les oppositions, incarnées par Marine Le PenLaurent Wauquiez et Jean-Luc Mélenchon, ont peiné à exister sur le plan politique. L'affaire Benalla leur a donc permis de reprendre de la voix et de dénoncer la responsabilité du chef de l'État. 

2. Plus de lien social

Sur le plan des réformes, lors de son discours devant le Parlement réuni en Congrès à Versailles, le président de la République a rappelé "les grandes lignes" des chantiers pour l'année à venir. Toujours en visant le même objectif : "La transformation du pays". La "priorité de l'année qui vient" sera de "construire l'État providence du XXIe siècle", a déclaré le président de la République. Il souhaite ainsi développer un système "émancipateur, universel, efficace" et "responsabilisant". 

L'un des principaux défis qui attend le président de la République sera de répondre aux critiques, émanant au sein même de La République En Marche, sur le manque de fibre sociale de sa politique. Avant sa prise de parole à Versailles, une source parlementaire conseillait d'"éteindre la mèche" de sa sortie provocatrice sur le "pognon de dingue" que coûtent les aides sociales sans pour autant sortir leurs bénéficiaires de la précarité.

Reporté par le gouvernement, le plan pauvreté sera présenté "en septembre" et mis en oeuvre "en 2019", a insisté le président de la République. Il a d'ailleurs promis "un accompagnement réel vers l'activité" pour les personnes "les plus fragiles". Ce plan, issu d'une concertation lancée en grande pompe fin 2017, devait initialement être présenté le 10 juillet. Il a été reporté la semaine dernière à la rentrée, suscitant la déception et les critiques des associations

3. Plus de pédagogie

Selon Alba Ventura, éditorialiste politique de RTL, Emmanuel Macron "est obsédé par l'idée de réparer ce qui n'a pas été fait. Et à ce titre, il est extrêmement volontariste. Il est tellement 'résolu' qu'il en devient 'étourdissant'. Il va vite, il remue tellement fort qu'il y a le risque de l'incompréhension. Le risque que l'on ne comprenne plus le sens. L'enjeu pour lui va être la pédagogie". 

Elle ajoute : "Il s'est dit humble, mais il a du mal à se mettre à la place des gens, à hauteur d'homme. Son sujet, à l'allure à laquelle il entend mener les choses, c'est vraiment d'être entendu de tout le monde et compris par tout le monde. Peut-être est-il nécessaire parfois de perdre un peu de temps pour se faire comprendre".

Selon un sondage Odoxa pour Le Figaro et Franceinfo paru jeudi 5 juillet, à peine un tiers des Français estiment sa politique "juste" (29%) ou "efficace" (34%). S'il est toujours jugé "dynamique" (75%), le Président incarne de moins en moins le renouveau (52%) et seuls 45% le trouvent "sympathique". 

4. Tenir le rythme

Le début du mandat d'Emmanuel Macron a été marqué par le rythme effréné des réformes. SNCF, fake news, violences sexistes et sexuelles... La cadence est tellement intense que les témoignages de burn-out au sein des cabinets ministériels et des députés se multiplient. Cependant, Emmanuel Macron a aussi multiplié les annonces de réformes à venir... qui se font toujours attendre. Ainsi, la transformation du système de santé a été reportée de deux mois. "Il ne s'agit pas d'une simple réforme de l'hôpital mais d'une transformation profonde et inédite du système de santé", avance-t-on dans l'entourage d'Agnès Buzyn pour expliquer ce report. 

Le Figaro souligne aussi le flou persistant sur la loi bioéthique. "Les États généraux de la bioéthique devaient être officiellement clôturés le 7 juillet par un événement 'd'ampleur nationale' auquel Emmanuel Macron aurait pu assister. Mais après un premier rapport sur cette grande consultation citoyenne, leur organisateur, le Comité consultatif national d'éthique, ne rendra finalement son avis sur la future loi qu'à la rentrée". Autant de reports qui donnent à l'opposition l'argument de l'amateurisme à la tête de l'État.

Emmanuel Macron et les ministres sont aussi attendus au tournant concernant le projet de réforme constitutionnelle. Son examen suspendu sine die en plein cœur de l'affaire Benalla sera "l'une des priorités de la rentrée, a assuré Benjamin Griveaux, le porte-parole du gouvernement. Il n'est pas question d'abandonner cette réforme importante que les Français ont appelé de leurs vœux".

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