3 min de lecture Emmanuel Macron

Emmanuel Macron : les paradoxes de son mouvement "En Marche"

DÉCRYPTAGE - S'il assure que son initiative citoyenne n'est "ni de gauche ni de droite" et ne sert pas à désigner "un énième candidat à la présidentielle", Emmanuel Macron intrigue avec ses ambitions politiques ambiguës.

Emmanuel Macron en déplacement à Amiens à l'occasion du lancement de son mouvement "En marche", le 6 avril 2016
Emmanuel Macron en déplacement à Amiens à l'occasion du lancement de son mouvement "En marche", le 6 avril 2016 Crédit : FRANCOIS LO PRESTI / POOL / AFP
Julien Absalon
Julien Absalon
Journaliste RTL

À quoi joue Emmanuel Macron ? À l'occasion d'un déplacement dans sa ville natale d'Amiens, mercredi 6 avril, le ministre de l'Économie a annoncé en grandes pompes la création de son "mouvement politique nouveau" baptisé "En marche". Déjà dans les tuyaux depuis plusieurs semaines, cette initiative vise à apporter des "idées neuves pour le pays et de les mettre en oeuvre demain".

Mais à treize mois de l'élection présidentielle 2017, à l'heure où la gauche plus divisée que jamais ne sait toujours pas si elle pourra compter sur François Hollande, difficile de ne pas y voir une manœuvre visant à mieux placer ses pions en vue des prochaines échéances électorales.

Compatible avec le gouvernement ?

Sur le site internet d'En Marche, le clip de mouvement dresse un bilan peu reluisant de la France actuelle en décrivant le "mal d'un pays sclérosé par les blocages". Ceux-ci sont d'ailleurs nombreux : les blocages politiques et sociaux "qui préservent les privilèges de quelques-uns au détriment de millions d'autres", les blocages économiques "qui font que l'ascenseur est en panne pour de millions de Français" ou encore les blocages géographiques "qui conduisent des milliers de jeunes au sentiment d'abandon, d'incompréhension". Un état des lieux qui donne l'impression d'être une critique au vitriol du quinquennat en cours. "Alors on fait quoi ? On se met en marche. On ne fera pas la France de demain sans faire place aux idées neuves, sans audace, sans esprit d'invention", conclut la vidéo.

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En Marche Crédit Image : Capture d'écran / En Marche |

Mais cette volonté d'apporter un vent nouveau dans la politique française est-elle compatible avec le fait de rester membre de l'équipe gouvernementale ? Si son homologue Najat Vallaud-Belkacem considère simplement que "nous avons moins besoin d'aventures personnelles que de sens du collectif à un moment où la gauche a déjà un peu trop tendance à se balkaniser", Christian Estrosi demande son départ. "Pour que sa démarche soit crédible, il faudrait qu'il démissionne du gouvernement", estime-t-il au micro de RTL.

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Quoi qu'il en soit, cela renforce cette image d'électron libre du populaire énarque de 38 ans, qui s'est souvent illustré par ses prises de position contraires à celles du gouvernement et de la majorité socialiste. D'ailleurs, contrairement à l'exécutif qui aime rappeler qu'il est bien de gauche, le ministre tient à souligner que son mouvement n'est "ni de droite ni de gauche" car les "clivages sont devenus obsolètes à beaucoup d'égards".

À qui profitera le mouvement ?

Avec une telle posture de rassembleur, lui qui n'a jamais eu de mandat électif donne l'impression de vouloir se constituer un électorat en vue de l'élection présidentielle. Une tactique qui pourrait servir dès celle de 2017 si François Hollande décide de jeter l'éponge en cas de non-inversion de la courbe du chômage et si Manuel Valls ne le remplace pas, faute d'avoir une popularité suffisante. En cas d'absence d'une primaire à gauche, Emmanuel Macron pourrait alors s'imposer comme le nouveau leader de la gauche. En tout cas, il ne cache pas que le mouvement a également vocation à "construire une majorité".

Pourtant, l'étoile montante du gouvernement est catégorique : En Marche n'a pas vocation à produire "un énième candidat à la présidentielle". Ce n'est a priori pas sa "priorité". La majorité qu'il construit semble même se destiner pour l'instant à servir François Hollande qui, selon l'Élysée, était au courant du lancement de ce mouvement. "Tout ce qui participe du succès de l'exécutif et de la politique que nous menons va dans le bon sens", assure à l'AFP l'entourage de la présidence. Un proche du ministre explique quant à lui dans les colonnes de Libération que "si le mouvement de Macron suscite de l'adhésion chez les gens aujourd'hui non politisés, il pourra donner des consignes de vote en 2017".

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