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Emmanuel Macron : ce quinquennat est-il celui du burn-out ?

DÉCRYPTAGE - De plus en plus de conseillers ministériels et de députés dénoncent les risques de burn-out au sommet de l'État. En cause ? La multiplication des réformes et la pression au quotidien.

Le premier Conseil des ministres du gouvernement d'Édouard Philippe, le 18 mai 2017 Crédit : Francois Mori / POOL / AFP
Marie-Pierre Haddad
Marie-Pierre Haddad
Journaliste RTL

Le gouvernement doit-il lever le pied ? Le rythme des réformes engagées par Emmanuel Macron et Édouard Philippe a un coût. Députés, collaborateurs parlementaires, mais aussi fonctionnaires de Matignon... l'épuisement commence à se faire sentir dans de nombreuses instances de l'État. Les témoignages anonymes se multiplient. Pour certains, cela va jusqu'au burn-out.

Le gouvernement a été formé le 17 mai 2017. Trois mois plus tard, des conseillers au services des ministres commençaient à encaisser le coup. Le Monde raconte le cas d'une conseillère de Bruno Le Maire qui a fait "un burn-out et a quitté le ministère" de l'Économie à peine trois semaines après sa mise en place. "Ce n'était pas une question de compétence mais de rythme. Avec la pression, les délais très courts, le job ne lui convenait pas", indiquait Bercy.

À l'Assemblée nationale, le constat est le même. À tel point que François de Rugy monte au créneau pour relayer la fatigue persistante des députés. Sur Europe 1, le président du Palais Bourbon estime qu'"il est temps de mettre de l'ordre dans l'ordre du jour et je proposerai à la conférence des présidents (...) que l'on prenne un certain nombre de mesures pour que le déroulement des débats soit plus correct et notamment je proposerai qu'on ne siège plus les samedis et dimanches comme cela a été fait plusieurs semaines de suite pendant le mois écoulé".

Des "milliers d'heures supplémentaires" à l'Assemblée

François de Rugy répond ainsi aux demandes de l'Association Française des Collaborateurs Parlementaires et la CFTC-Parlement ont dénoncé les conditions de travail des collaborateurs parlementaires. En cause, le travail le week-end.

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"Les collaborateurs parlementaires savent répondre aux exigences de leur fonction et notamment aux contraintes de disponibilités. Mais celles-ci ne peuvent reposer que sur un équilibre qui n'existe plus aujourd'hui", a dénoncé le syndicat dans un communiqué. 

Comme le souligne l'AFP, l'examen des lois asile et immigrationagriculture et alimentation et du projet de loi Elan, concentrent les critiques. "Outres les conséquences directes sur la santé et le moral des députés, des salariés et de leurs familles, tout est réuni pour que la Loi soit mal faite et le rôle de l'Assemblée nationale affaibli, a prévenu le syndicat. Les collaborateurs parlementaires ne bénéficient aujourd'hui d'aucun statut correspondant à leur situation particulière. En seulement onze mois de législature, des milliers d'heures supplémentaires ne sont ni payées, ni compensées".

Matignon sous pression

L'ambiance est tout aussi délicate à Matignon. Selon BFMTV, "4 conseillers ont quitté leurs fonctions depuis le mois de mai dernier pour diverses raisons, date à laquelle le gouvernement est entré en fonction. 14 secrétaires du cabinet du Premier ministre on été réaffectées". Visage flouté et voix modifiée, une fonctionnaire raconte : "Quand un conseiller dit à une personne qu’elle peut sauter à tout moment, qu’il décide si elle sera encore là le mois prochain, la semaine prochaine, comme ça en face-à-face, je pense que c’est quelque chose qui n'est pas facile à encaisser".

Elle décrit ainsi les journées de conseillers qui travaillent jusqu'à "3, 4 heures du matin". Elle ajoute : "On a eu aussi des anciens Premiers ministres qui étaient difficiles mais non, ce n’était pas aussi dur. Ce n’était pas aussi malsain comme ambiance".

BFMTV a contacté Édouard Philippe. De son côté, le premier ministre assure qu'"à Matignon, on travaille beaucoup, beaucoup. Et j'y veille. La pression est considérable, notamment parce que les attentes des Français sont considérables. Compte-tenu de cette pression et de l'intensité du travail, on ne peut pas dès lors qu'on constate que quelque chose ne va pas, espérer que ça va s'arranger ou attendre. Donc, on prend des décisions rapides". 

Un tableau conçu pour monitorer les engagements de chaque ministère et de chaque conseiller élyséen a été inauguré

Le Parisien
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Le Parisien explique qu'"en réduisant drastiquement le nombre de collaborateurs des ministres, à peine le gouvernement formé, le président DRH a essoré les plus résistants. Quantité de conseillers couvrent des périmètres qui mobilisaient par le passé trois pleins-temps.

Fait inédit : "Un tableau conçu pour monitorer les engagements de chaque ministère et de chaque conseiller élyséen a été inauguré. C'est inédit", déclare la communication du Palais dans les colonnes du journal. Les ministres et secrétaires d'État sont aussi concernés par la folie réformatrice du président de la République et le rythme que cela implique. Julien Denormandie, secrétaire d'État à la Cohésion des territoires a "coutume de quitter son travail vers 21 heures... et d'y retourner après avoir embrassé sa progéniture". Des élus racontent que "certains soirs, son cerveau brillant est tellement atomisé qu'il regarde les rediffusions des émissions d'Hanouna à 3 heures du mat'".

Un parlementaire raconte au quotidien le cas de l'une des conseillères d'Emmanuel Macron : "Je viens d'accompagner le chef de l'État lors d'une sortie thématique préparée par l'une de ses conseillères : elle a produit un super boulot pour qu'il ait réponse à tout sur le terrain, mais elle faisait peine à voir. Et nous n'en sommes qu'à 20% du quinquennat ! Dans quel état finiront-ils ?". 

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