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Élizabeth Martichoux : "Pour la génération Y, la politique c'est 'Tous corrompus'"

CHRONIQUE - La jeunesse française voie la vie en noir et rêve d'en découdre : c'est le résultat d'une étude menée auprès des moins de 35 ans, qui se voient comme une génération "perdue". Un signal d'alerte pour les politiques.

Des jeunes manifestent à Paris le 26 mai 2013
Des jeunes manifestent à Paris le 26 mai 2013
Crédit : AFP / Archives, Éric Feferberg
Pour la génération Y, la politique c'est "Tous corrompus"
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Pour la génération Y, la politique c'est "Tous corrompus"
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"Frustrée, la jeunesse française rêve d'en découdre" : derrière ce titre choc, le quotidien Le Monde publie, dans son édition datée du mercredi 26 février, les résultats d'une très vaste enquête menée auprès de 210.000 jeunes âgés de 18 à 34 ans. Elle dessine le portrait d'une génération qui se juge "sacrifiée". En ce qui concerne leur vision de la politique, c'est accablant.

Défiance à l'égard des politiques

C'est même une claque retentissante. Pour cette génération Y, la classe politique ce n'est pas "tous pourris", mais "tous corrompus". Ils sont un sur deux à le penser. Cela veut tout de même dire que pour 50% de ces jeunes, ceux qui nous gouvernent profitent de leur situation pour s'enrichir.

Ils leur reprochent de mal exercer le pouvoir. Une majorité écrasante déplore, par exemple, qu'ils ne s'attaquent pas au monde de la finance. De ce point de vue, François Hollande peut se sentir visé, lui qui avait déclaré la guerre précisément au monde de l'argent. Cela dit, leur religion est faite : gauche/droite, ils les mettent dans le même sac.

Cela ne signifie pas que ces jeunes ne s'intéressent pas à la politique. Ce rejet n'est pas lié à une ignorance du monde tel qu'il va. Nous parlons de la génération internet, pas du tout déconnectée (c'est le contraire). Ils sont au courant de l'actualité en temps réel grâce au portable. Ils sont hyperactifs sur les réseaux sociaux. Ils participent au débat à leur manière.

Hollande en position défensive face à la jeunesse

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Ce qui est frappant d'après cette étude, c'est qu'ils sont plus altruistes que le reste de la population. Ils ne sont pas moins généreux que leurs parents. Ainsi, 80% sont favorables à un service civique obligatoire. Ils veulent participer. En revanche, ils ne veulent pas voter.

On se dit que c'est peut-être un échec pour François Hollande, qui avait fait de la jeunesse sa priorité. Il faut dire que créer 60.000 emplois à l'éducation nationale, c'est un effort pour l'école, mais ça n'a pas d'effet immédiat. Ça ne permet pas d'endiguer la désespérance de ces Français de 20 ans.

Il y a eu quelques décisions, comme la réforme des bourses étudiantes. Mais parallèlement, des promesses n'ont pas été tenues, comme en matière de logement ou de santé. On sait que sur ce plan-là, la situation des jeunes se dégrade.

François Hollande est très attentif à la jeunesse, mais de façon défensive. Il redoute par-dessus tout les manifestations étudiantes. C'est d'ailleurs pour cela qu'il avait tranché si maladroitement dans le dossier Leonarda : il voulait casser la mobilisation lycéenne balbutiante.

Le FN gagne du terrain chez les moins de 35 ans

Pour ceux qui iront voter, une minorité de jeunes sont tentés par les extrêmes. Mais ce n'est pas l'extrême gauche qui fait recette. L'idéal révolutionnaire exalté par Jean-Luc Mélenchon ne fait pas rêver cette jeunesse. Le Nouveau parti anti-capitaliste (NPA) ou Lutte Ouvrière sont marginalisés.

En revanche, le Front national gagne du terrain. Cela se confirme. La tentation du repli sur soi prospère dans l'ensemble de la population, et notamment chez ces jeunes qui se sentent déclassés à peine arrivés à l'âge adulte. Un tiers des jeunes interrogés dans cette enquête admettent l'idée que des emplois puissent être réservés aux Français.

Le Front national, pour ces jeunes, c'est la rupture. C'est dire non aux partis de gouvernement - c'est ce qu'ils cherchent. Ils pourraient aller plus loin. À la question "Participerais-tu dans les mois qui viennent à un mouvement de révolte ?", 61% répondent "oui". Combien étaient-ils samedi dernier à Nantes à exprimer cette colère, à côté des casseurs professionnels ?

Il est là le danger : cette jeunesse est d'autant plus frustrée de ne pas avoir trouvé sa place qu'elle est informée et éduquée. Pour l'instant, la majorité choisit l'abstention. Mais il est urgent que les politiques cessent les incantations et passent à l'action. Sinon, l'énergie de cette génération risque de se retourner contre eux, dans la rue. François Mitterrand disait, en mai 68 : "La jeunesse n'a pas toujours raison, mais une société qui la méconnaît a toujours tort". Nous y revoilà !

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