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Dominique de Villepin : "Le revenu citoyen est l'inverse de l'assistanat"

Dominique de Villepin était l'invité de RTL vendredi matin. Au lendemain de la présentation de son programme pour 2012, le président de République Solidaire a défendu l'idée du "revenu citoyen", qui selon lui est l'inverse de l'assistanat".

Dominique de Villepin sur RTL le 22 mars 2011
Dominique de Villepin sur RTL le 22 mars 2011 Crédit : RTL
Micro RTL
La rédaction de RTL et Alba Ventura

Bonjour Dominique de Villepin

Bonjour

Alors l'une des mesures-phares de votre projet, c'est ce revenu citoyen à 850 euros pour ceux qui n'ont pas de ressource. Il y a des millions de Français, ce matin, Dominique de Villepin, qui nous écoutent et qui se disent "c'est franchement de l'assistanat".

C'est exactement l'inverse de l'assistanat. Les aides sociales qui sont aujourd'hui distribuées en grand nombre dans notre pays et qui prennent toutes sortes de forme, constituent des aides sociales, constituent des aides, participent à l'assistance. Là, il s'agit d'un revenu citoyen. Et derrière ce revenu citoyen, il y a une conviction : c'est qu'il faut redonner de la dignité aux citoyens français. Ces 850 euros, ils auront un certain nombre de contreparties qui font, justement, le citoyen.

Donnez-nous ces contreparties.

Alors contrepartie d'abord : l'inscription obligatoire sur les listes électorales et le droit de vote. Un citoyen ça prend ses responsabilités dans la cité ; deuxièmement ça participe à la vie de la cité, l'obligation de participer à un service citoyen qui sera obligatoire pour les jeunes de 18 à 25 ans. Ensuite, ce revenu citoyen sera versé en contrepartie d'un projet qui sera étudié et qui fera l'objet d'un suivi.

Mais alors...

Participation à des tâches d'intérêt général dans la cité. C'est...

Je suis étudiant, je n'ai jamais cotisé, je n'ai jamais travaillé.. Pof, 850 euros, un petit bonus.

A travers un compte fléché qui vous permettra, sur des dépenses de formation, sur l'ambition de créer votre propre activité, vous permettra effectivement de bénéficier de ce montant soit sur un mode fractionné, soit de façon cumulée. La somme sera plus importante si vous touchez cette somme à la fin de vos études, par exemple, pour vous lancer dans une entreprise. Ce revenu, vous  pourrez l'additionner, plusieurs personnes pourront se rejoindre ensemble pour créer les bases d'une entreprise commune, d'une entreprise solidaire par exemple. C'est une conception de la société qui donne des outils à chacun pour vivre sa vie, c'est-à-dire c'est plus de dignité, plus de liberté, plus de sécurité.

Vous n'avez pas peur de vous retrouver face à un cas concret : j'imagine : deux jeunes, pacsés, 850 euros chacun, 1.700 euros, en province on arrive à vivre comme ça, non ?

Justement, derrière le revenu citoyen, il y a l'idée que vous allez pouvoir créer une activité, que vous aurez ce filet de sécurité dont ne disposent pas aujourd'hui les Français. Le drame de la société française, et il y a un accord global là-dessus, c'est justement le sentiment de dépression. On n'a pas d'avenir, on ne voit pas comment on va s'en sortir, et il faut trouver ce filet de sécurité, cette garantie qui permettra à chacun d'entreprendre. Donc il y aura également, dernière contrepartie, un impôt citoyen qui sera un impôt à la fois sur le revenu du travail et un impôt sur les revenus du patrimoine, et chaque français paiera l'impôt sur le premier euro touché, et y compris à titre symbolique pour ceux qui gagnent le moins.

La mesure de 850 euros a fait beaucoup réagir notamment dans votre camp, et ça a provoqué la démission de votre porte-parole Daniel Garrigue. Ecoutez-le

S'il y avait un vrai débat à l'intérieur du mouvement. Si tout le monde était associé à la préparation d'un véritable projet, je pense qu'il y aurait beaucoup moins de sentiment de flou.

Vous avez travaillé tout seul, c'est ce qu'il est en train de dire.

Non, je n'ai pas travaillé tout seul, j'ai travaillé avec beaucoup de militants, beaucoup d'experts.

Ce qui l'ennuie c'est que ça coûte 30 milliards, ces 850 euros. On n'a plus d'argent dans ce pays. C'est vous qui l'avez dit souvent.

Oui, mais pourquoi les grands partis politiques n'arrivent-ils pas à proposer aux Français un vrai projet ? Tout simplement parce que, quand vous prenez en compte les intérêts de chacun, les intérêts des élus, quand vous prenez en compte les intérêts des clientèles ; quand vous mettez bout à bout tous ces éléments-là eh bien au bout du compte vous n'avez plus de projet. Vous avez des mesures d'ajustement qui finalement ne changent rien. Alors vous dites...

Mais 30 milliards, c'est énorme.

30 milliards, c'est l'équivalent des cadeaux fiscaux faits par le président de la République et le gouvernement depuis  2007. C'est 3 fois moins que la baisse de l'impôt sur le revenu depuis 2000.

Ce n'est pas une idée en l'air sachant que vous ne serez pas président de la République ?

Mais gardons le sens des proportions, et c'est financé. Je rappelle : 19 milliards c'est l'augmentation de l'impôt sur le revenu pour les plus aisés, pour les 3 % qui touchent le plus dans notre pays.

Et vous voulez faire payer les plus riches...

Et 11 milliards par le retour de la croissance à 2 et demi %. J'ai pris exactement le même niveau de croissance que les Socialistes et que prendra l'UMP, donc...

Combien vous avez pris, 2,25 % ?

11 milliards, 2 et demi.

Vous savez que l'on va rarement au-delà de 2 en termes de croissance ? Depuis dix ans, c'est le cas, en tout cas.

Oui. On peut supposer qu'en se donnant les moyens d'une véritable politique de compétitivité, et dans le projet que je présente il y a des mesures importantes de refondation économique et il y a également le souci de rendre cette économie plus dynamique. Quand je propose une TVA 3E, Emploi-Exportation-Environnement, eh bien c'est justement pour alléger le coût du travail. Nous baisserons de 4 points le coût du travail, le coût des cotisations sociales salariées et patronales. Donc, c'est un projet équilibré, c'est un projet ambitieux. Mais une fois de plus, si nous voulons répondre aux préoccupations des Français, il faut être ambitieux et ce n'est pas en pointant le doigt sur une mesure, et c'est vrai, c'est la seule mesure qui coûte de l'argent dans ce projet. Mais si nous voulons changer quelque chose dans ce pays, croyez moi, ce n'est pas avec quelques demi-mesures que nous y parviendrons.

Dominique de Villepin, donc, ce revenu citoyen à 850 euros, un grand impôt citoyen progressif payé par tous, la création d'un service public bancaire, un service public du logement, évidemment, il y en a beaucoup d'autres. Vous savez ce qu'on dit ? On dit que votre projet est socialiste.

Oui, certains disent qu'il est trop à droite, parce que le revenu citoyen sera réservé aux citoyens français, par définition.

Socialiste, ça vous gêne ? C'est un gros mot.

Mais pas du tout, au contraire. Vous savez moi, je participe en tant que gaulliste de ceux qui veulent rassembler tous les Français de droite et de gauche. Nous sortons d'années qui ont déçu beaucoup de nos compatriotes. Ca fait d'ailleurs un certain nombre de décennies que la politique les déçoit. Je crois qu'il faut être ambitieux, mais surtout il faut repartir du début. Et c'est pour ça que je regrette la décision de Daniel Garrigue. Le début c'est quoi ? C'est pas tel et tel élu. Le début...

vous allez le rappeler, vous réconcilier ?

Le début, c'est les Français. Moi, je veux une politique qui revienne aux préoccupations des Français. Si on ne part pas de la souffrance ressentie par les Français, si on ne part pas des difficultés quotidiennes vécues par les Français et si on ne leur redonne pas confiance en leur donnant les moyens d'entreprendre, je ne participe pas de l'idée qu'il y a d'un côté des Français que l'on assiste et les autres qui entreprennent. Le résultat c'est que ceux qui entreprennent de plus sont mondialisés et participent moins à cette aventure de notre pays. Nous avons besoin de recoller les morceaux, d'avoir un seul et même pays, une seule nation et pour rassembler les morceaux il nous faut des citoyens reconnus et responsables. Et cette révolution de la dignité que j'appelle de mes voeux c'est justement le retour d'un citoyen capable de prendre ses responsabilités.

Dominique de Villepin, ce matin dans Le Figaro, Nicolas Sarkozy, Barack Obama, David Cameron lancent un appel pour ramener la paix en Libye. En clair, ils veulent le départ de Kadhafi. Est-ce que vous pensez qu'il y a un risque d'enlisement en Libye ?

Il y a un risque d'enlisement dès lors que l'on sort du mandat qui a été fixé par les Nations Unies, que l'on sort de la mission de la communauté internationale. La mission de la communauté internationale...

Ils disent qu'il faut mettre Kadhafi dehors...

... Oui, mais attention : nous ne sommes pas aujourd'hui avec une résolution 1973 qui nous donne mandat de changer de régime en Libye...

Alors qu'est-ce qu'on fait ?

On a commis exactement cette erreur en Irak. Enfin "on" : l'administration Bush, ceux qui sont partis avec l'idée de déloger Saddam Hussein. Ce n'est pas l'objectif. Qu'est-ce qu'on fait ?...

On arme les rebelles ?

Qu'est-ce qu'on fait ? On protège les populations, on donne les moyens aux rebelles de constituer une solide base politique c'est-à-dire de rassembler l'ensemble des forces, ce qui n'est pas le cas actuellement avec le conseil national de transition, et éventuellement on aide les rebelles à travers des armes défensives...

On les arme...

A travers des armes défensives de façon à éviter que ces armes ne se retrouvent dans les mains des terroristes du Maghreb Islamique, c'est-à-dire contre nos propres intérêts et contre l'intérêt des pays de la région.

Merci beaucoup Dominique de Villepin d'avoir été notre invité.


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2011-04-15 07:25:00
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