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Démission d'Emmanuel Macron : pourquoi elle était inéluctable

ÉCLAIRAGE - L'ancien ministre de l'Économie quitte le gouvernement après s'être écarté à plusieurs reprises de la ligne politique de François Hollande.

Le ministre de l'Économie Emmanuel Macron, le 7 mars 2016 à Matignon
Le ministre de l'Économie Emmanuel Macron, le 7 mars 2016 à Matignon Crédit : SIPA
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Julien Absalon
Journaliste RTL

Avec la candidature de Nicolas Sarkozy à la primaire de la droite, c'était devenu le grand serpent de mer politique. Après plusieurs mois de bruits de couloirs et de rendez-vous manqués, la démission d'Emmanuel Macron s'est finalement concrétisée mardi 30 août.

Selon le communiqué de l'Élysée, le désormais ex-ministre de l'Économie, de l'Industrie et du Numérique a décidé de se "consacrer entièrement à son mouvement politique". Il est remplacé à ce poste par Michel Sapin, qui était jusque-là seulement ministre des Finances. Cette officialisation met donc un terme à une situation ambiguë pour lui et François Hollande, qui ont tous deux l'élection présidentielle de 2017 en ligne de mire. 

Un ton qui irritait la gauche

Durant ses deux années au ministère de l'Économie, Emmanuel Macron s'est attiré de nombreuses fois les foudres de la gauche à force d'enchaîner les petites phrases polémiques. En septembre 2014, moins d'un mois après son entrée au gouvernement, il est contraint de s'excuser pour avoir affirmé que des salariées des abattoirs Gad étaient "illettrées". En mai 2016, il est à nouveau fustigé de toutes parts lorsqu'il lance à un manifestant : "Le meilleur moyen de se payer un costard, c'est de travailler". 

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Outre ces saillies, l'ancien conseiller de François Hollande est surtout critiqué pour ses prises de position libérales. Au-delà de sa "loi Macron" qui suscite tant de controverses que l'exécutif se voit contraint de recourir au 49.3, il n'hésite pas à remettre en cause les 35 heures, le statut des fonctionnaires ou encore la réforme de l'assurance-chômage. Autant de déclarations qui ont conduit, en septembre 2015, Martine Aubry à exprimer son exaspération : "Macron... Comment vous dire ? Ras-le-bol".

Décrié au sein du gouvernement

Pour tous ses écarts de conduite par rapport à la ligne du gouvernement, Emmanuel Macron est recadré à de multiples reprises par François Hollande et Manuel Valls. Le 14 juillet dernier, par exemple, le chef de l'État lui lance un sérieux avertissement en l'enjoignant à "servir" et "défendre" le bilan du gouvernement. "Respecter ces règles, c'est rester au gouvernement. Ne pas les respecter, c'est ne pas y rester".

Mais l'attitude iconoclaste du jeune ministre a également passablement irrité les autres membres du gouvernement, qui ne se sont pas gênés pour le faire savoir. En septembre 2015, Marylise Lebranchu, lorsqu'elle était encore ministre de la Fonction publique, lui rappelle qu'un ministre "n'est pas libre de ses propos" et l'invite à "parler le moins possible". Peu après, Michel Sapin s'était lui aussi agacé : "Quand on est ministre, on est avec les autres, on agit ensemble".

"En Marche" pour 2017 ?

À force de jouer un rôle d'électron libre, sa présence dans le gouvernement est devenue de plus en plus intenable, notamment avec le lancement en avril dernier de son mouvement politique "En Marche !". Sur ses terres pour présenter cette structure servant à défendre et propager ses idées, le natif d'Amiens en profite pour faire une critique au vitriol du quinquennat en cours, en évoquant notamment le "mal d'un pays sclérosé par les blocages".

Se déclarant "ni de droite ni de gauche", et encore moins "socialiste" contrairement à un gouvernement qui aime rappeler qu'il est bien de gauche, l'énarque de 38 ans ne se cache alors plus pour afficher son ambition personnelle. S'il assure pourtant dans un premier temps que la présidentielle n'est pas sa "priorité", il déclare le 12 juillet lors d'un meeting à la Mutualité vouloir porter son mouvement "jusqu'en 2017 et jusqu'à la victoire". À cette énième déclaration lourde de sous-entendus, les appels à la démission fusent.

Emmanuel Macron a donc fini par choisir cette voie. "Je souhaite entamer une nouvelle étape de mon combat politique [et] construire un projet qui serve uniquement l'intérêt général", déclare-t-il à Bercy, quelques heures après sa démission. Dans son discours, il concède ce que les derniers mois mettaient en évidence : "Cette démarche n’est pas compatible avec l’appartenance à un gouvernement qui restreint l’action au champ des compétences ministérielles". S'il ne précise pas sa volonté d'entrer dans la course à l'Élysée, Emmanuel Macron précise tout de même : "Dans notre Ve République, le seul moment où les débats nécessaires pour décider ces transformations peuvent utilement avoir lieu sont les campagnes présidentielles".

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