2 min de lecture Simone Veil

Décès de Simone Veil : quand la loi autorisant l'IVG était conspuée par la droite

En 1974, Simone Veil, alors ministre de la Santé, a défendu la loi dépénalisant l'avortement sous le feu des critiques et des passions.

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Interview de Simone Veil Crédit Image : AFP | Durée : |
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Ludovic Galtier
Journaliste RTL

Dans la mémoire collective, Simone Veil restera à jamais associée à la dépénalisation de l'avortement. À l'époque, les avortements clandestins sont légion. Chaque année, 300.000 femmes mettaient leur vie en danger afin de mettre un terme à une grossesse non désirée. En novembre 1974, pendant trois jours et deux nuits soit un total de 25 heures, l'ancienne magistrate, propulsée ministre de la Santé sous l'ère Valéry Giscard d'Estaing, plaide, devant une Assemblée nationale composée à la très grande majorité d'hommes, pour sa loi relative à l'interruption volontaire de grossesse (IVG), finalement adoptée par 284 voix pour et 189 contre.

Ses mots prononcés dans l'arène du palais Bourbon resteront dans l'Histoire. "Je voudrais vous faire partager une conviction de femmes. Je m’excuse de le faire devant une Assemblée constituée quasi exclusivement d’hommes : aucune femme ne recourt de gaieté de cœur à l’avortement."

À l'époque, le texte est sujet à controverse. Dans un contexte marqué par le procès de Bobigny de 1972 qui jugeait cinq femmes pour complicité ou pratique de l'avortement et par l'échec d'un premier texte du gouvernement Messmer qui ouvrait la porte à l'IVG "en cas de risque pour la santé", les autorités religieuses mais surtout les députés de son propre camp ont multiplié les pressions sur la première femme ministre d'État de la Ve République. "Sur le plan personnel, certains moments des débats parlementaires ont été difficiles même si je me suis rendu compte que certains propos étaient dus à la passion, une passion légitime", reconnaît Simone Veil dans une vidéo estampillée INA.

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"Avortoirs", "euthanasie légale"

À l'Assemblée, on assiste en effet à un déchaînement de passions. Jean Foyer, député de la majorité de droite, délivre des éléments de langage désormais inaudibles. "Le temps n'est pas loin où nous connaîtrons en France ces "avortoirs", ces abattoirs où s'entassent des cadavres de petits hommes et que certains de mes collègues ont eu l'occasion de visiter à l'étranger." Le droit à l'avortement est comparé à de "l'euthanasie légale".

Sur RTL, Alain Duhamel, alors journaliste à l'Assemblée, se souvient qu'"elle a été insultée comme personne". Illustration avec Pierre Bourson, un député de droite de l'époque, qui faisait implicitement référence au passé de Simone Veil, plusieurs membres de sa famille ayant été gazés dans les camps de concentration. "Comment osez-vous parler d'euthanasie à Madame Veil !" Dans la même veine, Hector Rolland ose qualifier ce texte de "choix d'un génocide".

D'autres députés jouaient, quant à eux, sur la corde sensible. En pleine séance, Emmanuel Hamel avait diffusé un son émanant de son propre magnétophone, dans lequel on entendait les "palpitations du cœur d'un petit être". Jean-Michel Daillet, quant à lui, dénonce les embryons "jetés au four crématoire". Enfin, Michel Debré, ancien premier ministre du général de Gaulle, voyait dans le texte de Simone Veil "une monstrueuse erreur historique" quand René Feït affirmait que si le projet était voté "il ferait chaque année deux fois plus de victimes que la bombe Hiroshima." 

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2017-06-30 11:50:00
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