3 min de lecture Décès

Décès de l'ancien ministre Jean Charbonnel

L'ancien ministre, figure du gaullisme social, est décédé ce jeudi à l'âge de 86 ans. Il emporte avec lui sa conviction, exprimée à plusieurs reprises, d'un assassinat "politique" dans l'affaire de la mort du ministre Robert Boulin en 1979.

 L'ancien ministre gaulliste Jean Charbonnel pose lors d'une conférence de presse de Fabienne Boulin-Burgeat, fille de l'ancien ministre Robert Boulin, le 24 mars 2010 à Paris.
L'ancien ministre gaulliste Jean Charbonnel pose lors d'une conférence de presse de Fabienne Boulin-Burgeat, fille de l'ancien ministre Robert Boulin, le 24 mars 2010 à Paris. Crédit : AFP / PATRICK KOVARIK
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Maire de Brive-la-Gaillarde (Corrèze) de 1966 à 1995, député de la Corrèze à trois reprises entre 1962 et 1993, Jean Charbonnel est décédé à Paris, où il résidait, après une hospitalisation consécutive à une récente dégradation de son état de santé, a-t-on indiqué à la mairie de Brive. "C'est un homme de conviction qui disparaît aujourd'hui", a réagi le président de la République dans un communiqué en ajoutant qu'il avait "cherché à donner une vision sociale au mouvement auquel il appartenait".

Secrétaire d'État aux Affaires étrangères chargé de la Coopération, sous la présidence du général de Gaulle en 1966-1967, ministre du Redressement industriel sous Georges Pompidou en 1972-1974, Jean Charbonnel était en effet le tenant d'un gaullisme social, qui jugea sévèrement les héritiers de la pensée du fondateur de la Ve République.

Opposant à "la droitisation" du RPR

Il avait démissionné en 1990 du RPR, dont il dénonçait la "droitisation" depuis les années 1970, et avait des relations notoirement conflictuelles avec Jacques Chirac, élu du même département de Corrèze. C'est sur ces terres de son grand-père, que Jean Charbonnel s'était implanté politiquement dans les années 60.

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Sur ce fond de conflit, le RPR avait opposé à Jean Charbonnel un candidat aux législatives de 1993 et aux municipales de 1995: il avait été battu. En 2002, il avait soutenu à la présidentielle Jean-Pierre Chevènement et, en 2007 Nicolas Sarkozy.

Marque du sillon atypique de Jean Charbonnel, il lui est arrivé de voter, dans les années 1980, "avec le gouvernement Rocard à Paris" tout en étant, en Corrèze, un RPR classique en conflit ouvert avec les socialistes", s'est souvenu ce jeudi le maire PS de Brive Philippe Nauche, qui a salué en son prédécesseur un "grand maire bâtisseur".

Boulin, victime d'un "règlement de comptes politique"

Père de quatre enfants, cet énarque conseiller maître honoraire à la Cour des comptes était l'auteur d'ouvrages sur le gaullisme, montrant ce qui avait été selon lui "le gaullisme authentique, trop souvent dénaturé et exploité à des fins politiciennes", comme dans Pour l'honneur du gaullisme. Contre-enquête sur un héritage (entretiens, 2011).

Mais ces dernières années Jean Charbonnel avait surtout créé la sensation en exprimant publiquement sa conviction que l'ancien ministre de Valéry Giscard d'Estaing, Robert Boulin, ne s'était pas suicidé en 1979 comme le veut la thèse officielle, mais aurait été assassiné, victime d'un "règlement de comptes politique".

Lors d'une conférence de presse en 2013, il s'était même dit prêt, faute d'une réouverture de l'enquête, à livrer à la garde des Sceaux, Christiane Taubira, les identités de deux personnes qu'Alexandre Sanguinetti, une autre figure du gaullisme, lui avait présentées fin 1979 comme étant les responsables de la mort de Robert Boulin. "On verrait ensuite avec la garde des Sceaux quelle publicité en donner", avait alors précisé Jean Charbonnel à la presse. Il avait ajouté avoir inscrit ces deux noms sur une feuille de papier, déposée sous enveloppe dans un coffre.

Aujourd'hui, tous ceux qui ont quelque chose à se reprocher dans l'affaire Boulin doivent se réjouir.

Olivier Morice, avocat de Jean Charbonnel
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Selon la thèse officielle, Robert Boulin, qui était pressenti pour Matignon mais mis en cause dans une affaire immobilière, s'est suicidé en absorbant des barbituriques. Son corps avait été retrouvé dans l'Étang Rompu à Saint-Léger-en-Yvelines (Yvelines), dans 50 cm d'eau, le 30 octobre 1979.

Jean Charbonnel "avait demandé à être entendu et la justice s'est toujours désintéressée de son témoignage", a déclaré à l'AFP Me Olivier Morice, qui était son avocat, et a salué en Jean Charbonnel "un homme politique d'une intégrité totale". "Aujourd'hui, tous ceux qui ont quelque chose à se reprocher dans l'affaire Boulin doivent se réjouir", a ajouté l'avocat.

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L'ancien ministre, figure du gaullisme social, est décédé ce jeudi à l'âge de 86 ans. Il emporte avec lui sa conviction, exprimée à plusieurs reprises, d'un assassinat "politique" dans l'affaire de la mort du ministre Robert Boulin en 1979.
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2014-02-21 07:58:19
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