5 min de lecture Affaire Bygmalion

Affaire Bygmalion : comment elle est devenue "l'affaire des comptes de campagne" de Nicolas Sarkozy

DÉCRYPTAGE - L'avocat de la société Bygmalion évoque un système mis en place à la demande de l'UMP pour ventiler les dépenses de la dernière campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy.

Jean-François Copé à Paris le 21 mai 2014. (archives)
Jean-François Copé à Paris le 21 mai 2014. (archives) Crédit : AFP / PATRICK KOVARIK
Benjamin Hue
Benjamin Hue
Journaliste RTL

L'UMP va mal. Battu par le Front national lors des élections européennes le 25 mai, le parti d'opposition est en proie à une crise interne d'une ampleur inédite dans le cadre de l'affaire Bygmalion

Un scandale financier qui convoque les noms de Jean-François Copé et de Nicolas Sarkozy, sur fond de rivalités entre fillonistes et copéistes entretenues depuis la terrible bataille pour la présidence du parti en 2012.

L'affaire Bygmalion, c'est quoi ?

C'est l'hebdomadaire Le Point qui a mis l'affaire sur la table. Dans son édition du 27 février, le journal affirme que Jean-François Copé aurait favorisé l'agence de communication Bygmalion pour fournir des prestations à l'UMP lors de la campagne présidentielle 2012 de Nicolas Sarkozy. Fondée par Guy Alvès et Bastien Millot, deux anciens collaborateurs du président de l'UMP, Bygmalion aurait ainsi empoché 8 millions d'euros entre 2010 et 2012 pour l'organisation de meetings, dont certains auraient été surfacturés.

À lire aussi
Nicolas Sakozy justice
Affaire Bygmalion : l'avocat de Nicolas Sarkozy déçu par le rejet du Conseil constitutionnel

Un coup dur pour Jean-François Copé, quelques mois seulement après la lutte fratricide qui l'a opposé à François Fillon pour prendre la tête du parti. Le président de l'UMP écrit aux militants pour se défendre et porte plainte contre Le Point pour diffamation. Une semaine plus tard, Jean-François Copé riposte lors d'une conférence de presse solennelle. Il annonce que l'UMP est prête à mettre à disposition l'intégralité de sa comptabilité si les partis politiques et les organes de presse bénéficiant d'aides publiques font de même. 

Début avril, Jean-François Copé assure dans une interview au JDD qu'il présentera à la direction de l'UMP "un exposé complet pour démontrer" que les accusations de surfacturations au profit d'une société amie "sont totalement mensongères". C'était sans compter sur Libération, qui relance l'affaire le 15 mai et affirme que l'UMP a versé près de 20 millions d'euros à Event & Cie, une filiale de la société Bygmalion, dont 12.7 millions d'euros pour une cinquantaine de conventions thématiques qui pourraient être fictives.

Comment se défend Copé ?

L'étau resserré autour de lui, Jean-François Copé a d'abord dû subir l'assaut des fillonistes. Lionel Tardy, le premier, réclame sa démission tandis que Valérie Pécresse ou Bernard Debré demandent des éclaircissements. Pressé de s'expliquer, Copé promet de lever le voile après les élections européennes, s'étonnant de la récurrence des affaires visant à discréditer l'UMP à l'approche des élections. Pour sa défense, il assure que l'affaire des facturations s'est jouée dans son dos et admet avoir seulement eu "des interrogations".

Mais rue de Vaugirard, la cohésion fait long feu. Lionel Tardy persiste et signe avec une lettre ouverte assassine à la direction de l'UMP, dans laquelle le député filloniste dénonce "le silence assourdissant du parti" sur les soupçons de fraude dont il fait l'objet depuis le mois de février dernier. Un son de cloche relayé par Bernard Debré, qui prévient : "Ceux qui sont sales, tachés, devront rendre des comptes et s'en aller". Sommé de donner des gages de transparence, Jean-François Copé assure qu'il ne se dérobera pas et qu'un "rapport sur le sujet" sera présenté "au bureau politique" qui se tient mardi matin.

Finalement, le cessez-le-feu ne résiste pas à la défaite des européennes, où le FN distance l'UMP de cinq points. François Fillon en impute la responsabilité à Jean-François Copé sitôt les résultats annoncés. Valérie Pécresse affirme qu'elle est prête à quitter la direction du parti si des décisions fortes ne sont pas prises après l'affaire Bygmalion et Lionel Tardy réclame à nouveau la tête du président de l'UMP.

Pourquoi ça devient l'affaire des comptes de campagne de Nicolas Sarkozy ?

Lors d'une conférence de presse ce lundi, l'avocat de Bygmalion apporte un nouvel éclairage sur l'affaire. Me Maisonneuve confirme l'existence d'un système de fausses factures mis en place à la demande de l'UMP pour dissimuler des dépenses liées aux meetings de Nicolas Sarkozy lors de la campagne présidentielle de 2012. Il estime à plus de dix millions d'euros le montant du litige et accable l'ancien chef de l'État en lâchant : "Je pense que c'est plutôt l'affaire des comptes de campagne" de Nicolas Sarkozy.

La rédaction vous recommande

S'il charge la barque du président-candidat, Me Maisonneuve nie en revanche tout enrichissement de Jean-François Copé "à titre personnel" ou "politiquement". Une version rapidement corroborée par Jérôme Lavrilleux. Dans un mea culpa surréaliste sur BFMTV, l'ancien directeur adjoint de la campagne de Nicolas Sarkozy admet quelques "dérapages". Au bord des larmes, il affirme que certaines dépenses de campagne ont été "ventilées sur d'autres opérations" par l'UMP. Il assure que ni Jean-François Copé ni Nicolas Sarkozy n'étaient au courant et qu'il n'y a eu "aucune malversation" ni "paiement en liquide".

Déjà épinglés par le Conseil constitutionnel en juillet dernier, les comptes de campagne de Nicolas Sarkozy sont à nouveau dans l’œil du cyclone. Sanctionnée pour un dépassement du plafond légal (22.5 millions d'euros) de 466.118 euros, l'UMP n'avait pu prétendre au remboursement public de 50% de ses frais et avait lancé un appel aux dons des militants, le "Sarkothon", pour renflouer les caisses du parti. 

Les révélations de l'avocat de Bygmalion laissent désormais entrevoir la possibilité d'un dépassement des dépenses autorisées dans une ampleur supérieure. Des perquisitions étaient d'ailleurs en cours en fin de journée au siège de l'UMP et chez Bygmalion. Avant une possible série de convocations parmi les responsables des deux camps, dans le cadre de l'enquête préliminaire pour faux et abus de confiance ouverte par le parquet de Paris le 5 mars dernier.

La rédaction vous recommande
Lire la suite
Affaire Bygmalion Politique Nicolas Sarkozy
Restez informé
Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires. Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Connectez-vous Inscrivez-vous

500 caractères restants

fermer
Signaler un abus
Signaler le commentaire suivant comme abusif
500 caractères restants
article
7772279869
Affaire Bygmalion : comment elle est devenue "l'affaire des comptes de campagne" de Nicolas Sarkozy
Affaire Bygmalion : comment elle est devenue "l'affaire des comptes de campagne" de Nicolas Sarkozy
DÉCRYPTAGE - L'avocat de la société Bygmalion évoque un système mis en place à la demande de l'UMP pour ventiler les dépenses de la dernière campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy.
https://www.rtl.fr/actu/politique/comment-l-affaire-bygmalion-est-devenue-l-affaire-des-comptes-de-campagne-de-nicolas-sarkozy-7772279869
2014-05-26 23:08:00
https://cdn-media.rtl.fr/cache/FhL3M78ABXH4S9aHj8BT2Q/330v220-2/online/image/2014/0526/7772280963_jean-francois-cope-a-paris-le-21-mai-2014-archives.jpg