6 min de lecture Élysée

Comment Christophe Castaner est devenu l'incarnation de la "Macronie"

DÉCRYPTAGE - Pièce centrale du gouvernement d'Emmanuel Macron, Christophe Castaner est désormais candidat au poste de délégué général de La République En Marche.

Christophe Castaner, le 4 novembre 2017
Crédit Image : FRANCOIS GUILLOT / AFP

Issu du Parti socialiste, et donc de l'ancien monde critiqué par Emmanuel Macron, Christophe Castaner incarne désormais la nouvelle vision de la politique souhaitée par le chef de l'État. Présent médiatiquement à ses côtés lors de la campagne présidentielle, l'ancien maire de Forcalquier (Alpes-de-Haute-Provence) est devenu porte-parole du gouvernement. Un poste qu'il occupe en multipliant sa présence dans les médias et sur les réseaux sociaux. Son rôle, selon lui ? "Protéger".

Le porte-parole du gouvernement s'est transformé en un féroce bouclier : aucune critique ne semble pouvoir atteindre le président de la République et ses ministres lorsqu'il est dans les parages. Depuis l'élection d'Emmanuel Macron, il a "porté la parole d'un gouvernement silencieux", comme le notait Le Monde en août dernier. Sa mission s'organise autour de trois piliers : "Défendre, expliquer, promouvoir", comme on peut le lire sur le site du gouvernement

À cette mission pourrait s'en ajouter une nouvelle : celle du délégué général de La République En Marche. À l'antenne de RTL, ce mercredi 25 octobre, Christophe Castaner a confirmé sa candidature. "J'ai échangé bien sûr avec Emmanuel Macron, avec Édouard Philippe, mais aussi (...) avec celles et ceux qui ont accompagné Emmanuel Macron depuis le début", a-t-il expliqué.

On a besoin d'une personnalité qui puisse débattre face à Jean-Luc Mélenchon et Laurent Wauquiez

Aurore Bergé à "20 Minutes"
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Christophe Castaner semble savoir pourquoi le président de la République l'a choisi pour candidater à ce poste. "S'il m'a choisi, et s'il a soutenu ma candidature, (...) c'est parce que, aujourd'hui, j'ai aussi le soutien, je pense, de la base des militants de REM. C'est un challenge extraordinaire", indique le candidat. Selon Aurore Bergé, porte-parole du groupe La République En Marche à l'Assemblée citée par 20 Minutes, "On a besoin de quelqu'un qui a de l'expérience, qui incarne le mouvement. Une personne avec une large surface politique et médiatique, qui a de la légitimité par rapport aux parlementaires. On a besoin d'une personnalité qui puisse aller débattre face à Jean-Luc Mélenchon et Laurent Wauquiez. Ça réduit le nombre de candidats possibles".

Dans Le Parisien, un membre de La République En Marche indique que "Castaner, il a une gueule. Il parle à tous les gens au fin fond des communes rurales". Un "collègue de la majorité" précise qu'il sera "mieux perçu par l'ensemble des territoires et nous permettrait de ne pas apparaître comme un mouvement parisianiste". 

Repère pour les députés REM et en prise direct avec Édouard Philippe

Porte-parole face aux caméras, donc, mais aussi à la tête du SAV du gouvernement grâce à l'autre facette de son poste : secrétaire d'État chargé des Relations avec le Parlement. Avec les députés de La République En Marche, Christophe Castaner étend son champ d'action. "Le véritable patron du groupe, c'est lui", racontait un conseiller de l’exécutif au Monde. Sa mission est cette fois-ci différente : remotiver les troupes. "Il oriente les députés avant des passages à la télévision. Envoie des SMS d'encouragement à des orateurs inexpérimentés qui ont raté leur intervention", rajoute Le Figaro. Le membre du conseil d'administration de La République En Marche, Arnaud Leroy, explique au journal que "Christophe est un porteur de burettes, en référence à ces récipients d'huile qu'on verse sur les moteurs. Il est là depuis le départ, connaît tout le monde, transmet les messages". 

Un autre élément aurait aussi poussé Christophe Castaner à la tête des personnalités du gouvernement : son entente avec Édouard Philippe. À l'origine, les deux hommes se connaissent peu. Mais ils se seraient rapprochés grâce à leur expérience d'élu local. Le premier a été maire de Forcalquier de 2001 à 2017 et le second, maire du Havre de 2010 à 2017.


"On s'est rendu compte qu'en tant que maire, on faisait du dépassement politique comme monsieur Jourdain faisait de la poésie, même si j'assume les différences entre gauche et droite", confie l'ancien maire de Forcalquier aux Échos. Le Premier ministre apprécierait le côté "cash" de son secrétaire d'État, comme l'explique son entourage, qui ajoute : "Casta est au front, il fait un travail de Titan". Dans l'entourage du chef de l'État, on reconnaît que "ce qui sort de la bouche de Christophe pourrait sortir de celle du Président". 

Seul point d'entrée d'une communication fermée

Avec une communication verrouillée, Christophe Castaner est devenu la seule voie d'accès afin de décrypter le "personnage Macron". C'était d'ailleurs l'argument employé par l'Élysée, comme le révélait Le Monde, pour expliquer pourquoi Emmanuel Macron ne s'est pas prêté au jeu de l'interview du 14 juillet. Le chef de l'État dispose d'une "pensée complexe" qui se "prête mal au jeu des questions-réponses avec des journalistes". Plus qu'un porte-parole, Christophe Castaner est devenu la seule parole du gouvernement. Sur des sujets de fond, mais aussi en réponse à des polémiques sur la communication du gouvernement et de l'entourage d'Emmanuel Macron, le porte-parole rend coup pour coup.

Et tout ceci a commencé dès les premiers instants de sa prise de fonctions à ce poste. Lors du premier Conseil des ministres, qui s'est déroulé le 18 mai dernier, les journalistes et les photographes attendent la sortie des ministres et la première photo du gouvernement. Mais il n'en sera rien. La cour de l'Élysée sera fermée et les journalistes invités à se rendre dans la salle presse pour le point de Christophe Castaner.

L'initiative ne passe pas auprès des médias, qui craignent alors un verrouillage complet de la communication de l'Élysée et de Matignon. C'est donc dans une atmosphère très tendue que le porte-parole du gouvernement fait son premier compte-rendu du Conseil des ministres. Les questions des journalistes ont fusé sur ce sujet. Sibeth Ndiaye, responsable de la communication de l'Élysée, lui lance : "Tu es prêt ? Ils sont déchaînés !". À la sortie, il lui répond : "Tu me fais plus jamais ça !".

Des prises de paroles tranchées

Depuis, tout semble s'être enchaîné avec la même intensité. Au fil des semaines, le porte-parole a pris son rôle à bras le corps. Tous les sujets sont bons pour rappeler la position d'Emmanuel Macron et du gouvernement. De la réforme du Code du travail, en passant par la loi Confiance et par le bilan des 100 premiers jours à l'Élysée, Christophe Castaner est partout. Il monte aussi au créneau sur les polémiques sur l'affaire Pénicaud, la baisse des APL et la démission du général de Villiers. Sur ce dernier sujet, l'ancien socialiste avait relancé les critiques.

Dans les colonnes du Figaro, il estimait que Pierre de Villiers avait été "déloyal dans sa communication" et avait "mis en scène sa démission". Selon le journaliste Ivan Levaï, invité d'On refait le monde, "il fallait quand même que quelqu'un réplique, parce que le Président était obligé de répliquer en termes présidentiels, même si la phrase a pu énerver ("Je suis le chef des armées", avait déclaré Emmanuel Macron ndlr)". Mais pour Didier Testot, fondateur de La Bourse et la vie, "il aurait pu s'arrêter là et arrêter les frais". 

Les propos de Christophe Castaner ont d'autant plus détonné que la ministre des Armées, Florence Parly était restée muette. Dans un édito sur BFMTV, Christophe Barbier expliquait que "c'est elle qui aurait dû porter le clash budgétaire avec Villiers. En tant qu'ancienne secrétaire d'État au Budget, responsable des Armées, elle a laissé s'installer un duel président-chef d'état-major, elle était complètement ailleurs". 

Même s'il indique en coulisse n'être qu'un "émetteur" qui "porte la parole des autres", ce proche d'Emmanuel Macron va une nouvelle fois amplifier son rôle de porte-parole avec le dossier de la baisse des APL. Il affirmait le 26 juillet dans un entretien au Parisien : "J'assume le fait que ça peut paraître brutal, mais si on ne fait rien, on ne pourra pas payer l'APL à la fin de l'année. Voilà pourquoi nous engagerons dès l'automne une réforme de la politique du logement". Là encore les autres membres du gouvernement étaient restés muets sur le sujet.

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