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Macron a-t-il reculé sur les droits des salariés démissionnaires ?

DÉCRYPTAGE - Le Président a annoncé que les salariés démissionnaires auraient droit au chômage à plusieurs conditions. Ce n'était pas le cas pendant la campagne.

Emmanuel Macron lors de son interview télévisée du 15 octobre
Emmanuel Macron lors de son interview télévisée du 15 octobre Crédit : PHILIPPE WOJAZER / X00303 / AFP
Ludovic Galtier
Ludovic Galtier
Journaliste RTL

"Je fais ce que j'ai dit". C'est l'un des messages qu'Emmanuel Macron a adressé aux Français au cours de sa première interview à la télévision, dimanche 15 octobre. Interrogé sur sa future réforme de l'assurance-chômage, actuellement en négociations, le chef de l'État a toutefois fait preuve de prudence lorsqu'il s'est agi d'évoquer l'ouverture des droits aux chômage aux personnes démissionnaires.

"Tous les cinq ans, six ans, sept ans, on peut donner ce droit aux salariés. Il faut que l'on regarde les choses, et il faut le donner s'il y a un projet. Celui qui en a assez, on ne va pas lui donner comme ça l'accès au chômage mais celui qui, au bout de 5 ans, 6 ans, 7 ans, a un autre projet, qu'on lui donne la possibilité de toucher le chômage pour mener cet autre projet", a-t-il expliqué sur les antennes de TF1 et LCI.

Avec cette déclaration, le président de la République prend donc ses distances avec sa propre proposition de campagne. Le 10 décembre 2016, Emmanuel Macron prononce son premier discours de candidat à la présidence de la République, à Paris : "Je veux que tous les cinq ans, tous les salariés puissent avoir accès à ce droit au chômage s'ils décident de démissionner". Celui qui portait alors les couleurs du jeune mouvement "En Marche !" détonait avec cette proposition inédite. Précis sur le calendrier, il ne conditionnait pas cette opportunité offerte à tous les travailleurs, professions libérales et indépendants compris.

Comment expliquer ce revirement ?

Le montant trop élevé de la mesure peut-il expliquer ce revirement ? La mesure, budgétée à 2 milliards d'euros par an pendant la campagne électorale, coûterait en réalité 3 milliards d'euros chaque année, selon les informations de Martial You, rédacteur en chef du service économie de RTL, et entre 8 et 14 milliards d'euros, selon les chiffres, la première année. Une dépense sans doute trop importante au vu de la situation : l'assurance-chômage cumule une dette de plus de 30 milliards d'euros et va encore perdre plus de 3 milliards d'euros cette année.

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Syndicats de salariés et du patronat ont très vite tiré la sonnette d'alarme : les premiers craignent que, pour maintenir l'équilibre du régime, les droits de l'ensemble des chômeurs ne soient réduits. Quant au second, il s'inquiète d'une hausse des cotisations. "Bien sûr qu'on craint une (nouvelle) cotisation, on ne peut pas rêver au Père Noël", avait lancé François Asselin, président de la CPME, à la presse quelques jours avant l'interview du Président. Emmanuel Macron montre ainsi qu'il les a entendus.

Un droit qui confère une obligation

Aujourd'hui, la démission ne permet pas de prétendre au chômage. L'esprit de la mesure est de s'attaquer à la rupture conventionnelle, "qui alimente les prud'hommes chaque jour" et qui coûte cher aux entreprises. Emmanuel Macron voit dans cette opportunité un "véritable droit à la mobilité professionnelle, qui reconnaît à tous les travailleurs du pays la possibilité d'être couverts contre les risques".

Les salariés démissionnaires qui bénéficieront de la réforme devront s'acquitter d'une obligation, puisque les contrôles des chômeurs seront renforcés. "Lorsqu'une offre d'emploi existe, qu'elle est décente et qu'elle correspond aux compétences de la personne, il faudra l'accepter", disait-il à l'époque. Sur ce point, Emmanuel Macron n'a pas changé de discours. Dans ce cas de figure, le chômeur ne pourra pas refuser plus de deux offres d'emplois dites "décentes". Un concept auquel le gouvernement va devoir encore trouver une définition.

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