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"Ce que l'on veut, c'est davantage de clarté", témoigne un attaché parlementaire

Avec l'affaire Penelope Fillon en arrière-plan, les dessous de la profession de collaborateur parlementaire sont mis en lumière.

Le Palais du Luxembourg, siège du Sénat (photo d'illustration)
Le Palais du Luxembourg, siège du Sénat (photo d'illustration) Crédit : LIONEL BONAVENTURE / AFP
Clarisse Martin
Clarisse Martin
Journaliste

"L'affaire Penelope Fillon, ce n'est pas notre problème. Mais je lui dis presque merci car cela nous permet de poser des questions sur notre statut", commence Thierry Besnier pour RTL.fr, collaborateur parlementaire de la députée Isabelle Bruneau (PS). Collaborateur, assistant ou attaché parlementaire. Trois termes pour désigner la même profession - relativement méconnue - exercée par des femmes et des hommes dans l'ombre des députés et des sénateurs. Penelope Fillon l'aurait exercée pendant plusieurs années, employée par son mari lorsqu'il était sénateur de la Sarthe, puis le suppléant de ce dernier, Marc Joulaud. Un emploi que la justice soupçonne d'avoir été fictif.

À 40 ans, Thierry Besnier travaille à l'Assemblée nationale depuis 4 ans. D'abord aux côtés de la députée d'Ille-et-Villaine Marianne Chapdelaine (PS), et depuis janvier 2014 à ceux d'Isabelle Bruneau, députée de l'Indre. À l'Assemblée nationale ou en circonscription, les députés ont le droit d'embaucher 5 collaborateurs, avec une enveloppe de 9.561 euros brut mensuels consacrée à leur rémunération. À Paris, Thierry Besnier est le seul. Un autre collaborateur travaille dans l'Indre, dans la circonscription d'Isabelle Bruneau. 

Mardi 7 février, il a participé au rassemblement d'une centaine d'assistants parlementaires, principalement du Sénat, devant le palais du Luxembourg. Au milieu des banderoles "nous ne sommes pas des Penelope", une revendication principale : une meilleure reconnaissance de leur travail et de leurs droits. Car travailler sous les ors de la République n'est pas forcément synonyme de stabilité, encore moins d'uniformité. Les collaborateurs sont embauchés par le parlementaire, et non par l'Assemblée nationale ou le Sénat. Et d'un député ou sénateur à l'autre, les conditions de travail des collaborateurs ne sont pas identiques, faute d'un droit uni sur la question. 

Je n'ai pas de tâche bien définie dans mon contrat

Thierry Besnier, attaché parlementaire
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"Je n'ai pas de tâche bien définie dans mon contrat", explique Thierry Besnier, qui exerce principalement un travail de veille et de documentation, sur des textes de lois précis par exemple. Parfois, il est amené à faire du secrétariat, ou à représenter Isabelle Bruneau. "Mon  travail, c'est d'aider ma députée à être dans les meilleures dispositions pour exercer ses missions : légiférer et contrôler l'exécutif".

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Titulaire d'un bac+4, il est militant politique depuis de longues années. Notamment à l'Unef et SOS Racisme, ce qui n'est pas le cas de tous les attachés parlementaires, précise-t-il. Désormais, il est engagé dans la branche Force ouvrière du Syndicat national des collaborateurs parlementaires. Un engagement facultatif, à défaut d'un véritable délégué du personnel. C'est peut-être là que le bât blesse, pointe d'ailleurs Thierry Besnier. Étant employés directement par leur député ou sénateur, les attachés parlementaires ne bénéficient pas d'instances de représentation ou même de CHSCT (Comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail), obligatoires dans les entreprises de plus de 50 salariés. 

Rémunération et indemnités de licenciement à la discrétion du parlementaire

Pour son contrat de 35 heures par semaine, il gagne 3.000 euros net mensuels, avec une prime d'aide à la garde d'enfants de 300 euros depuis un an. S'il semble satisfait de sa situation, il a aussi des revendications, notamment liées à la précarité de la profession, car leur sort est lié à celui de leur employeur. Si Isabelle Bruneau n'est pas réélue aux législatives de 2017, le CDI de Thierry Besnier sera automatiquement rompu. Un licenciement pour motif personnel, et non économique. Il s'agit là d'un des points que le rassemblement devant le Sénat visait à dénoncer, car un licenciement économique permettrait de meilleures allocations chômage et un meilleur accompagnement pour trouver un autre emploi.  "Ce n'est quand même pas de notre faute si notre député n'est pas réélu", pointe Thierry Besnier. Pour la sénatrice de la Gironde François Cartron (PS), présidente de l'Association pour la gestion des assistants des sénateurs (AGAS), contactée par RTL.fr, "le contrat de travail n'est pas adapté à la fonction."

Et si la rémunération - que ce soit son montant ou la prise en compte des heures supplémentaires - est à la discrétion du parlementaire, avec un minima et dans la limite de l'enveloppe allouée, il s'agit du même principe pour les indemnités de licenciement. Certains assistants en bénéficient, d'autres non. Une situation également mise en lumière par l'affaire Penelope Fillon, qui aurait touché 45.000 euros d'indemnités de licenciement, selon Le Canard Enchaîné. "Mais ce n'est pas le non-droit pour autant", tempère François Cartron. "Les choses se passent comme dans uns grande entreprise". Sauf que celle-ci est constituée de 348 ou 577 très petites entreprises, autant qu'il y a de sénateurs ou de députés.

"Tout ce que l'on veut, c'est davantage de clarté", insiste l'assistant d'Isabelle Bruneau, qui considère que cela aurait pu empêcher des imbroglios comme celui dans lequel est plongé le couple Fillon. "On est discrets, mais pas invisibles, s'amuse-t-il. Je n'aurai même pas besoin de 15 minutes avec mon téléphone au parquet financier pour prouver l'effectivité de mon travail."

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