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Benoit XVI engage la béatification de Pie XII

Le Vatican a fait savoir samedi que les "vertus héroïques" des papes Jean-Paul II et Pie XII étaient désormais reconnues. C'est une étape nécessaire vers la béatification. Le processus de béatification de Pie XII risque de provoquer une grosse polémique. La chronique d'Alain Duhamel.

La Semaine Politique - Duhamel
Alain Duhamel Journaliste RTL

Benoît XVI a décidé d'ouvrir la voie de la béatification en faveur de deux de ses prédécesseurs : Jean-Paul II et Pie XII. S'agissant de Jean-Paul II, cela ne posera pas l'ombre d'un commencement de problème. Jean-Paul II était non seulement le pape le plus médiatique, le plus charismatique, probablement le plus populaire de l'histoire, compte tenu de ce que sont, aujourd'hui, les moyens d'information. Qu'il ait des "vertus héroïques", effectivement, il en a eu pendant sa vie. Et qu'il soit quelqu'un devenu de "vénérable" : oui, il est vénérable au sens le plus littéral du mot.

S'agissant de Pie XII, c'est complètement différent. Pie XII était le pape qui était au Vatican pendant la période de la seconde guerre mondiale. C'était, au sein de l'église catholique, le grand spécialiste de l'Allemagne. Il avait été 12 ans nonce, d'abord en Bavière, puis à Berlin. C'est lui qui, ensuite, comme Secrétaire d'État - c'est-à-dire, en fait, qu'il était le bras droit de Pie XI - avait négocié le statut de l'église catholique avec le national-socialisme, avec les nazis. Et, pendant la guerre, on le sait bien, malgré les persécutions abominables dont ont été victimes les juifs, il a voulu garder le silence. Il a bien eu, à Noël 1942, un message elliptique, mais totalement incompréhensible pour le commun des mortels et même peut-être pour les autres, d'ailleurs.

Pour le reste, alors qu'il savait, alors qu'il était même, probablement, l'homme le mieux informé du monde, en particulier par l'épiscopat polonais, il n'a rien fait de public. Il a accepté - il a peut-être d'ailleurs souhaité que, quand les juifs italiens, à leur tour, ont été persécutés, ils soient accueillis, pour certains, dans des institutions chrétienne - mais, même à ce moment-là, il n'a pas élevé l'ombre d'une condamnation. C'est-à-dire, en clair : il a choisi de défendre d'abord les intérêts de l'église catholique, plutôt que de prendre le moindre risque au bénéfice des juifs, alors même que sa parole aurait eu, à cette époque-là, un retentissement gigantesque, y compris en Allemagne.

Donc, cela signifie que Benoît XVI a décidé de rouvrir une polémique à propos de Pie XII.

Comment expliquer cette décision ?

On va dire, comme d'habitude, dans ces cas-là, par complaisance : qu'il est âgé, qu'il est malade, qu'il est mal entouré. Tout cela, ce sont des fariboles. On sait très bien l'âge qu'il avait quand il a été élu. Intellectuellement, il est en très bonne forme et son entourage, c'est lui qui l'a choisi.

Donc, en réalité, le fond des choses c'est que, contrairement à son prédécesseur, Jean-Paul II, qui était un pasteur et un homme d'État, Benoît XVI, c'est un grand intellectuel très intelligent, très érudit, très compétent, très bon théologien, mais qui vit dans l'église éternelle et pas dans le monde contemporain.

Qu'il n'a aucune idée du retentissement de ce qu'il peut décider ou faire, et qui est, sur le fonds, très dogmatique. Ce qui est assez choquant dans cette affaire c'est que, par-dessus le marché, il est - on le sait bien - d'origine allemande, ce qui aurait dû lui donner quelques motifs supplémentaires de réflexion.

Comment va réagir l'Église de France ?

Elle a réagi avec embarras, d'ailleurs. Il y a un signe : toute une page dans le Journal du Dimanche, hier, d'interview du cardinal-archevêque de Paris. Il n'y a pas eu un mot sur cette question. Comme il est évident que la question lui a été posée d'une manière ou d'une autre - à un moment ou à un autre - c'est qu'il n'a pas voulu répondre.

Alors, le porte-parole de l'Episcopat, lui, s'est exprimé mais, disons, avec une langue de bois digne de Rama Yade. Il n'y a que le journal "La Croix" qui ait fait honnêtement et courageusement son travail, avec beaucoup de modération et, en même temps, avec beaucoup de clarté et de franchise. Mieux que l'Église de France.











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