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Benoît Hamon : "Le départ à la retraite à 60 ans relève de la justice sociale"

Le porte-parole du Parti socialiste répondait aux questions de Jean-Michel Aphatie lundi matin. La réforme des retraites en préparation est injuste parce qu'elle privilégie une minorité des Français, les plus favorisés, a déclaré Benoît Hamon. Relever l'âge légal ou allonger encore la durée de cotisation, "cela revient à dire que l'essentiel de la retraite doit reposer sur les salariés et les futurs retraités qu'ils seront. Je ne trouve pas cela très courageux", a-t-il dénoncé.

Jean-Michel Aphatie
Jean-Michel Aphatie
Journaliste RTL

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Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Benoît Hamon.

Benoît Hamon : Bonjour, Jean-Michel Apathie.

On ne connaît pas encore précisément le détail de la réforme des retraites que le gouvernement présentera demain soir ou mercredi matin, mais le Premier ministre François Fillon a déclaré ceci samedi : "Il serait lâche de notre part de dire aux Français que leur retraite pourrait être assurée sans prolonger la durée d'activité et sans toucher à l'âge légal et au symbole des 60 ans." A sa manière, le Premier ministre vous traite de "lâche", Benoît Hamon.

Oui, je vais passer sur ce genre d'argument pour retourner la question : qu'y a-t-il de courageux à toujours s'attaquer à l'immense majorité des Français et jamais à celles et ceux, qui aujourd'hui sont les plus puissants ? Qu'y a-t-il de courageux à ne pas s'attaquer aux banques, à considérer aujourd'hui que l'essentiel de la réforme des retraites doit reposer et sur les salariés et sur les futurs retraités qu'il seront. Je ne trouve pas ça très courageux. J'observe que cette mesure qui est inspirée par ce qui se passe ailleurs en Europe, confirme le fait que tant qu'en Europe nous serons dans un environnement de concurrence fiscale et de concurrence sociale, nous assisterons à une baisse des standards sociaux partout en Europe.

C'est la conséquence d'un phénomène que nous avions, nous Parti socialiste, identifié depuis longtemps, et qui aujourd'hui se déroule en France, s'exécute à l'initiative du gouvernement en France. Mais je trouve qu'il n'y a aucun courage à expliquer aujourd'hui que c'est la majorité qui va payer la réforme des retraites. J'observe que la priorité de ce gouvernement c'est la minorité, notre priorité à nous, ce sera la majorité.

Vous dîtes aujourd'hui..Vous dites Benoît Hamon, le Parti socialiste dit que si la réforme des retraites comme l'entend le gouvernement, c'est-à-dire si l'âge légal de la retraite à 60 ans est modifiée, vous reviendrez à ces 60 ans si vous gagnez l'élection présidentielle de 2012...

Absolument, je le confirme.

Le déficit de la Sécurité sociale a été, l'an dernier, de 20 milliards. Il sera cette année de 27 milliards. Il sera l'année prochaine de 28 milliards...

Oui, ça ne nous a pas échappé !

La branche retraite a bien sûr une part importante dans tous ces déficits. Et on se dit qu'en 2012, qu'étant donné la situation financière, il sera très difficile, voire impossible de revenir sur les 60 ans.

D'abord, j'observe que cette mesure qui sera celle mise en œuvre de la Droite, sera une mesure progressive qui ne consiste pas, je l'espère, à faire passer l'âge légal de départ à la retraite de 60 à 63 ans, et l'âge de départ légal à taux plein de 65 ans à 68 ans, en une seule fois. Donc ce sera lissé. Nous nous prenons...

Mais les effets seront quand même...

Mais la question est de savoir : y a-t-il d'autres recettes possibles ou pas ? Nous, nous disons "oui", et nous les avons chiffrés, nous les avons expliqués en long et en large et nous disons aujourd'hui que ces recettes existaient. C'est pourquoi nous prenons l'engagement aujourd'hui de rétablir l'âge de départ légal à la retraite pour les millions de salariés pour lesquels c'est une liberté fondamentale, et de cesser de raisonner sur ce sujet, comme des catégories supérieures qui parlent à d'autres catégories supérieures. La majorité des Français, oui, a besoin aujourd'hui de pouvoir se dire qu'elle peut partir à 60 ans, et c'est justice sociale.

Et donc vous continuerez à dire que si vous gagnez, vous reviendrez sur les 60 ans.

Mais il n'y aura rien de pire que de dire le contraire. Ce sont des engagements...

Vous le ferez ?

Oui, ce sont des engagements que nous prenons. Ce n'est pas le dire juste pour gagner une élection, et à ne pas le faire ensuite.

On a noté, mais c'est passé un peu inaperçu, que certains socialistes s'inquiètent de l'état des finances publiques. Le journal "Le Monde" a notamment fait état d'une note faite par l'un des spécialistes du Parti socialiste, Dominique Lefevre, qui est par ailleurs maire de Cergy-Pontoise : "Attention, écrit-il, soyez bien conscients - c'est aux régions socialistes qu'il s'adresse - que la gravité de la situation des finances publiques françaises imposera de prendre des décisions difficiles". Sous entendu, peut être que vous n'en n'avez pas conscience.

Mais il a parfaitement raison Dominique Lefevre. La question est, dès lors qu'on crée une recette supplémentaire elle pourra pas à la fois servir à financer une nouvelle ambition en matière éducative, à financer de nouveaux services publics, et en même temps à combler le déficit des retraites. Il faudra choisir et arbitrer ce que seront nos priorités. Mais j'observe aujourd'hui, que quand le premier ministre annonce 45 milliards de baisse de la dépense publique...

... D'ici à 2013...

... D'ici quatre ans. Ca veut dire quoi ? C'est qu'on peut concevoir aujourd'hui qu'il y ait des services publics qui soient moins utiles que d'autres. Mais là, en l'occurrence, ce sera des classes surchargées, des urgences des hôpitaux service public, absolument indispensables, qui continueront à être asphyxiés, des infirmiers anesthésistes sur lesquels, comme c'est le cas, sur lesquels on fera des économies, de la sécurité qui sera une sécurité remise en cause parce qu'il y aura moins d'effectifs, des routes qui cesseront, ou en tous cas qui seront moins entretenues qu'avant. C'est-à-dire, des services publics indispensables.

Et donc...

J'observe aujourd'hui, que ce choix politique là, est un choix qui va peser sur l'immense majorité des Français. En quoi le service public, c'est fondamental ?  C'est que ça protège d'abord les plus vulnérables. Or là encore, ce sont les plus vulnérables qui paieront les premiers, les conséquences de cette réduction des dépenses sur des services publics qui sont indispensables. Alors, on nous annonce aussi 50 milliards de recettes nouvelles. Mais j'observe que ce sont essentiellement des recettes nouvelles liées au retour de la croissance - très hypothétique - car, même quand ça allait bien partout dans le monde, j'observe qu'en France, ça allait quand même moins bien qu'ailleurs.

Selon vous, il ne faut pas réduire les dépenses publiques, c'est ça votre message aujourd'hui Benoît Hamon ?

Notre objectif c'est : aujourd'hui de se fixer un objectif de réduction des déficits publics, sans doute, mais qui passe...

... Par une réduction des dépenses publiques...

... Mais qui passe par une augmentation prioritaire des recettes.

Donc des impôts...

Mais évidement des impôt ! Mais dès lors qu'ils pèsent différemment sur les uns et les autres. Qu'ils pèsent différent sur le capital que sur le travail. Qu'ils pèsent différemment sur ceux qui sont les plus fortunés et ceux qui le sont moins.

Il y a un magot caché en France ?

Mais ce n'est pas qu'il y a un magot caché, il y a des gens, oui, qui pourrait payer plus d'impôts. Mais il y a surtout des entreprises...

Donc, il y a un magot caché.

Oui si vous voulez, vous pouvez l'expliquer comme vous voulez. C'est justice fiscale. La justice fiscale c'est quoi : c'est de rendre plus progressif l'impôt sur le revenu. Nous, nous avons un projet qui consiste à fusionner la CSG et l'impôt sur le revenu, et de créer plusieurs tranches supplémentaires, de façons qu'on paye davantage en fonction de ses facultés contributives. Qui peut le plus, doit pouvoir payer plus. Et ensuite, nous avons comme objectif, un impôt sur le patrimoine qui soit beaucoup plus transparent, beaucoup plus clair que ça n'existe aujourd'hui, et d'organiser différemment la fiscalité sur les bénéfices des sociétés, avec un choix aussi, de faire en sorte que la politique fiscale puisse servir la croissance. D'où notre proposition de moduler l'impôt sur les bénéfices des sociétés en fonction des profits réinvestis, ou des profits distribués sous forme de dividendes.

Les riches, l'argent, c'est donc au cœur du débat politique. Jean-Luc Mélanchon, président...

Mais ce n'est pas sale de parler de cela. Mais j'ai l'impression parfois que ça choque.

Non, non, je n'ai pas dit ça. Jean-Luc Melanchon, président du Parti de gauche, était à votre place lundi dernier, et à propos des joueurs de football, il a dit ceci : "Moi, je ne suis pas très footeux, alors donc je n'ai qu'une chose à vous dire, c'est que ça m'a toujours choqué de voir des Rmistes applaudir des millionnaires". D'accord, pas d'accord Benoît Hamon ?

Je pense que les Rmistes n'applaudissent pas les millionnaires, ils applaudissent le jeu.

Mais les joueurs de foot, ce sont des millionnaires ?

Beaucoup de ceux qui sont à la Coupe du monde, oui, mais la question du foot business dont on a beaucoup parlé, pour lequel ce gouvernement a une responsabilité. Je veux juste souligner qu'il y a un fonds qui est un fonds, qui permet normalement à ce que le foot professionnel finance le foot amateur. Ce fonds va voir son montant baisser de près de 6 millions d'euros l'année prochaine. Voilà un sujet qui est un sujet lourd.

Quand vous applaudissez des joueurs de foot, Benoît Hamon, puisque vous aimez le foot, vous applaudissez des millionnaires ?

J'applaudis le jeu, j'applaudis le football...

Benoît Hamon était l'invité de RTL ce matin.


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Le porte-parole du Parti socialiste répondait aux questions de Jean-Michel Aphatie lundi matin. La réforme des retraites en préparation est injuste parce qu'elle privilégie une minorité des Français, les plus favorisés, a déclaré Benoît Hamon. Relever l'âge légal ou allonger encore la durée de cotisation, "cela revient à dire que l'essentiel de la retraite doit reposer sur les salariés et les futurs retraités qu'ils seront. Je ne trouve pas cela très courageux", a-t-il dénoncé.
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2010-06-14 09:00:00