3 min de lecture Barrage de Sivens

Barrage de Sivens : "Une opposition bien discrète", note Élizabeth Martichoux

REPLAY - Dans l'affaire du barrage de Sivens, l'opposition de droite soutient - c'est assez rare - la majorité. Une solidarité tactique ou idéologique ? Décryptage.

L'Edito Politique - Olivier Bost L'Edito politique Olivier Bost iTunes RSS
>
Barrage de Sivens : "Pourquoi l'opposition est-elle si discrète ?" Crédit Image : RTL.fr | Crédit Média : RTL | Date :
La page de l'émission
245_MARTICHOUX
Elizabeth Martichoux Journaliste RTL

Le président socialiste du Conseil général du Tarn a annoncé mercredi 29 octobre qu'il envisageait de "suspendre les travaux" sur le site du barrage contesté de Sivens, après le décès dimanche dernier d'un manifestant de 21 ans qui fait désormais l'objet d'une information judiciaire. Ce qui est frappant dans cette affaire, c'est le soutien de l'opposition à l'exécutif. Une telle sobriété, ce n'est pas si fréquent.

On a même vu mardi les bancs de la droite applaudir franchement Manuel Valls et Bernard Cazeneuve. Les députés UMP, adeptes de la politique politicienne, professionnels de l'opposition (c'est leur rôle, d'ailleurs), sont ici d'une retenue inhabituelle à l'égard du pouvoir. "Ceux qui attaquent le ministre de l'Intérieur et les forces de l'ordre, par automatisme idéologique, sont irresponsables", a écrit Éric Ciotti sur Twitter.

Le maintien de l'ordre est dans les gènes de la droite

La droite se réjouit du spectacle des divisions à gauche. Elle se délecte forcément du spectacle de cette guerre entre les Verts et le pouvoir, alors qu'il y a encore six mois il y avait des ministres écolos au gouvernement. Mais il y a plus que cela, à commencer par des raisons purement idéologiques.

La priorité de la droite, c'est l'État de droit

Élizabeth Martichoux
Partager la citation

La plus évidente, c'est que la droite a toujours été du côté du maintien de l'ordre. En tête de ses valeurs cardinales, il y a la sécurité, tandis qu'à gauche arrive en premier l'égalité. Défendre les institutions que sont la police et la gendarmerie, cela fait partie de ses "fondamentaux".

À lire aussi
Des gendarmes déployés à Sivens, en octobre 2016 justice
Toulouse : un gendarme condamné pour le mauvais usage d'une grenade de désencerclement

Quand il y a violence, destruction de biens, entrave au développement économique, la droite privilégie toujours la fermeté. Sa priorité, c'est l'État de droit. Elle déteste ces mouvements Verts radicalisés proches de l'extrême gauche, qu'elle soupçonne d'être les vecteurs d'une nouvelle violence très difficile à canaliser par les forces de l'ordre.

Solidarité de partis de gouvernement

La droite se souvient du drame de Malik Oussekine en 1986, ce jeune tué au cours des manifestations anti-Devaquet. Beaucoup, comme Bruno Le Maire, soulignent que la gauche, à l'époque, n'a pas fait preuve de la même discrétion quand le drame s'est produit. Elle s'est déchaînée contre Pasqua, notamment. C'est un fait, mais ce n'est pas non plus comparable. 

À l'époque, c'est toute la jeunesse dans toute la France qui s'enflamme contre une réforme éducative. Là, c'est une manifestation circonscrite à un petit périmètre du Tarn. En 1986, les manifs duraient depuis quinze jours, alors que les Français ont découvert la mobilisation anti-barrage le week-end dernier. Enfin, le jeune Malik Oussekine souffrait certes d'insuffisance rénale, mais il a bien été roué de coup  par deux policiers. Dans le cas de Rémi Fraisse, l'implication des gendarmes, si elle est confirmée officiellement, serait moins délibérée.

La droite se souvient du drame de Malik Oussekine en 1986

Élizabeth Martichoux
Partager la citation

Cela n'enlève rien au drame que constitue cette mort insupportable, mais le contexte n'a rien à voir. Ceux qui mettent les deux événements exactement sur le même plan sont tout de même de mauvaise foi. Il reste que la droite a été traumatisée par cet épisode de 1986. Elle sait d'expérience que faire face à des manifestations violentes de jeunes est une épreuve pour le pouvoir, quel qu'il soit.

Dans le fond, il y a une forme de solidarité de partis de gouvernement qui s'exprime dans cet épisode politique. Une solidarité qui  transcende leurs différences.

Paix des braves

La droite a un autre motif de soutien au gouvernement : comme beaucoup au PS, elle est favorable à ces chantiers publics. Ces manifestants qui tentent d'empêcher la construction d'un barrage, qui a pourtant obtenu toutes les autorisations possibles et imaginables, pour elle c'est un cauchemar.

Elle n'a d'ailleurs pas digéré l'abandon du chantier de l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes à Nantes. Pas question d'être du côté de ceux qui refusent le projet de Sivens, d'autant qu'il est en grande partie dédié aux agriculteurs de la FNSEA, proche de l'UMP.

Soyez sûrs d'une chose : si le gouvernement impose au conseil général du Tarn d'enterrer sans le dire ce projet, alors finie la paix des braves. Les élus UMP retrouveront instantanément leurs réflexes d'opposition. 

La rédaction vous recommande
Lire la suite
Barrage de Sivens UMP Polémique
Restez informé
Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires. Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Connectez-vous Inscrivez-vous

500 caractères restants

fermer
Signaler un abus
Signaler le commentaire suivant comme abusif
500 caractères restants
article
7775085384
Barrage de Sivens : "Une opposition bien discrète", note Élizabeth Martichoux
Barrage de Sivens : "Une opposition bien discrète", note Élizabeth Martichoux
REPLAY - Dans l'affaire du barrage de Sivens, l'opposition de droite soutient - c'est assez rare - la majorité. Une solidarité tactique ou idéologique ? Décryptage.
https://www.rtl.fr/actu/politique/barrage-de-sivens-une-opposition-bien-discrete-note-elizabeth-martichoux-7775085384
2014-10-30 08:21:00
https://cdn-media.rtl.fr/cache/cLQyJ8TjCjCrBVVf-5oLSQ/330v220-2/online/image/2014/1027/7775017845_elizabeth-martichoux.jpg