3 min de lecture Attentats à Paris

Attentats de Paris : Bernard Cazeneuve rejette les failles pointées par la commission d’enquête parlementaire

Le ministre de l'Intérieur a rejeté la proposition de la commission d'enquête contre le terrorisme pour créer une agence nationale ad hoc.

Bernard Cazeneuve à Velaux (Bouches-du-Rhônes) le 4 juillet 2016.
Bernard Cazeneuve à Velaux (Bouches-du-Rhônes) le 4 juillet 2016.
Geoffroy Lang
Geoffroy Lang
et AFP

Au terme de 200 heures d'auditions, la commission d'enquête parlementaire créée après les attentats du 13 novembre 2015 a rendu ses conclusions le 5 juillet dernier. Parmi les propositions des parlementaires pour combler les carences de la France en matière de lutte contre le terrorisme, la création d'une agence nationale de lutte contre le terrorisme directement sous l'autorité du Premier ministre. Une idée qui est loin de séduire l'intéressé. Bernard Cazeneuve a jugé que cette nouvelle agence ne ferait qu'ajouter un nouvel étage au "millefeuille".

Interrogé lors des questions au gouvernement par le député socialiste Sébastien Pietrasanta, rapporteur de la commission, sur les suites qu'il entend donner à ses 40 propositions, dont la création de cette agence nationale est une clé de voûte, Bernard Cazeneuve a répliqué : "Si elle devait être un guichet de plus là où vous pensez qu'il y en a déjà trop, nous serions dans une situation où nous aurions transformé le mille-feuille que vous regrettez en plum pudding".

Le "plum pudding" reste en travers de la gorge des parlementaires

Cette formule a suscité la "plus vive consternation" du président de la commission Georges Fenech (LR). "En rejetant d'emblée les conclusions du travail approfondi des trente parlementaires de toutes sensibilités confondues, qualifié avec morgue de 'plum-pudding', le ministre de l'Intérieur fait avec éclat et une suffisance sans égale la démonstration d'une dénégation de toute responsabilité dans l'organisation de ses services de renseignements dont la faillite a conduit aux massacres des mois de janvier et de novembre 2015", déclare le député Les Républicains dans un communiqué. 

Pour conduire la nouvelle agence nationale du renseignement, la commission propose de créer une direction générale chargée de coordonner l'action de tous les services de renseignement et d'assurer qu'il n'y a pas de déperdition d'information entre services. Soulignant qu'il existe déjà un coordinateur national du renseignement, Bernard Cazeneuve a également rétorqué: "Dès lors que nous serons en situation d'établir en quoi un directeur général apporterait plus qu'un coordinateur, nous pourrons évoquer cette question ensemble".

Vous proposez d'aller encore plus loin en confortant le renseignement territorial, c'est ce que nous faisons.

Bernard Cazeneuve
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La commission d'enquête parlementaire, qui a auditionné 190 personnes pendant quelque 200 heures sur les cinq derniers mois, préconise une nouvelle refonte en profondeur du renseignement. "La réforme qui est intervenue en 2008 supprimant les Renseignements généraux a fait perdre à notre pays beaucoup d'efficacité en matière de suivi des signaux faibles sur le territoire", a d'abord acquiescé le ministre. Avant d'asséner: "Vous proposez d'aller encore plus loin en confortant le renseignement territorial, c'est ce que nous faisons, et ce que nous allons continuer à faire".

Il a rappelé les efforts déjà engagés par le gouvernement : 1.900 emplois créés dans le renseignement sur le quinquennat, selon le ministère, et des crédits de fonctionnement des services augmentés de 236 millions d'euros. Quant à la proposition de fusionner l'état-major opérationnel de prévention du terrorisme (EMOPT), récemment créé au sein du cabinet du ministre de l'Intérieur, avec l'Unité de coordination et de lutte antiterroriste (Uclat) de la direction générale de la police, "je ne suis pas absolument favorable à la fusion de ces deux structures, qui constituerait une véritable perte en ligne par rapport à ce que nous faisons", a dit Bernard Cazeneuve.

Bernard Cazeneuve balaye les conclusions de la commission

Selon lui, le rapport de la commission d'enquête "ne pointe pas des failles des services de renseignement" français. "Il y a eu au plan européen un certain nombre de dysfonctionnements qui résultent du fait que ceux qui ont franchi les frontières extérieures de l'Union européenne n'ont pas été identifiés par les services dont c'était le rôle, c'est-à-dire les services de pays qui ont été traversés", a-t-il affirmé, tout en rappelant que "la plupart de ceux qui ont procédé à ces attaques étaient des ressortissants non français qui ne résidaient pas en France".

"Jamais un ministère en charge de la sécurité des Français n'avait enregistré un tel bilan catastrophique, jamais une telle dénégation de toute forme de responsabilité n'aura constitué une aussi grande offense, à la mémoire des victimes de la barbarie", s'est offusqué Georges Fenech. Bernard Cazeneuve a proposé de rencontrer prochainement Sébastien  Pietrasanta et Georges Fenech "pour voir les conditions dans lesquelles nous réserverons les suites les plus utiles aux propositions".

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