4 min de lecture Attentat à Nice

Attentat à Nice : la fin de "l'état de grâce" pour Bernard Cazeneuve

ÉCLAIRAGE - Le ministre de l'Intérieur est mis en accusation par l'opposition depuis l'attentat du 14 juillet 2016 sur la Promenade des Anglais de Nice.

Bernard Cazeneuve à Velaux (Bouches-du-Rhônes) le 4 juillet 2016.
Bernard Cazeneuve à Velaux (Bouches-du-Rhônes) le 4 juillet 2016.
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Geoffroy Lang

En première ligne depuis le mois de janvier 2015, Bernard Cazeneuve est la cible d’un feu nourri de la droite et du Front national pour la première fois depuis son arrivée à la place Beauvau, le 2 avril 2014. Alors que le dispositif de sécurité mis en place à Nice pour le 14 juillet est remis en question et qu’une policière en charge de la vidéosurveillance à la mairie de Nice accuse le cabinet du ministre de l’Intérieur d’avoir exercer des pressions pour modifier un rapport sur la présence policière au soir de l’attentat perpétré par Mohamed Lahouaiej-Bouhlel, Bernard Cazeneuve est aujourd'hui au cœur de la tourmente.

Après les accusations de Sandra Bertin, le gouvernement a dû faire bloc pour venir au secours du soldat Cazeneuve. Le garde des Sceaux Jean-Jacques Urvoas, dénonçait "un accablement" lundi 25 juillet sur RTL, lorsque Manuel Valls faisait l’éloge d’un "homme intègre, un homme d'État, un ministre de l'Intérieur formidable". François Hollande a lui-même dû sortir de sa réserve pour renouveler "sa confiance" envers son ministre. "Le premier ministre Manuel Valls et le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve ont eu raison d'en appeler à la dignité, la responsabilité, tout en garantissant la transparence", a glissé le président de la République lors d’une visite auprès de militaires de l'opération Sentinelle à Vincennes (Val-de-Marne). Le remplaçant de Manuel Valls avait pourtant réussi un quasi sans-faute avant cette polémique.

Un homme d'action inattendu

Lorsqu’il débarque au ministère de l’Intérieur pour prendre le relais de Manuel Valls, tout juste promu premier ministre, Bernard Cazeneuve est encore inconnu du grand public. Du haut de son "1,67 mètre sans talonnettes", le nouvel occupant de la place Beauvau arrive sur la pointe des pieds. Pour beaucoup, son prédécesseur a "tué le job" et les mauvaise langues le surnomment "le 2e flic de France". Mais, les événements du mois de janvier 2015 vont finalement l’adouber dans sa fonction.

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Depuis la cellule de crise du ministère de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve va superviser de bout en bout la traque des frères Kouachi puis la prise d’otage de l’Hyper Cacher. L’obscure ministre délégué aux Affaires européennes puis au Budget se transforme alors en homme d’action et de terrain. Il devient le bras vengeur du président de la République, lorsqu’il transmet l’ordre de donner l’assaut au préfet de police.

L'anti Manuel Valls

Lors du discours solennel de Manuel Valls devant l’Assemblée nationale le 13 janvier 2015, il a droit aux applaudissements unanimes de l’hémicycle. Sobre, travailleur et rigoureux, le ministre de l’Intérieur va se construire une image à contre-pied de l’hyperactif Manuel Valls. Malgré lui, Bernard Cazeneuve réussit à fissurer son image d’homme froid et austère en ne parvenant pas à retenir ses larmes lors de l’hommage rendu à Hervé Cornara, le chef d’entreprise assassiné le 26 juin 2015 à Saint-Quentin-Fallavier.

Le ministre de l’Intérieur est alors au zénith et devient la nouvelle star du gouvernement. En juin 2015, il récolte 69% d’opinions favorables. Avec François Hollande, Manuel Valls et Jean-Yves Le Drian, Bernard Cazeneuve fait partie du quatuor d’hommes forts de l’exécutif, chargés de lutter contre la menace terroriste. Les attaques de Paris et Saint-Denis en novembre 2015 ne viendront même pas écorner cette image. En plein élan d’union nationale, le gouvernement est alors épargné par les critiques.

Le ministre le plus apprécié de l'opposition

Quand il est attaqué par la gauche après la mort du militant écologiste Rémi Fraisse sur le chantier du barrage de Sivens, c’est l’opposition qui vole alors à son secours. Henri Guaino déclare alors que "ce n'est pas le ministre de l'Intérieur qui a tué ce jeune homme. C'est un accident qui peut toujours arriver quand on déclenche la violence, une telle violence". Son prédécesseur au ministère de l'Intérieur, Claude Guéant, estime, lui, que la situation a été gérée "avec professionnalisme" par le proche de François Hollande.

Mais l’attentat du 14 juillet 2016 aura finalement raison de "l’état de grâce" de Bernard Cazeneuve. “La fonction qu’il occupe est extrêmement est difficile. Si l’homme est respectable, son bilan est calamiteux”, lâche Éric Ciotti après la tuerie perpétrée par Mohamed Lahouaiej Bouhlel. Christian Estrosi, l’ancien maire de Nice, mène alors l’offensive contre le gouvernement, accusant l’exécutif de ne pas avoir prévu un dispositif de sécurité suffisant pour encadrer les festivités sur la Promenade des Anglais. La polémique enfle encore lorsque Libération accuse le ministère de l’Intérieur d’avoir menti sur les effectifs de police nationale présents au moment de l’attaque.

Le baptême du feu

Cette fois-ci, l’état de grâce est bel et bien fini pour Bernard Cazeneuve et l’opposition Les Républicains fait feu à volonté sur le ministre de l’Intérieur. Bruno Beschizza, secrétaire national LR en charge de la Sécurité, s’insurge contre "l’opacité, les contradictions et les zones d’ombre qui persistent" sur le dispositif du 14 juillet, tandis que Valérie Debord, porte-parole du parti, critique la plainte en diffamation et estime que Bernard Cazeneuve "utilise la justice pour tenter de museler une policière municipale". "Est-ce cet homme qui perd son sang-froid en direct qui est responsable de notre sécurité ?", s’interroge Philippe Juvin, également porte-parole du parti.

Au Front national, les attaques ne se font pas à fleuret moucheté. "Il se comporte comme un mafieux avec les moyens de l'État !", lance par exemple le maire d’Hénin-Beaumont Steve Briois. Si le président de la République ne souhaite pas se séparer de son ministre pour les derniers mois de son quinquennat, le premier flic de France apparaît désormais en liberté surveillée.

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