3 min de lecture La République En Marche

Assemblée nationale : une majorité massive est-elle gérable ?

ÉCLAIRAGE - Les sondages laissent augurer un plébiscite en faveur de La République en Marche lors des législatives. Un succès qui pourrait se révéler finalement être une difficulté.

L'hémicycle de l'Assemblée nationale (illustration).
L'hémicycle de l'Assemblée nationale (illustration). Crédit : BERTRAND GUAY / AFP
Clarisse Martin
Clarisse Martin
Journaliste

Cela ne serait pas la première fois qu'un exécutif est appuyé par une majorité massive. D'après les enquêtes d'opinion parues au terme du premier tour des élections législatives, le président Emmanuel Macron devrait voir sa ligne politique plébiscitée au soir du second tour, le 18 juin. À première vue, une telle majorité pourrait être une bénédiction. 

Pourtant au cours de l'Histoire, de telles chambres parlementaires se sont avérées parfois handicapantes pour l'exécutif. Emmanuel Macron lui-même aurait fait part d’inquiétudes, avait rapporté Le Canard Enchaîné le 7 juin. "Nous allons avoir beaucoup d'élus, presque trop, plus de 400. Il va falloir encadrer de près pour éviter le foutoir", aurait-il estimé. Les sondages jugent plausible que La République en Marche obtienne jusqu'à 450 ou 470 sièges sur les 577 de l'hémicycle. Pour l'historien Christian Delporte, spécialiste d'histoire politique française contacté par RTL.fr, une forte majorité ne rime pas avec adhésion. "Il y a une ambiguïté dans le vote, estime-t-il. D'ailleurs, ce qui caractérise cette future majorité 'En Marche !', c'est l'abstention. (...) On devrait avoir une majorité représentant presque 80% de l'Assemblée, élue par seulement 15% du corps électoral."

Une "Chambre introuvable" version 2017 ?

Emmanuel Macron se dirige-t-il vers une nouvelle "Chambre introuvable" ? En 1815, Louis XVIII avait affublé de ce surnom le Parlement, composé alors d'ultras, plus "royalistes que le roi". Élue en août 1815 alors que la monarchie avait été restaurée depuis peu, la chambre a été dissoute en septembre 1816 par le monarque. Profondément contre-révolutionnaire, la majorité ultra-royaliste qui occupait 350 sièges sur 400, échappait complètement à l'influence de Louis XVIII du fait de sa puissance. Elle aura siégé moins d'un an. "Il y a une grande différence, c'est que la Restauration n'était pas un régime démocratique. Mais ça sert de référence dans l'imaginaire politique, note Christian Delporte. Actuellement, on se dirige paradoxalement vers la plus grande Chambre introuvable de la Ve République, avec le plus petit nombre de voix."

Quelque 150 ans plus tard, l'histoire se répète-t-elle ? La Ve République a été marquée par des élections législatives similaires. En 1968, le général de Gaulle choisit de dissoudre la chambre du palais Bourbon pour répondre aux événements du mois de mai. Des législatives sont organisées. La majorité présidentielle récolte 46% des suffrages et rafle 144 élus dès le premier tour. En définitive, elle obtient 354 sièges sur les 577 que compte l'hémicycle. C'est la première fois qu'un parti remporte la majorité absolue à l'Assemblée nationale sous cette République, encore récente. Pourtant, moins d'un an après ce plébiscite, le général de Gaulle conditionne son maintien à l'Élysée à l'organisation d'un référendum. Désavoué dans les urnes, l'ancien chef de la France Libre démissionne et se retire de la vie politique. 

Une stabilité de surface vouée à l'échec ?

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Même constat en 1981 et 1993. Lors de l'élection de François Mitterrand, les 333 sièges de députés de la majorité présidentielle n'empêchent pas le désaveu des municipales deux ans plus tard, qui provoque un remaniement. En 1993, la droite remporte 472 sièges, provoquant une cohabitation. À ce jour, c'est la plus large majorité présidentielle obtenue sous la Ve République, tous les courants politiques confondus. Pour peu de temps. En 1997, Jacques Chirac dissout l'Assemblée nationale. La cohabitation avec la gauche s'installera jusqu'en 2002. 

Pour Emmanuel Macron, les jeux ne sont donc pas faits. Une telle majorité "peut être dangereuse", va même jusqu'à affirmer Alain Duhamel au micro de RTL. Pour lui, "Les majorités massives sont toujours de mauvais souvenirs", citant les exemples de 1968 et 1981. "Le fait d'avoir une majorité massive ne veut pas dire qu'il va y avoir cinq années sereines et faciles", analyse l'éditorialiste, qui va dans le même sens que Christian Delporte. L'historien estime que toutes ces "majorités écrasantes le sont sans doute moins que celle qui devrait être élue le 18 juin". "La différence notable avec 1968 et 1993, c'est que ce n'est pas une coalition qui va remporter la majorité mais bel et bien un mouvement à part entière, si l'on met le MoDem à l'écart", relève Christian Delporte, qui met en garde Emmanuel Macron. Selon lui, l'histoire l'a montré : "Une forte majorité n'est pas sans risque. S'il n'y a pas d'opposition, des voix discordantes se feront entendre au sein de la majorité".

Pour retrouver tous les scores du premier tour des élections législatives circonscription par circonscription, rendez-vous sur notre moteur de résultats.

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