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Assemblée nationale : l'incroyable première soirée agitée des députés

RÉCIT - Une bataille entre groupes parlementaires a fait traîner en longueur la séance d'élections du Bureau de l'Assemblée nationale.

Yves Jégo à l'Assemblée nationale, le 28 juin 2017
Yves Jégo à l'Assemblée nationale, le 28 juin 2017 Crédit : GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP
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Julien Absalon
Journaliste RTL

La nouvelle représentation nationale n'aura eu besoin que de deux jours dans la XVe législature pour plonger dans un psychodrame. Mercredi 28 juin, au lendemain de l'élection de François de Rugy à la fonction de nouveau président de l'Assemblée nationale, les députés étaient de nouveau réunis pour procéder à de nouvelles élections. 

Cette fois, il était question de désigner les six vice-présidents et les trois questeurs (contrôler le budget de l'Assemblée) composant entres autres le Bureau de l'Assemblée, la plus haute autorité collégiale de l'institution. Mais l'exercice s'est transformé en rocambolesque affrontement politique contraignant à faire durer la séance jusqu'à 00h35 alors qu'elle avait été ouverte à 15 heures. Soit plus de dix heures de débat... et de suspensions de séance.

Le scandale trouve sa source dans l'élection des questeurs. Comme le soulignait François de Rugy, une coutume datant de 1973 veut que deux postes soient réservés à la majorité présidentielle et que le troisième soit laissé à l'opposition. Il ne s'agit toutefois pas d'une obligation réglementaire. D'ordinaire, les différents groupes parlementaires se mettent d'accord à l'avance pour expédier le vote. Seulement, quatre candidatures ont été déposées. Deux d'entre elles sont issues de la droite : Thierry Solère, du groupe Les Constructifs souhaitant être bienveillant avec Emmanuel Macron, et Éric Ciotti rattaché à la formation historique des Républicains.

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Seulement, tout porte à croire que cette candidature de Thierry Solère constitue une entente de La République en Marche (REM) avec les 35 élus des Constructifs LR-UDI, qui se revendiquent de l'opposition tout en restant plutôt bienveillants vis-à-vis d'Emmanuel Macron. La manœuvre indigne Les Républicains. Dans l'hémicycle, le président de groupe Christian Jacob ne manque pas de le faire savoir : "Je représente le plus grand groupe d'opposition, avec 100 députés inscrits, donc je souhaite simplement que l'équilibre et les droits de l'opposition soient respectés".

Son appel n'est pas entendu : le vote évince Éric Ciotti et élit Florian Bachelier (REM), Laurianne Rossi (REM) et Thierry Solère, grâce aux suffrages de la majorité présidentielle. Christian Jacob sort de ses gonds : "Les droits de l'opposition viennent d'être bafoués comme ils n'ont jamais été dans cet hémicycle. C'est la majorité qui choisit son opposition. (...) On se retrouve dans une situation extrêmement grave, il n'y a plus de contrôle budgétaire dans cette maison !". La séance est alors suspendue une première fois pour une réunion des sept présidents de groupe.

À leur retour, le climat est toujours aussi tendu et Les Républicains annoncent leur intention de boycotter le Bureau de l'Assemblée nationale. Richard Ferrand, à la tête de REM, dénonce des "postures" qui "paralysent" le Palais Bourbon et dit à Christian Jacob qu'il ne dispose pas du "monopole" de l'opposition. Les socialistes de Nouvelle Gauche, par la voix de leur porte-voix Olivier Faure (PS), s'émeuvent de ce "spectacle insupportable" sur cette "Assemblée qui n'arrive pas à se mettre d'accord sur son propre fonctionnement". 

Quant à Jean-Luc Mélenchon, constatant que les "accords de l'ancien temps" ont été rompus à tous points de vue, il prend la parole pour soumettre et défendre une candidature de la députée insoumise Mathilde Panot à la vice-présidence de l'Assemblée. Pour cette fonction, quatre sont censés être issus de la majorité et deux de l'opposition. À la suite de cette intervention, à 19h46, la séance est suspendue une nouvelle fois pour 30 minutes afin de réunir les présidents de groupe.

Nouveau coup de force sur les vice-présidents

Seulement, la suspension dure plus longtemps que prévu et ne reprend qu'à 22h35. François de Rugy annonce l'ouverture du scrutin pour les six vice-présidents. Les Républicains mettent leur menace à exécution : ils retirent leurs deux candidatures. Malgré tout, il reste encore plus de candidats (9) que de postes à pourvoir (6). Surtout, La République en Marche et le MoDem présentent à eux deux six candidats et briguent donc l'intégralité des sièges sans en laisser à l'opposition. De quoi relancer une nouvelle polémique.

Richard Ferrand explique qu'il ne s'agit que d'une solution temporaire et qu'ils seront prêts à céder leur place aux Républicains. Le communiste André Chassaigne l'attaque, le qualifie de "petit" et s'interroge : "Qu'est-ce que cette façon de fonctionner ? Est-ce que c'est la nouveauté, le nouveau monde, la nouvelle politique ? Qu'est-ce que ces petits traficotages et artifices ?" Jean-Luc Mélenchon s'étonne aussi de cette méthode et affirme qu'on lui avait promis, lors des négociations, de réserver une place pour La France Insoumise : "Nous témoignerons du fait que vous prenez toutes les places après avoir dit exactement le contraire". 

Entre temps, au vu du nouveau blocage, Jean Lassalle détend l’atmosphère en mettant son grain de sel sous les rires de l’assistance : "Monsieur le président, une idée m'est venue subitement. Afin d'essayer de trouver une solution, je présente aussi ma candidature !"

Le vote, aux environs de 23 heures, nécessite la suspension des débats. Il faut attendre 00h30 pour qu'elle reprenne et permette d'annoncer l'élection à la vice-présidence des cinq candidats REM et de celui du MoDem (Carole Bureau-Bonnard, Hugues Renson, Danielle Brulebois, Sacha Houlié, Cendra Motin, Sylvain Waserman). "Il y a des moments où on est plus fiers d'être députés que ce soir", aura résumé le socialiste Olivier Faure. En 2012, cette séance avait duré seulement cinq minutes.

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2017-06-29 13:20:00
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