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Todd, Schneiderman, l'accent et le racisme 26/02

Parfois, les Français parlent de politique aux Français avec l’accent du sud. Ce qui déplait, parfois, aux Français du Nord.




Emmanuel Todd est un brillant intellectuel. Issu d’une famille bourgeoise, il a collectionné les diplômes : Institut d’études politiques de Paris, université de Cambridge, etc… Ses interventions dans le débat public ont souvent été remarquées et de temps en temps saluées pour leur pertinence et leur sens de l’anticipation.

Le site « Arrêt sur images », dirigé par Daniel Schneiderman, a donné la parole à Emmanuel dans le cadre de l’une de ces émissions. Au détour d’un conversation enregistrée à son domicile, Emmanuel Todd dit ceci de moi et de mon travail :

Aphatie, c’est ce qu’on appelle un idiot utile, c’est-à-dire un type qui ne connaît rien à l’économie, qui raconte des âneries avec un air satisfait et peut-être mon attachement au midi me le rend antipathique parce que je vois bien comment il utilise son accent du midi pour avoir l’air original alors qu’en fait il est totalement creux

D’où Emmanuel Todd tire-t-il le droit de m’insulter en me traitant d’idiot ? (1) Faut-il voir dans cette licence la marque d’un sentiment de supériorité sociale et intellectuelle ?

Je suis issu d’une famille aimante dont le statut social ne saurait être comparé à celui de la famille d’Emmanuel Todd. Ayant quitté l’école après un BEPC obtenu difficilement au repêchage, j’ai commencé à travailler avant mes 15 ans et ai, de ce fait, collectionné moins de brillants diplômes que M. Todd. Le terme « idiot » pourrait donc, assez consciemment, exprimer le sentiment profond du brillant intellectuel vis-à-vis de celui qu’il tient pour un imposteur car dépourvu des parchemins qui seuls, selon lui, autorisent au raisonnement et à la parole publique.

La référence à l’accent représente pour moi un second motif d’interrogation. Contrairement à ce que suggère M. Todd, je ne joue pas de mon accent, ni avec mon accent. J’ai quitté le Pays Basque à 28 ans pour aller faire une école de journalisme à Bordeaux, avant de tenter de concrétiser mon projet professionnel à Paris (2). L’accent est donc en moi depuis longtemps, naturel et ordinaire. Je n’en joue pas parce que je n’y pense jamais, et aussi parce que je n’en suis ni fier ni culpabilisé. Je m’exprime d’une manière que je dois à la nature, à la géographie, à l’éducation et à tout ce que la vie possède de mystérieuse diversité.

Dès lors, me reprocher mon accent me parait singulier, voire diffamatoire quand on suggère que je cherche à en tirer avantage. Pour quoi d’ailleurs ? Pour hypnotiser les foules ? C’est prêter beaucoup de pouvoir aux « R » qui roulent…

Demeure cette étrangeté : pourquoi donc un brillant intellectuel éprouve-t-il le besoin, dans une tirade plus spontané que réfléchi, ce qui dit bien la sincérité de son raisonnement, à défaut de sa justesse, de stigmatiser ma manière de parler, c’est-à-dire une part profonde de mon identité ?

Peut-être juge-t-il illégitime, lui qui a côtoyé de grandes et de belles intelligences durant son enfance et son adolescence passées dans la région parisienne, que quelqu’un qui vient de si loin, et avec un parlé aussi étrange, ait l’audace d’évoquer brutalement l’économie et la politique, de manier sauvagement des concepts que lui-même malaxe depuis si longtemps. Un accent du sud qui parlerait de rugby ou de météo dérangerait sans doute moins son univers mental. Mais la politique et l’économie, comment est-ce possible ?

Insensiblement, Emmanuel Todd passe ainsi d’un racisme social au racisme tout court, c’est-à-dire à cette attitude qui uniformise toute une population à raison de quelques-unes de ces caractéristiques physiques.

Emmanuel Todd n’est pas seul dans son infortune. Une fois l’enregistrement de sa pensée diffusée dans le cadre de l’émission d’Arrêt sur images, le spectateur assiste à un retour sur un plateau animé par Daniel Schneiderman. Ce dernier est accompagné par la journaliste qui a recueilli els propos d’Emmanuel Todd, ainsi que par Fabice Arfi de Médiapart (3) et d’une autre personne que je n’ai pas identifié.

Voici alors les propos de Daniel Schneiderman :

On l’a entendu s’exprimer sur Aphatie et sur le tort considérable qu’il fait au midi de la France. Dahan, qui était à votre place, a imité remarquablement l’accent il y a une seconde.

Voilà. Loin d’être alerté par les propos d’Emmanuel Todd, Daniel Schneiderman raconte que lui-même et ses invités se sont bien moqués de l'accent. La scène n’est pas difficile à imaginer et elle possède les mêmes ressorts que le propos d’Emmanuel Todd. Fernandel qui parle de déficit, ce n’est pas un drame, c’est une drôlerie.

La prétention et la condescendance des acteurs de toute cette séquence, leur sentiment de supériorité, leur goujaterie, tout cela est assez stupéfiant. L’humanisme dont ils se réclament cède bien facilement devant les préjugés les plus absurdes. On pourrait les plaindre, bien sûr, mais personnellement je m’en abstiendrai. Et s’ils leur prenaient la fantaisie de s'excuser… qu'ils sachent que leurs excuses seraient acceptées.



(1)SVP, ne me bassinez pas avec la référence historique, je la connais, et qui en rajoute dans l’insulte car elle veut dire que je n’ai même pas conscience de mon soutien au système, ce qui dans ce cas veut dire qu’un idiot utile est un idiot complètement idiot.

(2) Mes papiers étaient en règle à mon arrivée à Paris, malgré le fait que je n’ai demandé la permission à personne pour y venir.

(3) C’est un zazard

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Todd, Schneiderman, l'accent et le racisme 26/02
Todd, Schneiderman, l'accent et le racisme 26/02
Parfois, les Français parlent de politique aux Français avec l’accent du sud. Ce qui déplait, parfois, aux Français du Nord.
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2012-02-26 18:08:00