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Théorie de la salopartitude 27/03

De nouveaux territoires démocratiques s’ouvrent à nous. Explorons-les.


1/ Nous pensions, sots, que l’insulte était malvenue dans le débat public, inélégante, blessante, contreproductive.

2/ De manière magistrale, le parti de gauche vient de nous montrer notre erreur. Correctement utilisée, l’insulte peut-être à la fois utile, pédagogique et même, c’est dire si nous errions, porteuse de sens.

3/ Tout cela, vous vous en doutez, je ne l’ai pas trouvé tout seul. Mon chemin, qui était sombre, s’est subitement trouvé éclairé par Jean-Luc Mélenchon, président du parti de gauche, dont l’infaillibilité n’est plus à démontrer et qui, à certains égards et à l’usage, s’avère même supérieure à sa rivale papale.

4/ Invité hier d’une radio concurrente, le président du parti de gauche a théorisé ainsi l’usage de l’insulte dans le débat public (citation validée par Politis et Médiapart) : « Il y a quinze jours, vous étiez tous rassemblés autour de la momie d'Hessel, en train d'agiter vos palmes ! Mais il faut s'indigner dans le langage de la bonne société, il faut dire 'prout prout', il faut parler gentiment. Ce n'est pas comme ça que s'exprime la colère du peuple ! Les gens en ont par-dessus la tête, ils ont besoin d'avoir des dirigeants qui parlent dru et cru, qui disent les choses comme elles sont. »

5/ Ce théorème de dirigeants qui parlent à l’unisson du peuple, et peuvent ainsi exprimer justement la saine colère qui sourd, a conduit le vice-président du parti de gauche, François Delapierre à qualifier le ministre de l’économie française, Pierre Moscovici, de « salopard ».

6/ Le qualificatif a été approuvé ensuite par le président du parti de gauche, Jean-Luc Mélenchon, qui ne l’a toutefois pas encore utilisé lui-même pour qualifier le dit ministre, se cantonnant pour l’instant au constat d’un ministre français, certes, mais à la pensée étrangère.

7/ Comme toutes les théories nouvelles, et audacieuse, celle-ci demeure incomplète, faute notamment d’avoir été confronté aux innombrables schémas de la vie sociale.

8/ Par exemple, si le ministre de l’économie est un « salopard »,  comment faut-il qualifier son supérieur direct, M. le premier ministre ? Et plus encore, si le premier ministre est plus que salopard, comment qualifier celui qui est encore au-dessus de lui, je veux parler de M. le président de la République ?

9/ Autre question. S’il est loisible de qualifier désormais le ministre de l’économie de salopard, quel mot peut-utiliser le salopard en question pour  répondre à ceux qui s’adressent à lui ?

10/ Nous le constatons, le code de ce nouveau débat public n’est pas encore totalement stabilisé. Il manque une forme de protocole afin que personne parmi les participants de notre vie démocratique rénovée ne se sente blessé, agressé, humilié, ou même, du fait de l’utilisation d’un mot inadéquat, rabaissé à un rang inférieur par l’utilisation d’une insulte inappropriée.

11/ Je nourris l’espoir que ce billet aidera chacun d’entre vous et je doute peu qu’une prochaine prise de parole du président de gauche nous aidera à y voir plus clair en matière d’insulte. Et qu’il ne me remercie pas pour cette contribution au débat : comme lui, j’éprouve l’amour de la démocratie et le souci des intérêts de notre pays.

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Théorie de la salopartitude 27/03
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De nouveaux territoires démocratiques s’ouvrent à nous. Explorons-les.
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2013-03-27 10:18:00