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Samedi, le quotidien Le Monde avait des allures de torchon 07/11

La Une du journal Le Monde, samedi. Deux colonnes pour les « résultats décevants » du G20. Quatre colonnes pour les « cumulards » des médias. Hiérarchie bouleversante soutenue, pour sa partie média, par un papier bête et méchant. Décryptage.



A la Une donc, Le Monde, quotidien de référence, expose « les « cumulards » des médias » (Yves Calvi, Alain Duhamel, Christophe Barbier, Joseph Macé-Scaron, Eric Zemmour, plus votre serviteur) Et en sous-titre de Une, ceci:

Journalistes « multicartes », ils sont partout et ont un avis sur tout.

Dès la Une, éclate la bêtise et le parti-pris. « Ils sont partout », écrit le quotidien de référence, formule étrange d’une part, et surtout fausse, archi-fausse, ce qui est gênant pour un quotidien de référence.

Prenons ma modeste personne. Je « suis », pour parler aussi élégamment que Le Monde, sur RTL et à Canal Plus. Je ne « suis » donc pas sur TF1, France 2, France 3, France 5, M6, France Inter, France Info, France Culture, ni dans aucuns quotidiens français, ni dans aucuns hebdomadaires, ni dans aucuns mensuels, ni dans aucuns trimestriels. Donc, personnellement, je ne « suis » pas partout. Pour donner un sens au sous-titre du Monde, il faut additionner l’ensemble des journalistes travaillant pour plus d'un média, navets, plus carottes, plus poireaux, c’est tout de la légume certes, mais est-ce encore du journalisme, je vous le demande. Je ne sais pas qui a fait cette « Une » du Monde, qui l’a pensée, réalisée, écrite, mais disons qu’il était au mieux distrait, peut-être pressé, voire autre chose.

« Ils ont un avis sur tout ». On croirait un propos de bistrot. On l’entend même, le bistrot. Eh, garçon, une tournée, presto, on doit boucler !

Comme toutes les généralités, la formule n’exprime rien de précis, ni rien d’intéressant. Elle cherche juste à stigmatiser de manière synthétique une pratique consubstantielle du journalisme, le commentaire ou l’analyse par des professionnels d’une actualité multiforme. En un mot, ce sous-titre est assez con, et le voir ainsi imprimé à la Une du Monde suscite d’abord, avant tout, et de manière durable, une forme d’incrédulité. Z’êtes sûr que quelqu’un s’est pas introduit dans leur système informatique pour mettre le bazar ? Ce serait bien de mettre la DCRI sur le coup.

Tout à leur fougue, les concepteurs de la Une, si toutefois il s’agit bien de journalistes du Monde-le-quotidien-de-référence, ont commis une erreur qui dévoile à la fois leur incompétence et leur mauvaise foi. Dans la galerie de portraits, ils ont mis, je vous l’ai déjà dit, Yves Calvi.

S’il est un journaliste en France qui ne ramène pas sa fraise à propos de tout et de rien, c’est bien Yves Calvi. Lui, il demande leur avis aux autres, il les écoute. C’est sa spécialité, sa marque de fabrique, et cela, les concepteurs de la Une du Monde, conseillés sans doute par les fins limiers du service médias du Monde, quotidien de « référence », semblent l’ignorer, ou bien ils le négligent. Sont-ils franchement sots, ou bien font-ils exprès ? On peut imaginer qu’il y a un peu des deux dans cette confection de Une, deux colonnes pour le G20 et quatre sur les médias, où l’action semble avoir précédé la réflexion. Action Bébert, actions te dis-je, l'intellect, on verra après.

Passons au contenu de ce qu’il faut nommer un papier, mais qu’il serait exagéré d’appeler un article. La première phrase donne le ton du n’importe quoi général.

Pudiquement, ils se présentent comme des "journalistes multimédias" ou "multicartes". Plus trivialement, on les surnomme "les cumulards".

Pourquoi serais-je pudique ? Parce que je travaille pour deux médias ? Ceci devrait-il susciter chez moi une forme de honte ? En réalité, l’emploi même des mots ne semble pas maîtrisé dans ce papier. Pas plus d’ailleurs que les idées qui apparaissent bien embrouillées. La preuve par la phrase qui suit.

Presse écrite, radio, télévision, avec en plus, pour certains, un blog, des vidéos sur Internet et des centaines de followers sur Twitter, ces journalistes politiques sont présents sur tous les supports pour y décliner leurs analyses et éditoriaux.

Que cherche à suggérer ici le rédacteur, écrire auteur serait beaucoup d’honneur ? Que dans la notion de cumul, il faut ajouter les blogs et les réseaux sociaux ? Sous entend-il que l’investissement des nouveaux médias par des journalistes professionnels pose un problème démocratique ? Suggère-t-il ainsi qu’il serait salubre, utile au pluralisme, qu’intervenant déjà ici et là, je m'abstienne de blogguer et de twitter ? Faute de développement, l’idée esquissée demeure à l’état de bouillie dont on s’étonne même qu’aucun relecteur, car il doit bien exister une phase de relecture dans le quotidien de « référence » Le Monde, n’ait cherché à l’éclaircir.

La notion même de « cumulard » demeure vague et imprécise dans le papier. On croit comprendre qu’est un « cumulard », hou hou, toute personne qui travaille dans plus d’un média. A ce compte-là, ça en fait des journalistes « cumulards ». A moins que le rédacteur ne pense que le problème du cumul ne vaille d’être exposé que pour les journalistes dits politiques. Mais qu’est-ce exactement qu’un journaliste politique ? Comment le définit-on ? Et qui le définit ? Le quotidien de référence, depuis son surplomb ?


De tout ce galimatias, il faut bien extraire ce qui mérite de l’être. Où est, selon le rédacteur lui-même, le problème démocratique que pose ce « cumul », promu à la Une du quotidien de référence sur quatre colonnes au, moment même où l’économie mondiale tremble sur ses bases ? Le problème, il est ici, formulé tel quel :

A force d'apparaître partout et d'avoir un avis sur tout, il y a parfois des sorties de route. Eric Zemmour, éditorialiste sur RTL, ancien "snipper" sur France2 ("On n'est pas couché"), a été condamné, le 18 février, pour provocation à la discrimination raciale après ses propos sur FranceÔ, où il avait estimé que les employeurs avaient "le droit de refuser d'embaucher des Noirs et des Arabes".


C’est donc cela. C’est le « cumul » qui serait responsable des « sorties de route ». Ben voyez-vous, je n’avais jamais vu les choses sous cet angle. Je me souviens par exemple d’une « sortie de route » du journal Le Monde, il y a quelques années, dans l’affaire « Alègre », à Toulouse, qui avait retrouvé la maison où des « notables » pédophiles torturaient des petits enfants. Le journal de référence avait décrit les murs de la maison où se trouvaient des crochets, à hauteur d’enfants justement. Description saisissante mais fausse, marquante mais pipeautée. « Sortie de route », « embardée », « tonneau », appelez cela comme vous voulez, mais concédez, chers confrères du quotidien de référence, qu’il n’y a pas que les « cumulards » pour dire des conneries.

Je pourrai ainsi passer au crible chaque phrase de ce papier pour en démontrer la médiocrité. Je préfère pourtant sauter à la conclusion où étincelle une forme assez misérable d’un parti pris inexpliqué de la part du Monde, car enfin ce papier, s’il a été lourdement écrit, a aussi été relu, mis en page, et promu à la Une. Il faut donc le comprendre comme une œuvre collective dont je vous livre la fin

L'omniprésent Joseph Macé-Scaron (RTL, i-Télé, Canal+, Marianne, etc.) s'est, quant à lui, fait prendre en flagrant délit de plagiat pour son livre Ticket d'entrée (Grasset). Pour sa défense, l'auteur parlera d'"intertextualité". Un concept qui finalement colle bien à ces journalistes multicartes, capables de passer en un instant d'un support à un autre pour y débiter leurs – nombreux – commentaires.


Voilà donc les « cumulards » tous décrétés coupables d' "intertextualité", enchaînés d'un coup à cette démarche malhonnête entre toutes qu’est le plagiat. Ils y sont raccordés comme cela, sans autre raison que la mauvaise foi ambiante qui révèle un autre sentiment, plus puissant et durable : le désir de nuire, l’aigreur, une forme de méchanceté dont on peut comprendre qu’elle touche un individu, mais dont on comprend moins qu’elle puisse ainsi être promue à la Une d’un quotidien prestigieux, c’est-à-dire logée dans la vitrine d’un journal que j’aime et respecte, journal animé par une communauté professionnelle souvent talentueuse, mais journal qui samedi, je suis désolé de l’écrire, avait des allures de torchon en consacrant quatre de ses colonnes à la médiocrité et à la bassesse.

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