1 min de lecture Information

Manuel à l'usage des enquêteurs de la Brigade de protection des mineurs 02/06 et 03/06

Les propos publics de Luc Ferry ont incité le parquet de Paris à ouvrir une enquête préliminaire. Logique. Normal. Salutaire. Les policiers de la Brigade de protection des mineurs (BPM) sont chargés d'instruire le dossier. Qu'ils m'autorisent, en me pardonnant, la vanité de ces quelques conseils dérisoires.

Comment définir le but de la BPM? Simple: mettre un nom sur, pour citer l'impérissable propos de Luc Ferry, « l'ancien ministre qui s'est fait poisser à Marrakech dans une partouze avec des petits garçons. »

Il se trouve, je n'invente rien, que lundi soir, sur le plateau du Grand Journal, que j'avais moi même exceptionnellement déserté pour honorer un engagement personnel vieux d'il y a deux mois, il se trouve donc que Jean-François Kahn était voisin de table avec Luc Ferry ce soir là.

Et qu'a raconté l'imprudent Jean-François Kahn, hier, au site Arrêt sur Images? Ceci: en sortant du plateau, Luc Ferry lui a confié le nom de l'ancien ministre. Donc, ultra facile pour les policiers de la BPM. Ils convoquent JFK, bonjour monsieur, quel est le nom que vous a confié M. Ferry, s'il vous plait, merci, et l'affaire st faite.

Hypothèse. JFK refuse, au nom de je ne sais quoi, il refuse de livrer le nom qui a confié Ferry. Vous protégez quelqu'un soupçonné de pédophilie, monsieur? Pas bien ça, pas bien du tout, voire même répréhensible devant la loi républicaine... Un comble pour le fondateur d'un magazine baptisé Marianne.

Au total, hypothèse faible, JFK coopère, merci JFK, enquête sur des bons rails.

Les policiers de la BRP doivent-ils s'arrêter là? Oh non, il faut qu'ils fassent comme les bons journalistes, qu'ils recoupent leurs infos coco, c'est la base du métier, flic ou journaliste. Comment? Fastoche.

Convoqué à la BRP, le directeur de la rédaction de l'invraisemblable article du Figaro Magazine, page 387 du dernier numéro, intitulé: « A Marrakech, un ancien ministre « s'amuse ». » Le papier est signé F.M, carte de presse 00000 puisque, renseignements pris, et sérieusement pris, F.M signifie Figaro-Magazine. Autrement dit, l'article est anonyme, sûrement pas collectif. On ne sait pas qui l'a écrit. C'et donc le directeur de la rédaction qui l'endosse.

Dans ce papier, qui n'est au fond que l'épouvantable colportage d'une rumeur, le rédacteur anonyme, pratique représentative d'un certain journalisme contemporain, écrit ceci: « Faute d'éléments de procédure ou de témoignage, la loi nous interdit légitimement de nommer le personnage. » La formule est hypocrite, mais pas seulement. Elle indique aussi, « pas de témoignage », que la source est unique, bravo pour le recoupement, qu'elle est policière, et que donc l'auteur de l'article minable ne sait absolument pas si ce qu'il est écrit est vrai ou faux.

En revanche, l'article anonyme, pas joli joli tout ça, indique que le consul de France à Marrakech au moment des faits, et l'ambassadeur de France au Maroc au moment des faits, se sont tous les deux arrangés pour que « l'excellence » puisse regagner la France sans encombre après s'être faite alpaguer par la police marocaine.

Les enquêteurs de la BPM demanderont donc au directeur de la rédaction du Figaro Magazine à quel moment leur informateur policier situe les faits. Quelle année, quel mois, parce que cela au moins le rédacteur anonyme du Figaro Magazine doit le savoir. Inutile de lui demander sa source, elle est protégée. Même la source la plus minable est protégée par ce journalisme là. Donc, pas la peine de perdre du temps. En revanche, la date des faits, qui n'est pas mentionnée dans cet article qui n'est pas un chef d'œuvre,  peut et doit être donnée à la police.

A partir de là, fastoche. La BPM peut établir l'identité du consul de France à Marrakech, ainsi que celle de l'ambassadeur de France. Convocation des deux diplomates, et vérification de l'histoire. Vraie ou fausse? Est-il possible que le Figaro-Magazine ait publié une histoire fausse, bidonnée, inventée? Si oui, il s'excusera le Figaro Magazine, platement, pour le bordel qu'il a foutu. En revanche, si le consul et l'ambassadeur confirment, alors le nom donné recoupera ou pas celui que Luc Ferry aura donné à JFK. De les deux cas de figure, l'essentiel du travail sera effectué, et le pédophile retrouvé.

Faut-il dès lors convoquer Luc Ferry dans les locaux du BPM? Oui, bien sûr, même si cela est inutile. Juste pour lui dire que l'on ne peut pas dire de pareilles choses avec autant de légèreté, juste pour lui rappeler que la responsabilité n'est pas un vain mot, et la parole publique une gaudriole. Juste pour lui rappeler aussi que ces règles d'une société démocratique s'imposent à tous, y compris aux anciens ministres.

Lire la suite
Information
Restez informé
Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires. Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Connectez-vous Inscrivez-vous

500 caractères restants

fermer
Signaler un abus
Signaler le commentaire suivant comme abusif
500 caractères restants