1 min de lecture Information

Jean-Luc Mélenchon: étude d'un cas 26/09

La semaine sera chargée. Au menu : tempête boursière et panique monétaire, Hélène et les garçons de Karachi, le Sénat en folie. Autant de sujets amplement traités dans les journées, ce qui nous permet, ce matin, de consacrer ce billet à une passionnante étude de cas : Jean-Luc Mélenchon, un homme qui parle à ses contemporains



Hier, dimanche 25 septembre, il était 15h14, l’AFP a édité une dépêche ainsi titrée

Quand Jean-Luc Mélenchon somme un militant communiste de "dégager"  
   

Et pour le texte, ceci :


PARIS, 25 sept 2011 (AFP) - Jean-Luc Mélenchon, candidat du Front de Gauche à la présidentielle, s'en est pris, lors de la dernière Fête de l'Humanité, à un militant communiste qui l'interpellait sur la présence de plusieurs candidats à la primaire PS, en le sommant de "dégager".
   Dans un reportage filmé la semaine dernière et diffusé dimanche sur Canal+, on voit un militant s'approcher de M. Mélenchon juste après la visite de Martine Aubry et lui lancer: "je voudrais savoir s'il y a un débat ou si c'est juste pour la télé ? Il y avait Martine, elle ne s'est pas exprimée et on ne sait pas ce qu'elle est venue faire à la Fête de l'Humanité..."
   Très agacé, M. Mélenchon lui répond sans ménagement: "bon, redescends (de la tribune), s'il te plaît. Dehors !".
   - Le militant: "Non, pourquoi je redescendrais ?"
   - M. Mélenchon: "Si tu es un militant, tu es discipliné !"
   - Le militant: "Non, attends, tu vas pas me faire la leçon !"
   - M. Mélenchon: "Si, je te la fais. Dégage !"
   Le militant communiste est ensuite poussé hors de l'estrade par l'entourage de M. Mélenchon tout en lançant: "Il n'a pas à me dire ça... Moi, je suis pas journaliste, Jean-Luc !".  

Je ne suis pas sûr que cette séquence soit visible sur Internet. Diffusée hier sur Canal Plus, je l’ai moi-même vu et ce qui suit n’est donc pas rédigé sur la foi de la seule dépêche, mais bien après la vision de la scène telle qu’ont pu en prendre connaissance les téléspectateurs de l’émission d’Anne-Sophie Lapix.

Que voit-on sur ces images ? Au premier degré, un responsable politique, Jean-Luc Mélenchon, filmé lors d’une séquence importante, le défilé des responsables socialistes à ses côtés, sur une estrade, lors de la fête de l’Humanité, et tout à coup dérangé par un importun qui lui pose des questions étranges.

On comprend parfaitement que, tout à coup, ce responsable politique, Jean-Luc Mélenchon, voit se briser la bulle de concentration dans laquelle il se trouvait, un état d’esprit parfaitement perceptible par le téléspectateur, et dont on peut dire qu’il témoigne d’une attitude professionnelle. Ce qui est intéressant, parce que révélateur d’une pensée profonde, ce sont les attitudes instinctives de Jean-Luc Mélenchon, candidat à la présidence de la République, et aussi les mots qui viennent spontanément à son esprit et qu’il ne prend pas la peine, dans le feu de l’action, de tempérer parce que pourrait lui dicter un souci d’image ou un sens de sa propre responsabilité. En clair, la scène nous montre le VRAI Jean-Mélenchon, et c’est pour cela qu’elle mérite d’être décryptée.

Le voici soudainement confronté au militant dérangeant. Premier réflexe de bon sens : « Bon, redescends s’il te plait. Dehors. »

On constate à l’émergence spontanée du vocabulaire spontané la lutte qui se déroule dans son esprit. Un « s’il te plait » de conciliation cohabite avec un « dehors » autoritaire. Et on comprend tout de suite, en regardant son visage quelle part de sentiments va triompher des autres.

Il s’agit, bien sûr, de l’autoritarisme, qui se manifeste d’abord de manière quasi militaire. « Si tu es un militant, lâche Jean-Luc Mélenchon dans un aveu précieux, tu es discipliné. »

Cette conception disciplinaire du militantisme est datée. Elle fut l’apanage d’organisations de masse qui prétendaient faire la révolution, et le but même, renverser l’ordre établi, justifiait une obéissance aveugle de ceux qui prétendaient l’atteindre. Vieilles figures de la politique, vestiges de la pensée, dont le parti communiste français du siècle passé fut l’un des archétypes les plus aboutis, organisation humaine fondamentalement perverse qui prétendait libérer l’homme en l’asservissant à l’obéissance absolue d’un dogme et d’une pratique.




Constater qu’aujourd’hui encore, alors même que l’échec de ce type d’organisation humaine est patent et connu de tous, un dirigeant politique invoque l’obéissance d’un individu au seul motif qu’il prétend servir la même cause que lui, laisse pantois et dubitatif aussi sur l’attachement de ce responsable politique aux mécanismes profonds de la démocratie, au premiers rangs desquels il faut citer l’esprit critique et le libre arbitre, sans insister en invoquant l’égalité, et pourquoi pas la fraternité.

Oui mais voilà, l’individu résiste. Il ne veut pas, dit-il avec un beaucoup d’à-propos, qu’on lui fasse la « leçon ». Et là, Jean-Luc Mélenchon libère un mot terrible, le premier que lui offre son esprit au plus fort de la lutte : « Dégage ! ».

Notons que ce mot a connu une certaine célébrité au début de l’année. Les manifestants tunisiens ou égyptiens l’adressaient qui à Ben Ali, qui à Moubarak, cri des oppressés à l’oppresseur. Dans la scène qui nous intéresse, il n’existe évidemment ni oppressé, ni oppresseur. En revanche, et toujours dans cette scène, l’un des deux tient le manche, et l’autre n’est qu’un anonyme, un sans-grade, un parmi tant d’autres. Il est donc instructif et intéressant de noter que le détenteur du pouvoir en use symboliquement de la manière la plus radicale, dans ce souhait édifiant de voir disparaitre ce qui le gène.

Ce « dégage » désarçonne d’ailleurs celui qui le reçoit puisqu’il dit son incompréhension dans cette cocasserie : « Il n’a pas à me dire cela. Je ne suis pas journaliste, Jean-Luc. » Le voilà pris, cet anonyme, à son propre piège. Tant que Jean-Luc Mélenchon réservait ses oukases aux journalistes, il riait, l’anonyme. Maintenant qu’il en est la victime, il aime moins. Normal, et à méditer, notamment par les lecteurs du livre de Jean-Luc Mélenchon, intitulé, ce n’est pas un hasard, « Qu’ils s’en aillent tous », version légèrement policée de ce « dégage » si dérangeant à l’oreille de celui à qui il est destiné.

Pour en terminer, ceci encore à propos de Jean-Luc Mélenchon qui a déclaré, au détour d’une interview :

J’adore polémiquer avec les militants repentis comme Jean-Michel Aphatie

Passons sur un goût déclaré de la polémique qui ne parait pas correspondre avec ses sentiments profonds, tant la polémique justement, qui suppose le dialogue, lui parait plus difficilement supportable que le monologue tranchant auquel il est désormais habitué.

Ce qui mérite réponse, en revanche, c’est la qualification de « repenti » à propos de mon militantisme. Le «Littré », en effet, est très clair : est repenti celui qui regrette d’avoir quelque chose. Or, je ne me suis jamais repenti, parce que je ne l’ai jamais regretté, d’avoir été militant du parti socialiste.

Situons brièvement l’épisode. Ayant quitté l’école tôt, avant mes quinze ans, j’ai repris des études tard, à vingt-quatre ans. C’est ainsi que parallèlement à mes cours de droit public, que j’ai adoré, j’ai été militant du parti socialiste entre 1982 et 1986 car attiré, aimanté serait plus juste, par la politique, j’ai voulu apprendre de quoi il retournait.

Il se trouve que j’ai compris à l’usage que ce qui m’intéressait, au point de me passionner, c’était davantage de parler de politique, de raisonner sur la politique, que d’en faire. Pour être clair, je ne me suis jamais projeté comme un élu dans une ville, un canton, ou une circonscription. Cela n’est ni dans ma psychologie, ni dans mon registre émotionnel. Mais pour le comprendre, il m’a fallu passer par la case du militantisme, et je ne le regrette pas, j’en suis même heureux, car j’ai rencontré à cette occasion des gens chaleureux et intelligents, et puis j’ai aussi beaucoup appris, notamment sur le fonctionnement des appareils partisans.

La vie ensuite m’a amené sur d’autres chemins, ceux du journalisme. J’ai abandonné a qualité de militant socialiste au moment même où j’ai été admis dans une école de journalisme. Je fus militant socialiste parce que j’étais de gauche, mais je ne le suis plus aujourd’hui, de gauche. Je fus militant de gauche parce que je n’ai jamais été de droite, et je ne le suis pas plus qu’hier.

Et donc, je ne suis repenti de rien, et précisément pas du fait d’avoir été militant du parti socialiste entre 1982 et 1986, c’est-à-dire il y a maintenant plus d’un quart de siècle.


Lire la suite
Information
Restez informé
Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires. Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Connectez-vous Inscrivez-vous

500 caractères restants

fermer
Signaler un abus
Signaler le commentaire suivant comme abusif
500 caractères restants