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Hollande, Sarkozy, Mélenchon: premiers éléments de campagne 29/08

Le premier tour de l’élection présidentielle aura lieu dans huit mois. Déjà, quelques lignes se dessinent, ni certaines, ni définitives, des esquisses que le temps confirmera, ou pas.



Des logiques s’imposent dans le débat des primaires socialistes. Martine Aubry est resté longtemps engluée dans sa posture de chef de parti. Ceci l’a empêché de montrer sa singularité, son originalité, sa créativité. Et comme si cela ne suffisait pas, sa déclaration tardive a installé l’idée d’une hésitation, d’un doute personnel. Tout ceci fabrique la position politique qui est la sienne aujourd’hui, forte de sa position dans l’appareil, mais faible encore dans le rapport à l’opinion publique.

Ségolène Royal mène à nouveau campagne. Elle met en avant l’expérience du combat présidentiel acquise en 2007, et l’opinion publique semble traduire le message comme un retour vers le passé, ce dont elle ne veut pas forcément.

Ceci laisse un vaste champ à François Hollande qui parvient pour l’instant à concilier les contraires qui dessinent son image publique. Expérimenté et pourtant démuni de passé gouvernemental, présent depuis longtemps et cependant homme encore neuf, gestionnaire sans flamboiement, ce qui s’est révélé de tout temps rédhibitoire dans la course présidentielle, mais sans doute beaucoup de Français constatent-ils que c’est la succession des panaches blancs qui nous a mis dans la situation de misère où nous entrons.
Rien n’est durable dans la politique. Tout peut se défaire jusqu’à l’heure du scrutin. Mais aujourd’hui, la situation est celle de la domination de François Hollande sur ses concurrents socialistes, et c’est à eux qu’il appartient de trouver les formules, les propositions, les mots, qui feront vaciller le favori.

Ségolène Royal s’y emploie avec une brutalité qui surprend. La Corrèze, a-t-elle dit ce week-end, est le département le plus endetté de France. Factuellement vrai, source chambre régionale des comptes du Limousin. Politiquement violent. Signifie-t-elle par-là que François Hollande, président du conseil général, est un mauvais gestionnaire ? Mais pas du tout, elle se contente, dit-elle, de signaler une réalité, sans pour autant en tirer des conclusions. Il faut donc les tirer pour elle. Quelqu’un qui gère une dette astronomique dans son département peut-il prétendre réduire l’endettement de l’Etat ? Pour l’instant, François Hollande sourit sous l’affront. Pas sûr que ça dure.

Grand Jury, hier, soir, avec le secrétaire général de l’UMP, Jean-François Copé. Question : quand l’UMP connaîtra-t-elle le nom de son candidat à l’élection présidentielle ? Bonne question, a retourné le secrétaire général soudain désarçonné, qui n’a pas pu en dire plus.

L’échange révèle l’absence de stratégie crédible de Nicolas Sarkozy. Il dit, fait dire, qu’il entrera tard en campagne, le plus tard possible, pour bénéficier le plus longtemps possible de son statut présidentiel. Le modèle ? Mitterrand 88 entré en piste seulement au mois de mars, pratiquement un mois avant le premier tour.

Ce que François Mitterrand a fait, Nicolas Sarkozy ne pourra pas le faire. Le premier était populaire parce que son premier ministre de l’époque, le cohabitant Jacques Chirac, assumait la gestion et donc récoltait l’impopularité. Le schéma d’aujourd’hui est très différent. Candidat ou pas, Nicolas Sarkozy est en première ligne, comptable de la situation, responsable de l’action. Personne ne peut défendre la ligne ou présenter à sa place plaidoyers ou propositions. Tous ceux qui le feront seront moins performants que lui, et si elle dure, la situation de non candidature officielle de Nicolas Sarkozy peut créer autour de lui une véritable dépression, et précipiter son camp dans un désenchantement susceptible de réduire à presque rien les chances de succès.

La probabilité est donc grande que le président soit obligé par les circonstances à descendre plus tôt qu’il ne le voudrait de son olympe. Son entrée en campagne ne sera pas tardive comme on l’annonce, mais précoce comme paraissent l’exiger les circonstances. Janvier plutôt que mars, donc tôt plutôt que tard.


Le site Marianne 2 rapporte ainsi une scène qui a opposé samedi Jean-Luc Mélenchon aux journalistes couvrant l’université d’été de son parti

Samedi après-midi, alors qu’il est annoncé à 14h30 à l’atelier de Leila Chaibi, secrétaire national du PG à la Précarité, Jean-Luc Mélenchon se fait attendre. Rien de plus normal… C’est lui la star. Et quand il s’immisce à pas feutrés dans l’atelier voisin sur le FN – enjambant même hardiment un banc en bois pour s’asseoir parmi l'assistance – les demandes d’interview ne se font pas attendre. Une poignée de secondes plus tard, il sort dans le couloir pour donner une interview à la journaliste de Dimanche+ qui l'y a gentiment invité. Mais assez rapidement le ton monte. « Il n’y a pas de "oui mais" ! Vous ne savez rien», s’emporte Mélenchon quand elle évoque un futur accord entre lui et le candidat désigné par le PS à la veille du second tour de la présidentielle. « Je refuse de participer à cette « mariolade » qui consiste à choisir lequel des socialistes austères je préfère », souffle le candidat du Front de Gauche après un vif échange et avant de s’échapper là où le devoir l’appelle, tiré du coude par ses collaborateurs. Preuve que sa stratégie de communication contre le PS lui a un peu échappé. Et comme quoi, Mélenchon - qu'on se le dise - aura toujours le sang chaud... Mais est-ce vraiment un défaut ?


Personnellement, j’aime bien cette scène. Il était possible, aux origines, de penser que Jean-Luc Mélenchon agressait stratégiquement les journalistes, fabriquant ainsi des moments susceptibles de concrétiser sa théorisation des médias au service de la pensée unique, des puissants, des dominants, donc de l’esclavage des Français.

L’épisode rapporté par Marianne2 suggère au contraire une mauvaise maîtrise de ses nerfs, camouflée jusqu’ici par une théorisation à postériori. Il semblerait plutôt que Jean-Luc Mélenchon rêve d’un monde sans journalisme, où seraient seulement présents des femmes et des hommes posant des questions qu’il aimerait entendre et auxquelles il serait tout disposé à répondre.

Dans la vraie vie d’une démocratie, les choses ne se passent pas ainsi. Les journalistes posent des questions parfois bonnes, et parfois moins bonnes. Et un homme politique n’est pas obligé de leur faire des leçons professionnelles à chaque fois que la question ne lui parait pas pertinente. Il peut aussi prendre un peu de distance, de recul, laisser et laisser dire, sourire.

En faisant cela, il ne sera pas qu’urbain. Il dira aussi quel est son rapport et sa pratique des valeurs démocratiques, au premier rang desquelles figurent la tolérance et le respect de l’autre.

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