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Eric Breteau raconte n'importe quoi, Jean-Marie Le Pen aussi


Ce matin, l’invité de RTL n’est pas venu. Pourtant, Eric Breteau, fondateur de l’Arche de Zoé, avait promis de venir. Il devait commencer par RTL la tournée promotionnelle de son livre, « Arche de Zoé, les dessous d’une affaire d’Etats », édité chez Plon. Il promettait de raconter dans son livre la réalité de ses agissements au Tchad, pays à partir duquel il espérait sauver quelques centaines d’enfants du Darfour. Il promettait aussi de tout dire des appuis politiques dont il jurait avoir bénéficié, en France, dans la phase préparatoire de son opération. « Ils m’ont lâché », disait-il avec une amertume apparente, après son arrestation, puis sa condamnation au Tchad.

Donc, le livre est sorti. Je l’ai lu. Intéressant et vivant sur sa partie opérationnelle. Comment une équipe engagée dans l’action humanitaire se débrouille sur le terrain. Du moins, selon la version d’Eric Breteau. Beaucoup de débrouillardise, une pincée de courage, du culot. Il est d’ailleurs frappant, à la lecture de constater, si tout est vrai dans l’écriture, combien les autorités sont perméables et accueillantes à des gens qui assurent venir pour aider, soigner, éduquer. Le fondateur de l’Arche de Zoé raconte notamment la bonne volonté et la disponibilité des militaires français. Leur raisonnement semble simple : puisqu’ils sont là, on les aide. Dommage de constater que ceci, ensuite, peut-être utilisé contre eux.

En effet, le piège peut se révéler diabolique. Voyez, un transall de l’armée nous transporte. C’est bien la preuve que le pouvoir politique, en France, nous connaît, nous encourage, nous soutient. C’est avec ce raisonnement qu’Eric Breteau a semé le doute. S’il a fait tout ce qu’il a fait, se disait-on, c’est bien qu’il a été soutenu. Et dès que les choses tournent mal, tout le monde est aux abris. Voilà l’idée qu’il a instillée, installée presque. Et c’est là-dessus que reposait l’argument principal de vente du livre : « Je dévoilerai, assurait-il dans une interview donnée début avril au Figaro.fr, les appuis politiques dont nous avons bénéficié en France jusqu’à ce que nous soyons complètement lâchés après notre arrestation –au Tchad – le 25 octobre. »

Donc la lecture. Et là, évidente, implacable, dérangeante, la mythomanie. Selon son propre récit, Eric Breteau n’a rencontré aucun des ministres ou des personnalités qu’il citait comme autant d’appuis : Bernard Kouchner, Rachida Dati, Cécilia Sarkozy. Il ne dispose d’aucun document écrit, d’aucune preuve, attestant que ces personnes connaissait son projet. Il relate, en revanche, des rencontres avec des conseillers, dont certains rencontrés dans des diners hasardeux. Et hop, il est comme un sparadrap. Puisqu’il a rencontré par l’intermédiaire d’ami d’amis un modeste conseiller de l’Elysée, il a un contact à l’Elysée. Sans doute, Nicolas Sarkozy est-il informé. Probablement Cécilia Sarkozy va-t-elle s’impliquer.

Rachida Dati ? Il a croisé, une fois, un « ancien journaliste » qui l’a connaît. Il lui a remis un dossier. « L’a-t-elle reçu ? » s’interroge-t-il benoîtement dans son livre ? En tout cas, la voilà enrôlé.

Voilà l’eau qui sort du tonneau. Pas claire, et même trouble. Un goût bizarre, celui du fantasme, de la manipulation, d’une forme de maladie mentale qui pousse à la fantaisie, à la reconstruction de la réalité, à une forme de manipulation de ceux qui ont le malheur de croire à son verbe.

L’avocate d’Eric Breteau a été contactée, tout à l’heure par une journaliste de RTL. Pourquoi n’est-il pas venu ce matin ? Crise de migraine terrible dans la nuit. Il est parti aux urgences, sans portable, sans contact. Désolé.

C’est faux, bien sûr. Au bout de ses mensonges, Eric Breteau a décidé de ne pas les assumer. Tout simplement parce qu’il ne peut pas les assumer. Dans son irresponsabilité, cet homme a déclenché une affaire d’Etat qui sans doute a dû nourrir sa mégalomanie. Quant à assumer sa mythomanie, c’est une autre paire de manches. Du coup, il s’en est remis à une opportune migraine. Il est peu probable qu’il en sorte.


Autre sujet, autres fantaisies. J’ai trouvé ce matin dans mon courrier ce magazine dont tout le monde parle, mais que je ne connaissais pas. « Bretons », un mensuel régionaliste qui contient, ce mois ci, une fameuse interview de Jean-Marie Le Pen.

Le président du Front national y répète, avec mauvaise foi, que le génocide des Juifs est « un détail » de la seconde guerre mondiale, faisant semblant de s’accrocher au premier sens de « détail », partie d’un tout, et faignant de ne pas comprendre que tout le monde perçoit le second sens, aspect négligeable de la seconde guerre mondiale.

Cela, il l’avait déjà dit en 1987, lors d’un Grand Jury, sur RTL. Dan s »Bretons », il va plus loin. Il affirme, en effet, ne « pas croire à cette vision là », celle de la déportation et de la mort dans les camps. Dans cet entretien, Jean-Marie Le Pen est « négationniste », ce qu’il avait soigneusement évité d’être jusque là.

Il faut lire cette interview, d’ailleurs relu par le président du Front national et ses collaborateurs. C’est de lui-même qu’il parle, ou reparle, de cela. Ce ne sont pas ses interlocuteurs qui l’amènent sur le sujet, ils ne le poussent pas. Il n’y a pas de piège. Seulement une obsession.

D’autres perles figurent dans cet entretien. Il dit le mépris que lui procure la « population voileuse » qu’il croise dans sa Bretagne natale. « Ce qui m’énerve, précise-t-il, je vais vous le dire franchement, c’est qu’ils se déclarent tous gauchos l’été quand ils naviguent. Alors qu’ils lèchent les pieds des capitalistes et leur suce tout ce que je pense pour être sponsorisé. »

Plus loin, cette phrase, qui dit une autre obsession : « Paris, avant de devenir une ville arabe, était une ville bretonne. » Et celle-ci, encore : « J’ai été frappé de voir que beaucoup de femmes qui sont mariés à des Arabes ou des Kabyles sont des Bretonnes (...) Je crois d’ailleurs que cette xénophilie (amour des étrangers ?) est plutôt féminine que masculine. »

Je vous laisse, ce matin, les commentaires.

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2008-04-29 08:36:33