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Alain Duhamel et le débat sur l'OTAN

52% des Français, une petite majorité, seraient favorables au retour de la France au sein du commandement intégré de l'OTAN, selon un sondage LH2 pour le "Nouvel Observateur". Cela vous surprend ?

Alain Duhamel
Alain Duhamel Journaliste RTL

Je trouve que les Français ont beaucoup de mérite à avoir un point de vue qui est manifestement nuancé et équilibré, sur un sujet à propos duquel depuis des mois et des mois, on a déversé des tombereaux d'inexactitudes, de diatribes, voire de mensonges. Parce qu'en réalité, on présente le choix de la France aujourd'hui, comme si c'était le grand tournant, la grande métamorphose, voire le reniement ou la trahison. Il ne s'agit pas du tout de ça. Il s'agit d'une mesure technique et d'un pari politique.

La mesure technique, on sait très bien que la France est dans l'Alliance Atlantique, elle ne l'a jamais quittée, même à l'époque du général de Gaulle. Que la France appartient à l'OTAN. La France est un des principaux contributeurs financiers et militaires de l'OTAN. La France participe à toutes les opérations de l'OTAN. La France a joué son rôle au Kosovo, en Bosnie ; elle le fait aujourd'hui en Afghanistan, il y a des soldats français, il y a des morts français, il y a du matériel français, il y a des risques français, il y a des généraux français. La seule chose, c'est qu'on n'appartient pas à l'état-major intégré. La question c'est de savoir si pour influencer, on a intérêt ou pas, simplement à fournir des troupes, ou à participer au commandement.

La question de fond, n'est-ce donc pas plutôt : la France aura-t-elle plus ou moins d'influence au sein de l'alliance atlantique si elle revient dans le commandement intégré de l'OTAN ?

Ça c'est l'autre volet, c'est à dire le pari politique. Là-dessus, on sait très bien que Nicolas Sarkozy a une idée très claire : il faut réintégrer le commandement intégré pour pouvoir influencer davantage. C'est pour ça qu'aujourd'hui, le conseil des ministres va engager la responsabilité du gouvernement là-dessus, qu'il y aura la semaine prochaine un vote à l'Assemblée nationale, ce qui est d'ailleurs normal sur un sujet de ce genre, et que dès cet après-midi, Nicolas Sarkozy va prononcer un discours dans lequel il prendra position.

On peut déjà vous dire que demain il va y avoir une série d'articles et de réactions politiques sur le thème : c'est la trahison, c'est la fin de l'indépendance, c'est l'alignement. Il ne s'agit pas de ça du tout.

D'abord en ce qui concerne la vraie indépendance militaire française, c'est à dire les forces nucléaires, elle reste totalement et exclusivement sous commandement national.

Pour le reste, l'OTAN fonctionne selon le principe de consensus. On ne peut pas forcer un pays à participer à une opération à laquelle il ne veut pas participer, sauf s'il s'agit de défendre un des membres de l'OTAN contre une agression dont il est la victime. Donc c'est tout à fait différent.

Maintenant, le problème c'est : est-ce que si on réintègre, on aura vraiment plus d'influence ? Alors, ce qu'on peut dire, c'est que les circonstances vis à vis des Etats-Unis sont favorables, qu'Obama est ouvert, ouvert à une évolution du concept stratégique de l'OTAN, ouvert aux opérations en Afghanistan, ouvert à l'évolution d'une défense européenne. Donc, de ce point de vue, on a un interlocuteur positif.

Mais la vérité, la vraie vérité, c'est que pour qu'il y ait une défense européenne au sein de l'OTAN, il faudrait d'abord convaincre les autres Européens que la France, et que pour l'instant, il faut bien dire, aucun autre n'est convaincu.

Si on réintègre le commandement intégré de l'OTAN, on fait vaciller la statue du général de Gaulle ?

Evidemment, tout le monde brandit aujourd'hui le général de Gaulle, mais il faut dire les choses comme elles sont. Le général de Gaulle, c'est sûrement le plus grand homme d'Etat français du XXème siècle, peut-être même depuis Napoléon. Mais le gaullisme, ce n'est pas une religion avec des dogmes sacrés devant lesquels il faudrait se prosterner. On peut admirer le général de Gaulle. Mais le gaullisme, ce n'est pas un livre de recettes.

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Alain Duhamel et le débat sur l'OTAN
Alain Duhamel et le débat sur l'OTAN
52% des Français, une petite majorité, seraient favorables au retour de la France au sein du commandement intégré de l'OTAN, selon un sondage LH2 pour le "Nouvel Observateur". Cela vous surprend ?
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2009-03-11 07:10:00