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Affaire Cahuzac : le point sur les témoignages des protagonistes

VIDÉOS - La commission d'enquête parlementaire sur l'affaire Cahuzac souhaite à nouveau entendre l'ex-ministre. Les députés ont déjà auditionné près de 50 personnes. Résumé des principales auditions.

Mathieu Dehlinger Journaliste RTL

Les parlementaires n'en ont pas fini avec Jérôme Cahuzac. Déjà interrogé fin juin par la commission d'enquête parlementaire qui porte son nom, l'ex-ministre du Budget a été à nouveau convoqué par ses anciens collègues.

Les députés avaient conclu mercredi leurs auditions, après avoir entendu près d'une cinquantaine de personnes. Que retenir de ces précédentes séances de questions-réponses ? RTL.fr fait le point sur les témoignages des principaux personnages de l'affaire.

Mediapart : Moscovici doit reconnaître "une erreur"

C'est par eux que le scandale est arrivé : Edwy Plenel, fondateur de Mediapart, et son journaliste Fabrice Arfi ont été les premiers à évoquer publiquement le compte suisse de Jérôme Cahuzac, dans un article paru le 4 décembre dernier. C'est donc par eux que la commission d'enquête parlementaire a choisi de commencer ses auditions. Pour le duo, l'affaire est entendue : "Tous ceux qui, au cœur du pouvoir exécutif, voulaient savoir, savaient le sérieux de notre enquête", ont-ils expliqué devant les députés.

Edwy Plenel affirme même avoir rencontré, à leur demande "des responsables et des membres des cabinets de l'Elysée et de Matignon." Sauf que les "dysfonctionnements démocratiques" se sont enchaînés : "le pouvoir exécutif a été tétanisé", "la justice ne s'est pas mise en branle spontanément", "le pouvoir législatif s'est coalisé", affirmait-il face aux parlementaires.

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Le fondateur du site d'informations cible particulièrement Pierre Moscovici, certes "pas forcément complice". Il regrette la requête formulée à la Suisse fin janvier, dans laquelle Bercy demandait si Jérôme Cahuzac disposait d'un compte dans une banque helvète, mais durant une période restreinte : la réponse avait été négative. "Il suffirait de dire qu'il y a eu une erreur", réclamait Edwy Plenel à l'Assemblée. "Nous lui disons de reconnaître qu'il a fait une erreur."

> Lire le compte-rendu de leur audition

Michel Gonelle : le fisc au courant "dès 2001"

Ancien adversaire politique de Jérôme Cahuzac, Michel Gonelle détenait l'enregistrement dans lequel l'ancien ministre du Budget évoquait son compte suisse. Devant les parlementaires, le prédécesseur UMP du socialiste à la mairie de Villeneuve-sur-Lot a affirmé que les informations en sa possession avaient été transmises au fisc dès le printemps 2001.

"J'avais dans mon entourage très proche, dans mon intimité même, un fonctionnaire des impôts qui a entendu le message, avec mon accord (...) Il a informé de ce message (...) la direction nationale des enquêtes fiscales, qui avait une représentation régionale à Bordeaux", a-t-il expliqué. Plusieurs années après, Michel Gonelle explique avoir appris que "la communication du dossier avait été refusée".

> Lire le compte-rendu de son audition

Alain Zabulon : François Hollande alerté le 15 décembre

Il est l'un des hommes les plus proches du président de la République. Directeur de cabinet adjoint de François Hollande, Alain Zabulon a eu une conversation téléphonique, le 15 décembre 2012, avec Michel Gonelle, à propos du fameux enregistrement téléphonique dans lequel Jérôme Cahuzac évoque son compte suisse.

Une fois le coup de fil terminé, l'homme explique se diriger vers la Présidence, pour en "rendre compte" au chef de l'Etat. "À la fin de l’entretien, [François Hollande] me dit, et ce sans aucune hésitation : 'Si vous avez un nouveau contact avec M. Gonelle, s’il doit vous rappeler ou si vous devez le rappeler, dites-lui que ces informations doivent être sans délai portées à la connaissance de la justice.'", raconte-t-il devant les députés. "Il ne me donne aucune autre instruction que celle-ci." Sauf que les deux hommes ne se recontactent pas.

> Lire le compte-rendu de son audition

Jérôme Cahuzac : "Je n'ai dit la vérité à personne"

L'ancien ministre est clair. Jérôme Cahuzac n'a dit "la vérité à personne". Pas à son avocat, pas à ses amis, pas à ses collègues, pas à ses collaborateurs, énumère-t-il. Aux députés ou à l'exécutif non plus, selon ses dires. "Il semble que j'ai pu mettre dans mes dénégations une force de conviction qui a, je le regrette, convaincu plus d'un", explique-t-il devant les parlementaires.

L'ex-ministre du Budget défend au passage l'administration fiscale, l'administration dont il avait la charge à l'époque, estimant qu'elle avait bien fait son travail durant l'affaire. "L'administration fiscale a fait tout ce qu'elle pouvait à l'époque, sans jamais m'en informer et en conscience", assure-t-il. Les députés n'obtiendront pas de révélations durant leur entretien, Jérôme Cahuzac bottant régulièrement en touche. L'ancien ministre préfère garder le silence face à de nombreuses questions, se réfugiant derrière la procédure judiciaire en cours.

Christiane Taubira : "La justice a bien fonctionné"

La ministre de la Justice était visiblement agacée mardi, face aux membres de la commission d'enquête. Elle a défendu son administration, estimant que "la justice a bien fonctionné". Christiane Taubira a affirmé n'avoir eu aucun contact avec ses collègues Manuel Valls ou Pierre Moscovici autour de cette affaire. "Le contact que ça vous étonne, que ça vous déplaise, je n'en ai pas eu", s'est-elle emportée devant les parlementaires.

"Je suis en charge de la justice, ma responsabilité c'est que la justice fonctionne", a commenté la garde des Sceaux. "La justice a bien fonctionné. Elle a été efficace, elle a été diligente." "Que ça vous surprenne parce que ça change des habitudes, je veux bien en convenir", a-t-elle finalement lâché.

Manuel Valls : "Je n'ai pas été informé en amont"

Il assure n'avoir rien su. Le ministre de l'Intérieur a confirmé mardi devant les parlementaires avoir reçu, en décembre 2012, une note de la DCRI consacrée à l'évasion fiscale, mais celle-ci ne citait pas le nom de Jérôme Cahuzac. "Sur UBS, la Direction Centrale du Renseignement Intérieur (DCRI) a retrouvé dans sa documentation la copie d'une dénonciation relative à l'existence d'un possible système de fraude fiscale mis en place au sein de la société financière", a expliqué Manuel Valls.

La DCRI lui a alors transmis une note "d'une page", "accompagnée en annexe des dénonciations". "C'est l'existence de cette note, qui ne cite à aucun moment le nom de Jérôme Cahuzac qui explique, je crois, certains articles erronés indiquant que le ministre de l'Intérieur aurait pu être informé en amont." "Il n'en est évidemment rien", a assuré Manuel Valls.

Pierre Moscovici : le problème, "l'ampleur exceptionnelle" du mensonge

Critiqué à droite pour sa gestion de l'affaire, Pierre Moscovici a fait face mardi aux députés. Le ministre de l’Économie a été vivement attaqué par la commission parlementaire à propos de la réalité de la "muraille de Chine" érigée à partir du 10 décembre dernier autour de Jérôme Cahuzac.

Concrètement, selon cette directive, le ministre du Budget devait être tenu à l'écart de toutes les mesures prises à la suite du scandale. "Elle a parfaitement fonctionné", a assuré le locataire de Bercy, même si Jérôme Cahuzac a été informé de la demande faite à la Suisse sur l'existence d'un compte détenu par lui au sein de la banque UBS.

A ce sujet, le ministre de l’Économie a défendu l'administration fiscale, affirmant que si la réponse des autorités helvètes a été négative, retardant de fait la révélation du scandale, c'est à cause de "l'ampleur exceptionnelle" du mensonge. "L'information dont nous sommes partis pour étayer notre demande était non pas inexacte, mais incomplète", a précisé Pierre Moscovici.

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