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Absence des aubrystes, Front de gauche éparpillé : comment la motion de censure de la gauche a échoué

ÉCLAIRAGE - Des députés socialistes "frondeurs" ont échoué de peu à bâtir une motion de censure contre le gouvernement. En cause notamment, l'appui de certains gauchistes pour la motion de censure déposée par la droite, ce jeudi 12 mai.

Manuel Valls à l'Assemblée nationale le 10 mai 2016
Manuel Valls à l'Assemblée nationale le 10 mai 2016 Crédit : ERIC FEFERBERG / AFP
Clémence Bauduin
Clémence Bauduin
Journaliste

Deux voix vous manquent et tout est dépeuplé. Deux voix manquaient mercredi 11 mai pour que la motion de censure de la gauche à l'encontre de la loi Travail soit votée. Celles-ci auraient pu être trouvées chez les aubrystes qui, à l'instar de Jean-Marc Germain ou François Lamy, étaient aux abonnés absents lors du vote de la motion, ou encore chez les membres du Front de gauche, dont certains se sont ralliés à la motion de l'UDI et des Républicains, étudiée ce jeudi 12 mai à 16 heures à l'Assemblée nationale.

La veille, le projet de motion de censure "des gauches et des écologistes" a recueilli 56 signatures sur les 58 requises - un dixième des membres de l'Assemblée nationale - pour que celle-ci soit votée. Le décompte a été annoncé mercredi 11 mai, au lendemain du déclenchement du 49.3 par Manuel Valls, pour forcer l'adoption d'un texte jugé trop libéral par une portion de la majorité et fermement contesté dans la rue

Plus de 50% de votes socialistes

Parmi les 56 signataires de la motion figurent une trentaine de socialistes, dont les ex-ministres Benoît Hamon, Aurélie Filippetti. Divers élus de l'aile gauche ont recouru avec eux à cet outil constitutionnel qui, s'il recueille suffisamment de voix, entraîne la démission du gouvernement et l'annulation du texte sur lequel il avait engagé sa responsabilité. Pour autant, les contestataires socialistes ont confirmé qu'ils ne voteraient pas la motion de censure de droite.

Dix élus écologistes, critiques non dissimulés de la ligne gouvernementale, ont signé la motion de gauche. Malgré l'échec, les députés écologistes ont fait savoir qu'ils ne voteront pas non plus la motion LR-UDI présentée ce 12 mai.

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Dix membres du Front de gauche ont également paraphé la motion de la gauche contre son propre camp, plus que jamais divisé. L'initiative de cette motion émergeait d'ailleurs de membres du parti antilibéral, ce qui explique que la faible représentation du Front de gauche dans ce vote surprenne d'autant plus. Mais les membres du Front de gauche, contrairement à leurs confrères socialistes et écologistes, ont fait savoir qu'ils se joignaient à la signature de la motion de droite, "seul outil restant pour obtenir le retrait du texte", selon leur président, André Chassaigne.

Les aubrystes aux abonnés absents

Un tel ralliement est incompréhensible pour François Lamy, député socialiste de l'Essonne, invité de RTL Midi ce 12 mai. Celui qui appartient au camp des aubrystes - rallié à la maire de Lille, Martine Aubry - invite le Front de gauche à "lire le texte de la motion de censure de la droite" motivée parce que la droite "pense que la loi El Khomri ne va pas assez loin" et s'inscrit donc, selon lui, à l'encontre de ce que proposait la motion de gauche, à savoir le retrait du projet de loi.

François Lamy n'a cependant pas signé la motion de gauche, comme l'ensemble des députés aubrystes, aux abonnés absents. Le camp aubryste a-t-il reçu une consigne pour sauver le soldat Valls ? Le député de l'Essonne s'en défend. "Il y avait un vrai risque de scission avec cette motion de censure et je ne suis pas pour", justifie-t-il. 

"Au moins une dizaine de frondeurs dits historiques n'ont pas signé non plus. Ils sont peut-être sur la même logique que nous", estime François Lamy, qui rappelle l'opposition catégorique des aubrystes à la loi El Khomri. "Nous étions résolument opposés à la loi Travail dans sa dernière version mais poser une motion de censure, c'est un acte qui entraîne la démission du gouvernement et une majorité de droite. Est-ce ce que l'on souhaite ?", interroge-t-il.

Lamy en veut à Manuel Valls

Pour les aubrystes, pas question de perdre de vue le principal objet de la division à gauche. "Il faut que l'on en reste au sujet du jour qui est la loi Travail, martèle François Lamy. Nous sommes toujours sur la même logique de faire changer les choses". Le député ne cache pas son animosité face à la décision du premier ministre Manuel Valls d'avoir sollicité le passage en force de la loi El Khomri par le recours au 49.3. "Le Premier ministre était, dès la réunion de mardi matin, dans une logique de passage en force", déclare-t-il.

Voter la motion de la droite, ne pas la voter ? Poursuivre le débat face à la majorité ou se ranger derrière l'exécutif ? Le risque de division a rarement été si prégnant au sein de la gauche. "Je ne suis pas dans une logique de scission, affirme de son côté François Lamy. Ça, c'est ce que souhaite le Premier ministre", qui, selon lui, met en valeur "deux gauches irréconciliables". 

Si la motion de censure de la droite n'est pas votée, le projet de loi El Khomri sera adopté, sans vote, en première lecture. Il faudrait les votes de 288 députés, ce jeudi après-midi, pour faire tomber le gouvernement Valls. Une condition qui paraît hors d'atteinte.

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