1 min de lecture François Fillon

"Aucun élément permettant d'appréhender Merah avant les drames"

VIDEO - François Fillon répondait aux questions d'Alba Ventura vendredi matin sur RTL. Le Premier ministre a affirmé qu'il n'existait "aucun élément permettant d'appréhender Mohamed Merah", le tueur au scooter, avant ses passages à l'acte à Toulouse et Montauban. "On n'a pas le droit dans un pays comme le nôtre de surveiller en permanence sans décision de justice quelqu'un qui n'a pas commis de délit (...) Nous vivons dans un Etat de droit", a-t-il ajouté. Concernant les mesures antiterroristes annoncées par Nicolas Sarkozy après ces tueries, le chef du gouvernement a affirmé qu'elles seraient adoptées avant l'élection présidentielle en cas de "consensus" entre les partis.

François Fillon face à Alba Ventura sur RTL, le 23 mars 2012
François Fillon face à Alba Ventura sur RTL, le 23 mars 2012 Crédit : F.Bukajlo / Abacapress – RTL
micro générique
La rédaction de RTL et Jean-Michel Aphatie

"Nous sommes dans un Etat de droit"

La Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) "a parfaitement fait son travail
, elle a identifié Mohamed Merah quand il a fait des voyages (...) et elle l'a surveillé le temps nécessaire pour aboutir à la conclusion qu'aucun élément, qu'aucun indice ne permettait de penser qu'(il) était un homme dangereux et passerait un jour à l'acte", a encore fait valoir le chef du gouvernement sur RTL.

Selon lui, "c'est normal qu'on se pose des questions", mais il "a été interrogé, surveillé, écouté. C'est un homme qui menait une vie normale, qui avait par ailleurs un passé judiciaire (...) mais ça n'avait rien à voir naturellement avec cela", a-t-il relevé.

François Fillon s'est dit "très étonné d'entendre beaucoup de commentateurs (...), notamment des responsables politiques, qui sont les premiers à s'offusquer de décisions attentatoires aux libertés (...) et qui voudraient qu'on surveille 24h/24 quelqu'un sans décision de justice alors qu'aucune raison ne permet de le faire".

"Le fait d'appartenir à une organisation salafiste n'est pas en soi un délit. Il ne faut pas mélanger fondamentalisme religieux et terrorisme, même si naturellement nous connaissons bien les liens qui unissent les deux", a encore avancé le chef du gouvernement.

Attaqués par l'UMP sur leur prétendu "angélisme" en matière de sécurité, François Hollande et des élus PS ont souligné une "faille" et un "échec" après le dénouement de l'affaire Mohamed Merah, l'un d'eux allant jusqu'à demander, à titre personnel, la démission du ministre de l'Intérieur.

Jeudi, le ministre UMP des Affaires étrangères, Alain Juppé, a lui-même dit comprendre "qu'on puisse se poser la question de savoir s'il y a eu une faille ou pas", appelant à "faire la clarté là-dessus".

François Fillon sur RTL le 23 mars 2012 (F.Bukajlo / Abacapress – RTL)
François Fillon sur RTL le 23 mars 2012

Les mesures Sarkozy adoptées avant les élections si "consensus" politique 

Dans une courte allocution radiotélévisée à l'issue de l'opération du RAID contre l'auteur des assassinats de Montauban et Toulouse, le président Nicolas Sarkozy a annoncé jeudi un renforcement de l'arsenal pénal destiné à lutter contre l'apologie du terrorisme et des idéologies "de haine", dont l'interdiction de consulter "de manière habituelle des sites internet qui font l'apologie du terrorisme".
 
"Nous sommes en train de travailler à la rédaction d'un texte présenté en Conseil des ministres dans une dizaine ou une quinzaine de jours", a précisé le Premier ministre vendredi sur RTL.

"Je consulterai les groupes politiques de l'Assemblée et du Sénat pour voir, ce qui devrait être le cas, s'il y a un consensus pour voter ces textes, auquel cas on pourrait les voter avant les élections présidentielles", a précisé le chef du gouvernement.

"S'il n'y a pas de consensus, ce que malheureusement les premières déclarations du Parti socialiste laissent penser, ce texte sera voté dès que le Parlement issu des législatives (de juin, Ndlr) sera convoqué", a ajouté François Fillon.

Valérie Pécresse, porte-parole du gouvernement, avait pour sa part annoncé jeudi que les mesures voulues par Nicolas Sarkozy feraient l'objet d'un projet de loi examiné en Conseil des ministres d'ici au premier tour de la Présidentielle, le 22 avril, mais ne seraient votées au Parlement qu'après le scrutin.

"Nous voulons tirer enseignements de ce qui s'est passé, sur le fonctionnement des services, la coordination..." a expliqué le Premier ministre, soulignant que le gouvernement, par ces nouvelles mesures, souhaitait "envoyer un signal à tous les jeunes perdus qui seraient tentés par ces espèces d'aventure".

"Certains ont dérapé, mais ce n'est pas à moi de les juger"

Interrogé sur les réactions politiques à ce drame, le chef du gouvernement a "trouvé que dans l'ensemble, chacun a bien pris la mesure de la gravité de la situation et il y a eu une démonstration de l'unité nationale plutôt rassurante, au fond".

"Simplement, certains ont fait semblant, affiché l'unité nationale tout en distillant des petites phrases qui visaient à donner le sentiment que Mohamed Merah avait agi en raison d'un climat politique", a-t-il déploré, dans une allusion au candidat centriste François Bayrou.  Selon François Fillon, "c'est non seulement absurde et même honteux". "C'est aux Français de juger, certains ont dérapé mais ce n'est pas à moi de les juger. C'est aux Français, auxquels rien n'échappe, de juger ceux qui ont eu une attitude digne", a conclu le Premier ministre.

(Avec dépêches)

François Fillon sur RTL le 23 mars 2012 (F.Bukajlo / Abacapress – RTL)
François Fillon face à Alba Ventura sur RTL, le 23 mars 2012

*** LE TEXTE DE L'INTERVIEW DE FRANÇOIS FILLON***

Alba Ventura : Bonjour, François Fillon.


François Fillon : Bonjour, Alba Ventura.

On va essayer avec vous, ce matin, d'apporter des réponses après les événements dramatiques de Toulouse et de Montauban, après plus de 30 heures d'une opération qui s'est soldée par la mort de Mohamed Merah. Sans vouloir faire de polémique, monsieur le Premier ministre, c'est votre ministre des Affaires étrangères, Alain Juppé, qui a posé la question. Il s'est dit : "Je comprends qu'on puisse se poser les questions de savoir s'il y a eu une faille ou pas dans l'enquête. Je ne peux pas vous dire quel genre de faille ; mais il faut faire la clarté là-dessus". Vous vous êtes posé la même question qu'Alain Juppé ?

Oh c'est normal qu'on se pose des questions ; mais moi, je voudrais d'abord avant toute chose rendre hommage aux forces de police, aux services de Renseignements, à la Justice qui ont réalisé un travail exceptionnel. Résoudre une affaire criminelle de cette importance en dix jours, je crois que c'est pratiquement inédit dans l'histoire de notre pays ; et c'était une affaire très difficile à résoudre.

Alors, maintenant, les questions qui se posent et qu'il est naturel de poser, c'est d'abord la question de la surveillance de Mohamed Merah. Ce que je veux dire, c'est que la DCRI a parfaitement fait son travail ; elle a identifié Mohamed Merah lorsqu'il a fait des voyages dans la région de l'Afghanistan, du Pakistan. Elle l'a interrogé. Et elle l'a surveillé, le temps nécessaire...

... Elle l'a même fiché.

Et elle l'a fiché. C'est grâce à ce fichage qu'il a pu être identifié. Et elle l'a surveillé, le temps nécessaire pour aboutir à la conclusion qu'aucun élément, qu'aucun indice ne permettait de penser que Mohamed Merah était un homme dangereux et passerait, un jour, à l'acte.

A aucun moment, il n'y a pas un seul signal qui nous permet de dire que cet homme est dangereux ?

A aucun moment. Il a été interrogé. Il a été surveillé. Il a été écouté. C'est un homme qui menait une vie normale, qui avait, par ailleurs, un passé judiciaire sur le plan de la délinquance ; mais ça n'a rien à voir naturellement avec cela.

Mais je voudrais surtout rappeler à tous ceux qui nous écoutent que nous vivons dans un Etat de droit ; et je suis d'ailleurs très étonné d'entendre beaucoup de commentateurs - je ne parle pas de journalistes -, je parle des commentateurs, en général, et notamment des responsables politiques, qui sont les premiers à s'offusquer de décisions attentatoires aux libertés en matière de fichiers, en matière de surveillance et qui voudraient qu'on surveille, 24 heures sur 24, quelqu'un sans décision de Justice alors qu'aucune raison ne permet de le faire.

J'entends bien ce que vous nous dites. Il a fait des voyages dans des zones à risques. On le savait. Il était fiché. On a appris par CNN qu'il figurait sur la liste noire des personnes interdites de vol vers les Etats-Unis. On sait que son frère est identifié comme étant un Salafiste, et il a même appartenu à une cellule jihadiste qui a été démantelée. Lui-même avait séjourné dix-huit mois en prison. Ca, ça en fait des éléments ?

Non ; d'abord il était aussi sur une liste en France, s'agissant de ses déplacements, c'est-à-dire qu'il se serait présenté à un comptoir d'enregistrement d'une compagnie aérienne, la DCRI aurait été immédiatement alertée. Il ne l'a pas fait. Il ne s'est pas déplacé.

Le fait d'appartenir à une organisation salafiste n'est pas en soi un délit. Il ne faut pas mélanger le fondamentalisme religieux et le terrorisme, même si naturellement, nous connaissons bien les liens qui unissent les deux. Non, il n'y avait aucun élément permettant d'appréhender Mohamed Merah. Et encore une fois, on n'a pas le droit, on n'a pas le droit dans un pays comme le nôtre de surveiller en permanence et sans décision de Justice quelqu'un qui n'a pas commis de délit.

Est-ce que c'est le fait que ce soit un homme seul, c'est ce qui a fait que finalement, il soit passé entre les mailles du filet ?

Alors, c'est évidemment -si l'enquête qui va être conduite, le confirme -, c'est un élément supplémentaire. Les services de Renseignements, les services de Police de tous les pays du monde redoutent ce qu'on appelle le "loup solitaire", c'est-à-dire c'est un homme qui n'ayant aucun contact avec aucun réseau, ne donne aucun signe avant de passer à l'acte de sa dangerosité.

On va savoir s'il est vraiment un homme seul. C'est ce qu'il a dit, en tout cas, aux policiers pendant les trente heures ou, en tout cas, pendant les heures de dialogue qu'il y a eu entre lui et les hommes du RAID. Il faut quand même vérifier tout cela. Il avait de l'argent. Apparemment, cet argent venait d'actes... De vols et peut-être de trafics de drogue. Il a pu acheter des armes ; mais enfin, il semble bien que ce soit un homme seul.

Est-ce qu'on a perdu du temps, entre le moment où on sait que c'est le même homme qui tue les militaires de Toulouse et de Montauban et l'école juive ; c'est-à-dire entre le 15 et le 19 mars ?

Non. Alors c'est la deuxième question qui est posée...   

... On n'a pas de témoignages, on n'a pas de preuves ?

... On ne peut absolument pas dire cela ; au contraire. Après le meurtre des militaires, l'enquête aboutit le samedi à une liste de noms dans laquelle figure Mohamed Merah. Immédiatement, des vérifications sont faites. Mohamed Merah n'était d'ailleurs pas à son domicile. Il était introuvable.

On sait qu'il a un appartement à son nom. A son nom : à Mohamed Merah. Et il est introuvable ?

Il était introuvable. Il y a des vérifications qui ont été faites immédiatement. Il n'était pas chez lui. Il avait d'ailleurs des habitudes de vie assez étranges de ce point de vue-là puisqu'il logeait dans des endroits différents. Mais surtout, il n'était pas la seule piste. Il y avait une série de noms, de personnes qui pouvaient être suspectes. Il a fallu que la Police vérifie l'ensemble de ces données. Il y a eu sept millions de données téléphoniques qui ont été analysées. Il y a eu des milliers de connexions Internet. Beaucoup de vérifications sur place. C'est un travail énorme.

Et franchement encore une fois, je voudrais redire que dans l'histoire criminelle de notre pays, résoudre une affaire de ce type en dix jours, c'est un véritable record. Et il faut rappeler à nos concitoyens que Mohamed Merah s'apprêtait à commettre de nouveau des crimes juste avant qu'il ne soit stoppé.

Monsieur le Premier ministre, vous dites qu'on a le droit dans ce pays d'aller et venir comme on veut ; et pourtant, hier, Nicolas Sarkozy annonce qu'il renforce l'arsenal de lutte contre le terrorisme ; et notamment l'idée de punir toute personne qui se rend à l'étranger, ça veut dire que là, on va resserrer...

... Non, non, non. Pas toute personne qui se rend à l'étranger !

... Qui se  rend à l'étranger dans des zones à risques ? Ou pour se faire endoctriner ?

Il y a d'abord une législation déjà très importante qui a été mise en place au fil du temps pour lutter contre le terrorisme. Simplement, nous voulons avec le Président de la république tirer les enseignements de ce qui vient de se passer. C'est normal. A chaque fois qu'un drame de cette ampleur - sept personnes qui ont perdu la vie dans des conditions épouvantables - se produit, il faut en tirer les enseignements.

Il faut en tirer les enseignements sur le fonctionnement des services, sur la coordination, sur l'organisation. Il y a toujours des choses à améliorer mais il faut aussi en tirer les enseignements en termes de législation.

Aujourd'hui, on ne peut pas poursuivre des personnes qui se rendent sur des sites Internet qui sont des sites Internet qui appellent aux meurtres, qui encouragent le terrorisme. Il y a une législation pour punir les gens qui fréquentent régulièrement des sites pédophiles. Nous voulons faire la même chose. Ca me paraît être franchement le bon sens.

Au bout de combien de consultations ?

Alors, c'est la même règlementation que pour les sites pédophiles. Je ne la connais pas dans le détail mais naturellement, c'est une enquête menée par la Justice, tout ça ne se fait pas. Et sur les déplacements...

Voilà sur le suivi.

Sur le suivi des personnes qui se rendent dans des régions à risques, ce que nous voulons faire c'est durcir les peines qu'encourent ceux qui font cela. Au fond, ce que nous voulons c'est envoyer un signal à tous ces Jeunes "perdus" qui seraient tentés par cet espèce d'aventure...
 
Combien il y a de jeunes aujourd'hui "perdus" ? 100 ? 10 ?

Alors, c'est très difficile à dire parce qu'il y a des milliers de personnes qui font des déplacements dans ces régions pour des motifs qui sont des motifs religieux qui ne sont pas liés systématiquement au terrorisme ou à l’extrémisme ; donc, il faut faire la discrimination entre les deux.

Mais en tout cas, il y en a plusieurs centaines. Et surtout ce qu'on voit, c'est qu'un événement comme ce qui vient de se passer, un drame comme ce qui vient de se passer, malgré le caractère monstrueux de Mohamed Merah, peut provoquer l'envie pour des jeunes de faire la même chose. Donc, il faut durcir...

Est-ce qu'il va y avoir un projet de loi avant l'élection ?

Alors nous sommes en train de travailler à la rédaction d'un texte qui sera proposé au Conseil des ministres dans une dizaine de jours, une quinzaine de jours. Je consulterai les groupes politiques de l'Assemblée nationale et du Sénat pour voir avec eux s'il y a, ce qui devrait être le cas en principe, sur des sujets comme celui-là, un consensus pour voter ces textes. Auquel cas, on pourrait les voter avant les élections présidentielles.

S'il n'y a pas de consensus que malheureusement les premières déclarations du Parti socialiste semblent le laisser penser, eh bien ce texte sera prêt à être voté dès que le Parlement issu des élections législatives sera convoqué.

Monsieur le Premier ministre, est-ce que vous trouvez que les personnalités politiques se sont mal comportées pendant ces quatre derniers jours ?

Je trouve que dans l'ensemble, chacun a bien pris la mesure de la gravité de la situation ; et il y a eu une démonstration d'Unité Nationale qui est plutôt rassurante au fond. Simplement, certains ont fait semblant ou ont affiché l'Union Nationale tout en distillant des petites phrases qui visaient à donner le sentiment que Mohamed Merah avait agi en raison d'un climat, en raison du débat politique dans notre pays. Ce qui naturellement est non seulement absurde mais honteux. Moi je ne veux pas polémiquer sur ce sujet. Je ne veux pas alimenter cette polémique ...

Tout le monde s'est bien comporté ? Tout le monde a été digne, à la hauteur ?

Non. C'est aux Français de juger. Au fond, il y a des candidats aux élections Présidentielles qui sont face à leur conscience. Certains ont dérapé...

... Qui ?

... Mais ça n'est pas à moi, ça n'est pas à moi de le faire, de les juger parce que les juger, c'est justement d'une certaine façon...

... Le PS ?

... C'est, d'une certaine façon, les juger sortir de cette Unité nationale que par ailleurs, je prône.

Donc, c'est aux Français qui vous savez, auxquels rien n'échappe, qui regardent les choses avec beaucoup de bon sens. C'est aux Français de juger ceux qui ont eu une attitude digne et ceux qui ont essayé d'utiliser ces événements.

Merci beaucoup, monsieur le Premier ministre.
2012 et vous OK

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