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Pierre Lellouche : "Il faut faire le second porte-avions"

Invité de RTL, Pierre Lellouche, député UMP de Paris, a critiqué les déclarations d'Hervé Morin qui juge que la situation budgétaire rend "difficile" la construction du second porte-avions français. Opposé à une telle décision, ce membre de la commission de la défense nationale et des forces armées de l'Assemblée Nationale est "un peu surpris, comme parlementaire, d'apprendre ce genre de choses par la radio". Pierre Lellouche évoque par ailleurs le gouvernement en estimant que la politique d'ouverture a atteint ses limites.

Jean-Michel Aphatie

L'invité de Jean Michel Aphatie :
Pierre LELLOUCHE, député UMP de Paris, membre de la commission de la défense nationale et des forces armées à l'Assemblée Nationale.

Bonjour Pierre Lellouch.
Bonjour Monsieur Aphatie.

Vous êtes un spécialiste des problèmes de Défense et vous siégez au sein de la Commission qui justement s'occupe de ces problèmes à l'Assemblée Nationale. Dimanche, le ministre de la Défense, Hervé Morin, a laissé entendre que les problèmes budgétaires pourraient compromettre la construction d'un deuxième porte-avions français. Qu'en pensez-vous ?

Disons que je suis un peu surpris comme Parlementaire d'apprendre ce genre de choses par la radio.
Ca arrive souvent !

Oui, mais enfin là, c'est un sujet extrêmement grave qui engage le pays sur 30 ans parce que ça fait 60 ans que la France a une capacité de projection aéronavale importante. On n'est pas dans un monde facile. On va y revenir.

 Mais ce qui me frappe un peu, c'est la légèreté et la désinvolture. Au minimum, on convoque la commission de la Défense, on explique aussi les conséquences. C'est pas seulement un problème comptable. C'est un problème qui engage la crédibilité de la France à l'échelle du Monde sur 30 ans cette affaire-là.

On pourrait penser qu'Hervé Morin péparait, à défaut de l'opinion publique, les spécialistes de la question. Nous n'avons pas l'argent pour construire le second porte-avions ; et il a laissé un peu la porte ouverte peut-être pour que le Président de la république, jeudi, dise quelque chose à ce propos ?.

Ecoutez, moi je ne suis pas sûr que le Président de la république soit sur la même ligne. La dernière fois que je l'ai entendu parler de cela, c'était il y a un an à Toulon, j'étais à côté de lui. Il était tout à fait convaincu que la France avait besoin d'une Force aéronavale importante ...

Il était déjà Président ?
Non, il était candidat.

Oui, c'est ça la différence !
Jacques Chirac, Président, lui disait toujours, à juste titre, que les porte-avions, c'est comme les gendarmes, ça va par deux. Il se trouve que, pour l'instant, le Charles de Gaulle il est en refonte profonde comme on dit ; et donc il est bloqué pour encore un an. Donc, en ce moment, on n'a pas de porte-avions. Nicolas Sarkozy savait qu'au moment de son élection, le porte-avions allait s'arrêter pendant un an et demi. Or, les crises, elles, ne s'arrêtent pas.
Pour vous donner un exemple, aujourd'hui -et c'est ça qui, moi, m'inquiète- on est à la fois dans une crise financière mondiale grave. On est devant une crise sur les Matières Premières et sur l'eau, sur la nourriture. Il y a trois douzaines de pays en ce moment qui connaissent des émeutes de la faim. On est dans une phase de terrorisme et de prolifération d'armes de destruction massive un peu partout. C'est pas franchement le moment de baisser la garde.

 Le Monde est vraiment très dangereux. Parler des questions de défense, ça n'est pas seulement une affaire comptable ; et c'est le travail du ministre de la Défense, il me semble, que de se battre pour défendre ces  crédits. Il est important que la Défense se modernise, se réforme. Elle l'a fait d'ailleurs ; elle l'a fait plutôt mieux que tous les autres départements ministériels depuis des années. Là, on va lui demander un effort d'économies considérables. L'objectif, c'est de tenir -enfin, c'était, en tout cas, avant ce genre de déclaration- moi j'en étais resté au travail que nous avions fait pendant la Campagne : rester autour d'une épure à 2% du PIB pour notre Défense, améliorer le fonctionnement de sorte de dégager des ressources pour les équipements de nos Forces auxquelles nous demandons sans cesse davantage.

L'Afghanistan, c'est une mission supplémentaire. L'ouverture d'une Base Navale à Abou Dhabi c'est une mission supplémentaire. On a vu récemment avec le Ponant que ça servait d'avoir des bâteaux dans des endroits dangereux. Donc, annoncer comme ça de but en blanc que le 2ème porte-avions ne se ferait pas. Ca me paraît un peu léger.

Au fond, vous en appelez un petit peu au Président de la république, qu'il corrige le propos du ministre de la Défense.

Le Président de la république est Chef des Armées, c'est à lui qu'il appartiendra d'arbitrer. Je crois qu'il est extrêmement conscient qu'on est dans un Monde dangereux. Il demande à nos Forces, à juste titre, de protéger la France loin de chez nous. La Paix aujourd'hui, elle ne se joue pas sur notre territoire, elle se joue dans des situations de crise qui peuvent avoir des conséquences sur notre territoire, soit par les attaques terroristes, soit par des attaques de missiles demain. Donc, il nous importe d'essayer de stabiliser autour de nous. Et pour ça, on a besoin de forces de projection, on a besoin d'une disuasion, on a besoin de renseignements. C'est ça les trois fonctions. Au ministre de la Défense de s'arranger pour faire les économies là où c'est utile, et de préserver l'outil qui est le garant de la sécurité des Français et du rôle mondial de la France.

Donc, vous, Pierre Lellouche, ce matin, membre de la Commission de la Défense à l'Assemblée Nationale, vous dites : il faut faire le second porte-avions ?

Moi, j'en suis convaincu depuis longtemps. C'est pas seulement que je suis membre de la Commission de la Défense, c'est que j'ai un peu travaillé à la préparation de la plateforme-Défense du candidat Sarkozy, organisé la journée défense du mois de mars l'année dernière, c'était il y a un an. Moi je suis engagé personnellement, j'allais dire politiquement, après beaucoup d'années de travail pour que la Défense de la France reste au premier niveau. Et je ne laisserai pas faire une situation où pour des arguments comptables à courte vue, alors qu'il y a des gabegis un peu partout ailleurs, on sacrifie cet outil.
Quand je pense, par exemple, à la gabegie sur la Formation Professionnelle (26 milliards d'euros), c'est pas loin d'une dizaine de porte-avions par an, vous voyez, et ça ne serait pas mauvais -peut-être- d'aller regarder si on ne peut pas faire des économies là.

Méconnaissance du dossier ou couac ministériel, concernant la déclaration d'Hervé Morin, Pierre Lellouche ?

Ecoutez, moi je crois que les orientations du Président sont bonnes sur la Politique Etrangère et sur la Défense. Je trouve quand même que pour être un peu franc avec vous, je trouve que l'ouverture en ces matières commence à atteindre ses limites. Quand je vois ce type de déclaration sur la Politique de Défense, ça me gêne beaucoup et je crois que ça inquiète beaucoup les Militaires sans parler de nos Industriels parce qu'il y a aussi des enjeux industriels majeurs pour nous, France. Quand je vois M. Kouchner - ses 7 voyages au Liban et puis le statu quo (les Libanais attendent toujours un Président depuis cinq mois), quand je vois les voyages répétés autour du Darfour où il ne se passe rien, quand j'entends Mme Rama Yade annoncer trois conditions au Président de la république pour la participation aux Jeux et puis qu'ensuite, on envoie trois émissaires, je me dis ... (aux Chinois) ... que dans tout ça, il y a un défaut de lisibilité qui n'est pas dû aux orientations du Président parce que je persiste, elles sont bonnes, et dans l'exécution, disons que les musiciens ne sont peut-être pas nécessairement à la hauteur de l'exercice.

Pourquoi êtes-vous aussi franc, ce matin, Pierre Lellouche, à propos de ces ministres-là ?

Parce que je suis un homme libre et qu'il s'agit d'enjeux très importants pour notre pays. Parce qu'il se trouve que je voyage beaucoup et j'entends ce qu'on dit de mon pays et que ça m'inquiète. Voilà. Et je pense que les orientations du Président méritent mieux dans l'exécution.

Le Président s'est trompé en choisissant les titulaires de ces portefeuilles importants pour vous, Pierre Lellouche ?

C'est le Président qui choisit et qui compose le gouvernement. C'est nos institutions partisanes.
Mais vous teniez à dire que là-dessus ces ministres d'ouverture ne faisaient pas bien leur travail ?
Je trouve que l'ouverture dans ces domaines, a atteint ses limites. Oui.

Pierre Lellouche, avec beaucoup de franchise, ce matin, au micro RTL. Bonne journée.

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