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Olivier Besancenot : "Les conflits sociaux pourraient très mal finir" (vidéo)

Le dirigeant du Nouveau parti anticapitaliste (NPA), qui se présente au scrutin européen en troisième position sur la liste d'Ile-de-France, répondait mercredi matin aux questions de Jean-Michel Aphatie.

Jean-Michel Aphatie
Jean-Michel Aphatie
Journaliste RTL

Jean-Michel Aphatie : Bonjour, Olivier Besancenot.

Olivier Besancenot : Bonjour.

La campagne électorale des élections européennes se déroule sur fond de crise économique. Alain Duhamel le disait dans son commentaire : un homme semble imposer sa marque dans le débat public, et ça n'est pas vous, Olivier Besancenot. C'est François Bayrou. Ca vous gêne ?

Non. Moi de toute façon, je ne suis pas dans cette compétition-là. Ce qui sera important pour nous, en tous les cas, c'est l'enjeu, c'est que tous ceux et toutes celles qui résistent concrètement aux dégâts du capitalisme actuel, puissent se retrouver dans cette élection. Nous, on mène une campagne anti-capitaliste depuis plusieurs mois, en effet, dans le cadre des mobilisations sociales, dans les entreprises qui résistent aux licenciements, ceux qui se battent pour les salaires, dont tous ceux qui cherchent aujourd'hui à sauvegarder ce qui nous reste de service public dans l'Education ou dans la Santé.

Cette campagne anticapitaliste, on va lui donner une expression radicale au moment des élections. L'opposition principale à ceux qui mènent cette politique en France, c'est-à-dire Sarkozy, eh bien nous on la connaît. Elle ne figure pas dans les sondages ; mais c'est des centaines de milliers, peut-être même maintenant des millions parce que Sarkozy est là depuis deux ans, de personnes qui participent à ces luttes. Le dilemme, c'est qu'il y ait un correspondant politique à cette opposition sociale.

Et ce n'est pas forcément vous ?

Nous, humblement, on a cherché à le faire en créant un Nouveau parti anticapitaliste. Maintenant, on a la mesure de ce qu'on est.

Vous n'êtes pas un peu déçu de sentir que, peut-être, Alain le disait comme ça, les scores dans les sondages - vos scores, Olivier Besancenot - ne correspondent pas à la glorieuse assomption annoncée ?

Mais comme vous l'avez dit juste en introduction, j'ai pour habitude de ne pas commenter les sondages. Donc, ce qui m'intéresse, on verra le moment du scrutin. C'est de faire une belle campagne, que nos idées apparaissent, celles qu'on a défendues y compris voilà concrètement dans le cadre de la crise : l'interdiction des licenciements, le contrôle sur les richesses parce que la situation elle est ce qu'elle est. Aujourd'hui, par exemple, l'industrie automobile tourne complètement à l'envers. Il y a un drame, une catastrophe sociale dans la sous-traitance. J'étais avec les salariés de Visteon, à côté de Mulhouse, pas plus tard qu'hier. Il faut savoir que, eux, aujourd'hui, on leur impose des heures supplémentaires. Donc, ils réclament à juste titre une augmentation de salaires et à quelques kilomètres de là, leur propre sous-traitant, Saunas, on leur fait 87 licenciements, c'est-à-dire qu'on alterne, à l'heure actuelle, dans l'industrie automobile : chômage partiel - licenciement - heures supplémentaires - c'est à franchement pas y retrouver ses petits.

Franchement, le problème c'est qu'on a subventionné publiquement le donneur d'ordre, c'est-à-dire PSA, je crois pour 3 milliards à peu près d'euros. Donc aujourd'hui, on subventionne avec l'argent de nos impôts ces restructurations industrielles. Les dividendes des actionnaires se portent bien mais monsieur Streiff qui a été débarqué du conseil d'administration continue à toucher pendant un an une certaine somme d'argent à ne rien faire qui correspond à peu près à 4.000 euros par jour, c'est-à-dire l'équivalent de trois fois et demi mon salaire mensuel.

Vous parlez beaucoup de la situation sociale, Olivier Besancenot. La société Caterpillar a confirmé son plan de licenciement dans son usine de Grenoble : 733 personnes sont concernées. Lundi en meeting à Vénissieux, vous avez dit, Olivier Besancenot, "les patrons de Caterpillar sont des chiens." Tous les mots peuvent-ils être utilisés dans le débat public ?

Je le pense.

Vous le pensez ?

Si je le pense, je le dis.

C'est pas trop violent : "des chiens" ?

Ecoutez, qu'est-ce qui est violent ?

On peut le dire comme ça ?

Qu'est-ce qui est violent ?

Peut-être que le licenciement est violent !

Peut-être 733 personnes qui vont rester sur le carreau mais qui, en plus - et c'est pour ça que je l'ai dit - se sont fait balader. Balader par la direction de Caterpillar qui a fait croire à tout le monde, pas simplement aux salariés, pas simplement aux organisations syndicales mais à la société toute entière puisque tout le monde, toute la population avait les yeux braqués sur Caterpillar qui avait des négociations. Résultat des courses, à la fin ? On retrouve exactement la proposition de la direction du début. Ca n'a rien changé et en prime, il y a dix-neuf salariés qui risquent de se retrouver sur le carreau sans rien du tout. En gros, les meneurs. C'est pour ça que j'ai dit à ce moment-là parce que je le pensais.

La contestation est une chose mais qualifier des gens de "chiens", c'est quand même terrible, Olivier Besancenot ?

Ecoutez, des personnes, aujourd'hui, qui touchent des subventions publiques et qui ferment des entreprises, moi je ne sais pas comment vous les appelez ? Mais pour moi c'est ceux-là, oui absolument. Maintenant, je ne suis pas dans l'invective. Ce qui m'intéresse...

Vous êtes sûr ?

... C'est de trouver, d'abord et avant tout, des solutions...

Vous êtes sûr ?

Ecoutez-moi...

Ce n'était pas de l'invective, ça ?

Non, quand il y a des réactions, je les donne. Donc vous m'avez demandé. Je l'assume. Mais si je peux continuer, on a aussi des propositions politiques qu'on est pratiquement les seuls à émettre depuis quelques années qui sont pris maintenant en partie par la classe politique. Nous, ça fait des années qu'on dit, c'est bien beau de distribuer des cadeaux fiscaux et des subventions publiques à tous ces groupes, peut-être qu'à un moment donné, il faudrait les récupérer pour permettre à la production de continuer parce que la question de fond dans tout ce qu'on discute depuis le début, c'est dans quel camp sont les pouvoirs publics ?

Si les pouvoirs publics tapaient du poing sur la table pour dire : maintenant, on récupère tout ça. On fait en sorte qu'il y ait zéro licenciement et qu'on les interdise, peut-être que ça changerait un petit peu les choses. Nous, on n'est pas à la tête d'un conseil régional mais peut-être que s'il y avait un conseil régional de Gauche, par exemple, qui portait plainte pour détournement de fonds publics, peut-être que ça changerait deux, trois bricoles ! Ce serait déjà peut-être une première jurisprudence.

Dans les débats sociaux, vous avez défendu quand cela s'est présenté, Olivier Besancenot, avec d'autres d'ailleurs, la séquestration des chefs d'entreprise. Geoffroy Roux de Bézieux qui est lui-même chef d'entreprise et patron de l'Unedic, disait ceci. Il était l'invité de RTL, il y a quinze jours. "D'une part, on comprend l'extraordinaire détresse des salariés ; mais de l'autre, rien n'excuse jamais la violence parce qu'on commence par des séquestrations et puis, ça finit... On tire sur Georges Besse. C'était il n'y a pas si longtemps que ça". Votre réaction.

Sans commentaire. C'est décalé. C'est déplacé. J'imagine que les salariés qui, peut-être, nous écoutent : ceux de Molex, ceux de Caterpillar, vont être légèrement choqués par ce type de propos. Vous savez, les salariés qui retiennent un patron pendant une nuit, simplement pour avoir une réponse à leurs revendications, ils ne le font pas par plaisir parce que la plupart de ces salariés-là, les ouvriers dont je parle, en général leurs patrons ne sont pas tendance à vouloir trop les voir, en ce moment. S'ils le veulent, c'est simplement pour avoir une solution, une issue à la crise qu'ils connaissent actuellement.

On est dans un pays où la loi fait que des groupes multi-millionnaires peuvent licencier et des salariés qui retiennent leurs patrons n'ont pas le droit de le faire. Je pense que la loi est mal faite. Donc, je soutiens tous les salariés aujourd'hui qui résistent, quelque soient leurs modalités d'actions.

Au risque de voir des actions déraper dans la violence ?

Non justement pas. On focalise sur les séquestrations ; mais aujourd'hui, il n'y a pas que des séquestrations. Il y a des salariés qui choisissent des occupations, des grèves, des manifestations. Moi je pense que toute la Gauche devra arrêter de s'excuser de soutenir les salariés quand ils résistent. Le problème et vous avez raison de le souligner, c'est qu'aujourd'hui, on a une multitude de conflits locaux extrêmement radicaux ; mais si tous restent éparpillés, en effet ça pourrait mal terminer. Et c'est là où la Gauche sociale et politique ensemble a une responsabilité, c'est-à-dire de combiner à la radicalité l'unité.

Concrètement, unifier toutes ces luttes-là pour donner une perspective constructive parce qu'en effet, sinon, ça pourrait terminer très mal. Je pense que ce qu'on a eu à Continental, ça pourrait être que le début et je pense que si on fait rien concrètement, ce qui va se passer dans les entreprises, c'est concrètement ce qu'on aurait peut-être connu dans les quartiers populaires en 2005 et on aura le même débat avec le même bal d'hypocrites qui vont dire : Pourquoi on en est arrivé là ? Et quelle solution on pourrait trouver ? C'est maintenant que ça se passe.

Déclaration de Ségolène Royal, hier, à Athènes lors d'un colloque sur l'avenir des Gauche en Europe : "Il faut réconcilier la Gauche avec la radicalité qui se développe partout en Europe". Alors, cette main tendue, qu'est-ce que vous en faites, Olivier Besancenot ?

Ecoutez, cette main tendue, elle ne correspond pas trop franchement au programme du Parti socialiste que Ségolène Royal comme Martine Aubry et les autres composantes du Parti socialiste ont adopté. Je rappelle que le dernier congrès du PS a commencé par une déclaration de principe qui grave dans le marbre le fait que leur orientation s'inscrit dans l'économie de marché. Ca a le mérite d'être cohérent avec ce qu'ils ont fait au pouvoir. Nous, nos solutions, pour sortir de la crise, elles sont contradictoires avec l'économie de marché. C'est là notre divergence avec le PS. Nous ce qu'on pense c'est qu'avec le PS comme toutes les autres formations de Gauche, on devrait faire "ensemble contre la Droite". Quand on propose politiquement à Gauche, y compris à l'échelle européenne, il y a plus que des désaccords entre nous.

Olivier Besancenot, qui n'a pas commenté les sondages, était l'invité de RTL ce matin. Bonne journée.

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2009-05-13 08:00:00